Le nœud gordien des banques européennes

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Par Nicolas Véron, économiste au centre de réflexion européen Bruegel.

Le sommet de Londres du G20, le 2 avril, a été un succès, avec la réduction du secret bancaire et l'engagement d'une dynamique vertueuse de renforcement et de réforme du FMI. Mais il a aussi confirmé les limites de l'action multilatérale. Deux des plus importantes questions du moment, la politique macroéconomique et l'intervention sur le secteur bancaire, ne peuvent pas en pratique être traitées par le G20.

La question bancaire est particulièrement urgente. Comme Dominique Strauss-Kahn et d'autres l'ont rappelé, nos économies ne redémarreront pas tant que l'intermédiation financière restera dans le coma, comme elle l'est actuellement à la fois en Europe et aux Etats-Unis.

Les crises bancaires posent de redoutables défis aux décideurs publics. Dans de nombreux cas, tels que les caisses d'épargne américaines dans les années 1980 et le Japon des années 1990, ils ont refusé pendant des années de reconnaître la réalité du problème avant d'être obligés de le prendre à bras-le-corps, pour un coût très élevé. La Suède en 1992 a certes fourni un contre-exemple de bonne gestion d'une crise bancaire. Mais cette expérience ne se transpose pas facilement dans d'autres contextes, ne serait-ce que parce qu'elle a reposé sur un consensus politique inenvisageable dans la plupart des autres pays et notamment aux Etats-Unis. D'où les méandres de l'actuel plan Geithner, mélangeant "stress tests" et rachats d'actifs toxiques, et dont le succès est loin d'être assuré.

En Europe, le problème est encore plus inextricable. Le marché bancaire y est trop intégré pour traiter les problèmes sur une base purement nationale, mais à l'échelle de l'Union n'existent ni le cadre juridique ni les structures opérationnelles qui permettraient d'apporter des réponses adéquates. Les Etats membres sont tiraillés entre le besoin de restructurer leurs banques les moins viables d'une part et de l'autre le désir de les défendre dans la concurrence avec les pays voisins. La Commission ne dispose ni du leadership politique, ni des équipes, ni des outils institutionnels pour jouer un rôle significatif. La Banque centrale européenne a suffisamment à faire sur le front de la politique monétaire, et n'est guère en capacité d'assumer le fardeau des banques en difficulté.

Les Européens ne pourront pas tergiverser indéfiniment. L'effondrement de la conjoncture dégrade les bilans bancaires à toute vitesse. Selon la presse, le FMI relèvera ce mois-ci à 4.000 milliards ses estimations de créances douteuses au niveau mondial, qui étaient de "seulement" 2.200 milliards en janvier et dont moins de 1.300 milliards ont été comptabilisés - et même si ces chiffres sont à prendre avec les réserves qu'impose la volatilité du moment. Sur le Vieux Continent, le danger est accru par le risque de crises nationales budgétaires ou monétaires, notamment en Europe centrale et orientale.

Le scénario dans lequel une grande banque transfrontalière européenne se révélerait à court terme en situation d'insolvabilité est de moins en moins improbable. Mais aucun cadre d'action publique crédible n'existe pour le traiter. Les exemples récents, tel le dossier Fortis qui a déjà fait chuter un gouvernement en Belgique, n'incitent guère à l'optimisme. Et encore s'agissait-il d'un cas plutôt simple, où l'essentiel des enjeux se concentrait dans les pays du Benelux, habitués à la coopération, et où le groupe en difficulté disposait encore d'actifs de grande qualité.

Pour l'instant, nos responsables semblent surtout pressés de ne pas toucher à ce problème dont l'ampleur les tétanise. Ils se replient sur des champs politiquement plus porteurs comme les bonus ou les paradis fiscaux, ou des enjeux à plus long terme comme le débat sur les structures de régulation initié par le rapport Larosière remis à la Commission en février. Voire des combats contre-productifs, comme la croisade française pour "assouplir" les normes comptables, en clair permettre aux banques de cacher les mauvaises nouvelles sans pour autant assainir la situation sous-jacente.

Mais il faudra bien un jour trancher le n?ud gordien et assainir le secteur bancaire. En Europe continentale, cela nécessite des solutions institutionnelles inédites pour assurer une unité d'action d'un pays à l'autre, en tout cas si l'on souhaite maîtriser les distorsions de marché et le coût final pour les contribuables. Ce problème n'a pas de solution indolore ni sans écueils politiques. Mais il ne se réglera pas spontanément. Et plus nous attendons, plus le coût sera élevé.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Language abscon, pedantisme ridicule. Tout ca pour ne rien dire de concret! OU EST LE NOEUD GORDIEN? RENFLOUER LA FINANCE POUR ENTRETENIR LA BULLE IMMOBILIERE AU SERVICE DES ACTIFS FICTIFS PLUS QUE SUREVALUES? LES ENTOURLOUPES IMMORALES ET INTOLERABLES DES TAUX D'INTERETS PLUS QU' ELASTIQUES? L'ARNAQUE DES PRETS IMMOBILIERS DE 15-20 ans A 30 ANS? LE VOL PERMANENT, INDOLORE PAR LE BIAIS DES FAUX FRAIS DE GESTION CACHES? LES AUDITS TRUQUES? LES CONTROLES INEXISTANTS? REGULATIONS DE FACADE? LA COMPLAISANCE VOIRE COMPLICITE DU FMI, LA BANQUE MONDIALE, LA BCE, LA FED, LA CUPIDITE & LA PERFIDIE NOTOIRE DE LA CITY! LA CULTURE DE L'ARNAQUE ENTRETENUE PAR DES PSEUDO-ECONOMISTES ET CONNAISSEURS A 2 euros. Comme disait Coluche:"Ceux qui s'autorisent a penser dans les milieux autorises..." Ca fait vendre du papier!

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