Dérèglements techniques

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Par Odile Esposito, rédactrice en chef à La Tribune.

Alors que les grands de ce monde planchaient ces derniers jours sur la façon de remédier aux dérèglements climatiques, ce sont plutôt les dérèglements techniques qui ont fait en France l'actualité de ce week-end.

Des trains Eurostar immobilisés sous la Manche, victimes de trop fortes différences de température qui ont fait disjoncter leurs systèmes électriques. Des vols annulés ou retardés en raison de la neige et du brouillard qui perturbent les aéroports. Des TGV volontairement ralentis pour éviter les dégâts d'éventuelles projections de glace. Sans oublier la menace de délestages que laisse planer depuis une semaine le réseau de transport d'électricité, dont les lignes à haute tension sont soumises à rude épreuve.

Faut-il, pour autant, s'indigner d'une telle situation ? S'étonner qu'il y ait ainsi de la neige et du froid pour Noël ? Réclamer la nomination d'un "ministre de l'Hiver" qui interdirait aux trains de tomber en panne et accourrait avec force boissons chaudes et couvertures pour soulager les malheureux voyageurs pris au piège ? Mieux vaut sans doute raison garder.

Régulièrement, la nature nous rappelle qu'elle est la plus forte. Voilà dix ans tout juste, une violente tempête balayait l'Hexagone, laissant des morts derrière elle et mettant à terre une grande partie du réseau électrique français. Voilà cinq ans, toujours à cette même époque, un tsunami ravageait l'Asie du Sud-Est avec les dramatiques conséquences que l'on sait.

À chaque fois, ingénieurs et scientifiques se sont efforcés d'améliorer la compréhension et la prévention des phénomènes. De trouver quelques remèdes. De nous rendre la vie moins dure au final. Leurs succès sont là, indéniablement. N'ont-ils pas d'ores et déjà formidablement raccourci les distances ? Au risque, dans le même temps, de nous rendre exigeants et impatients.

Voilà trente ans, ce n'est pas si lointain, il fallait encore plus de huit heures pour relier en train Paris à Marseille. Et, faute d'Eurostar, le shopping de Noël à Londres n'était pas encore entré dans les m?urs. Les incidents du week-end viennent simplement nous rappeler que la technique ne peut pas tout. Et qu'elle ne le pourra jamais. Il est sans doute bon de le redire à ceux qui répétaient encore voilà quelques jours, en amont du sommet de Copenhague, qu'il suffisait de faire confiance à l'ingéniosité de l'homme pour qu'il répare les dégâts causés à la planète par sa propre insatiabilité.

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