Bonus horribilis

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(Crédits : Albert Caen)
Par Philippe Mabille, éditorialiste à La Tribune.

Parfois, un peu de populisme ne nuit pas. La colère des opinions publiques contre les banquiers a certes un côté caricatural : toutes les banques ne sont pas responsables de la crise financière et celle-ci est due aussi à la défaillance des régulateurs, donc des Etats. Ce qui n'est pas contestable, en revanche, c'est que, sans les aides publiques massives accordées aux banques, les traders du monde entier pointeraient au chômage. Et que ceux qui ont survécu à la faillite de Lehman Brothers ont bénéficié en 2009 de conditions exceptionnellement favorables : coût de l'argent presque nul, plans de relance massifs pour soutenir les économies en récession.

Résultat : à rebours de 2008, "annus horribilis", les profits des activités de marché des banques ont connu sans doute l'une des meilleures années de leur histoire. Il faudrait donc être bien hypocrite pour ne pas voir une mesure de simple justice dans la décision de Gordon Brown d'imposer une taxe temporaire de 50% sur les versements de bonus envisagés par les banques de la City. Ayant profité d'une rente quasiment gratuite, la finance est appelée à rendre à la société une partie de l'argent prélevé sur l'économie.

Limitée à la seule année 2009, cette taxation vise moins les bonus que les banques : elle devrait les inciter à étaler le versement des primes sur plusieurs années et à renforcer leurs fonds propres. Angela Merkel, qui a jugé l'idée "très charmante", estime qu'elle aura des "vertus pédagogiques", en incitant les banques à prendre moins de risques. Toute l'Europe envisage désormais de mettre en ?uvre une telle taxe, à commencer par la France, qui n'attendait que l'initiative de Londres pour appliquer elle aussi une taxation exceptionnelle sur les bonus.

Pour Gordon Brown, comme pour Nicolas Sarkozy, qui ont signé jeudi un texte commun dans le Wall Street Journal pour une régulation globale de la finance, les arrière-pensées politiques l'emportent sans doute sur la morale. Le premier affronte au printemps les électeurs et joue sa survie politique sur un coup de dés qui ne fera pas trop de mal à la City. Le second espère prendre quelques bastions à la gauche aux élections régionales de mars et ne manque pas une occasion de taper sur les banquiers pour se refaire une popularité. En réaffirmant symboliquement le primat du politique sur la finance, les deux dirigeants font aussi pression sur Barack Obama, qui se heurte dans ses projets de régulation de la finance à la résistance de Wall Street, laquelle espère bien tirer les marrons du feu de cette grande hystérie antibonus.

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