L'enjeu des élections en Inde et les perspectives pour les investisseurs

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Par Hugh Simon, président et gérant, et Abhijit Sarkar, gérant de Hamon Investment Group, filiale de BNY Mellon Asset Management.

Lorsqu'il occupait le poste de ministre des Finances en 1994, cela faisait déjà depuis deux ans que Manmohan Singh appliquait un plan de réforme économique en Inde. A l'époque, il avait indiqué dans un entretien accordé au magazine Forbes que "l'on écoute les ministres des Finances qu'en temps de crise !".

Aujourd'hui, quinze ans plus tard, le docteur Singh, devenu Premier ministre, doit faire face aux retombées de la crise financière mondiale sur l'économie indienne et tenter de répondre activement, avec l'aide de son ministre des Finances, Pranab Mukherjee, aux besoins de liquidité du pays en réduisant les taux d'intérêt et en stimulant la demande.

En 2008, la récession économique et la crise financière mondiales ont significativement pénalisé les perspectives de croissance économique domestique en Inde et au sein d'autres pays émergents. Le ralentissement économique actuel coïncide avec les élections indiennes, qui devraient marquer le retour d'un gouvernement de coalition au pouvoir dans le sillage d'un processus électoral long d'un mois. Il ressort de la plupart des prévisions que la nouvelle coalition devrait être dirigée par l'un des principaux partis nationaux, le parti de l' Indian National Congress (INC), actuellement au pouvoir, ou le Bharatiya Janata Party (BJP).

Il existe également une petite chance pour la formation plus souple de partis régionaux, dite du "Third Front", qui tente de servir d'alternative aux deux grands partis nationaux, dans l'éventualité où ces derniers ne parviendraient pas à remporter le nombre de sièges nécessaires pour détenir la majorité au Parlement.

Dans cette période de crise économique mondiale, il peut être intéressant de comparer le potentiel des deux pays les plus peuplés au monde, l'Inde et la Chine, en particulier au moment même où l'Inde connaît l'une des plus grandes élections de son histoire, tandis que la Chine conserve sa politique de parti unique.

L'Inde constitue la plus large démocratie au monde et s'apprête à être gouvernée par une coalition complexe s'étirant sur de nombreux Etats aux profils très différents. La Chine est dirigée centralement par un parti unique, le parti communiste chinois, avec une politique de planification centralisée de long terme bien ancrée. Cependant, il est intéressant de noter que le gouvernement chinois reste tout aussi préoccupé par les besoins de sa population rurale que par la nécessité d'une réforme économique, fiscale et agraire à plus grande échelle.

Le gouvernement chinois est également sensible aux risques de hausse du chômage et de l'impact déstabilisateur que cela pourrait avoir sur le pays. C'est la raison pour laquelle, durant les six derniers mois, la Chine a mené une politique agressive de réduction des coûts de l'emprunt bancaire, encourageant le prêt aux segments ruraux et urbains de la population, et a engagé des dépenses d'infrastructures très attendues dans les secteurs de l'hébergement, des réseaux ferrés et de l'environnement.

Durant les quinze dernières années, nous avons pu observer que ce sont ces périodes d'incertitude économique et politique qui offrent les meilleurs points d'entrée sur les marchés actions. Il semble évident que l'Inde et la Chine pensent toutes deux que la stabilité politique est intimement liée à la croissance économique et à l'amélioration de la prospérité de leur population domestique.

Durant ces cinquante années de démocratie en Inde, l'INC a dominé la scène politique du pays. S'appuyant sur un modèle de développement socialiste, l'INC a défendu une approche autosuffisante en garantissant l'indépendance du pays dans le domaine des industries d'ingénierie et de machinerie lourde, et en se concentrant sur la modernisation de l'agriculture. En dépit du fait que nombre des plans initiaux ont été victimes du veto bureaucratique, ces contraintes administratives sont récemment devenues moins pesantes et le pays est parvenu à constituer une réserve de biens d'équipement et d'ingénierie de premier plan. L'INC a également pris conscience de l'importance de l'éducation technique et le pays dispose aujourd'hui d'une excellente manne de jeunes diplômés au sein des secteurs technique et de l'ingénierie et occupe la première place mondiale dans le secteur de l'externalisation informatique.

La libéralisation économique n'a été véritablement initiée qu'au début des années 1990, dans le sillage de la politique de modernisation instaurée par l'INC, sous l'égide du docteur Singh. Les limites en termes d'investissement étranger ont été assouplies au sein de nombreux domaines et un modèle plus large de coopération entre les secteurs privés et publics a été mis en place. Ce tournant dans la politique économique a coïncidé avec le début de l'ère des coalitions politiques. Depuis cette époque, le pouvoir central a transité entre les mains de l'INC, du BJP et du "Third Front" sans pour autant que les principes des réformes économiques n'aient été remis en cause.

Les politiciens indiens ont réalisé que gouverner le pays en s'appuyant sur le précepte du développement économique constitue la meilleure marche à suivre. Les débats autours des castes et des religions ont été relégués à l'arrière plan par des électeurs qui s'efforcent d'améliorer leur niveau de vie. La population revendique une amélioration de l'éducation, de la santé et de l'approvisionnement en électricité, une modernisation des infrastructures et un hébergement de meilleure qualité. Dans un pays où les trois quarts de la population proviennent toujours des zones rurales, le secteur agricole reste au c?ur des préoccupations.

L'année dernière, l'annulation à hauteur de 15 milliards de dollars de dettes contractées par des paysans en difficulté s'est avérée une politique efficace et bien accueillie, ce dont le parti au pouvoir, l'INC, espère tirer profit au cours des élections actuelles. Par ailleurs, les récentes baisses de taux d'intérêt ont d'ores et déjà commencé à produire leurs effets sur la production industrielle. Des taux plus attractifs ont déclenché des ventes record au sein du secteur automobile et une reprise du marché immobilier, un nouveau point positif pour l'économie domestique et les électeurs.

La structure démocratique indienne, qui repose sur une importante participation populaire, offre un libre forum d'expression et de débat d'idées et de problèmes. La présente élection implique plus de 55 partis et un nombre conséquent de participants indépendants, qui tentent tous d'obtenir un siège à la Chambre des communes du parlement.

Une fois les résultats annoncés, le président devrait inviter le parti victorieux, qui aura remporté le plus grand nombre de sièges, à former un gouvernement, en lui donnant le temps suffisant pour former des alliances dans l'éventualité où il ne représenterait pas à lui seul la majorité. Indépendamment de la formation élue, tous s'accordent pour penser que le pays ne devrait pas dévier de sa politique de développement, de libéralisation et de modernisation économique, et que le nouveau gouvernement sera à même de répondre aux attentes en matière de développement des 720 millions d'électeurs. Si le gouvernement venait à décevoir dans ce domaine, il aurait alors d'importants comptes à rendre dans cinq ans.

Dans un tel climat d'incertitudes, une stratégie d'investissement positive reste intéressante compte tenu des taux d'intérêt plus faibles en Inde et en Chine, ainsi que de l'importance des dépenses d'infrastructures, l'ampleur des politiques de réformes agraires et fiscales en Chine, initiées au profit d'une classe moyenne en plein essor. Ces deux pays disposent de la population active la plus importante et de la réserve de revenus disponibles futurs la plus significative. L'investissement domestique est très attrayant et les baisses des marchés d'actions en 2008 augmentent d'autant l'attrait d'un investissement à moyen terme, compte tenu des niveaux de valorisation actuels.

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