Fillon face au supplice chinois

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Par Erik Izraelewicz, directeur de la rédaction de La Tribune.

François Fillon a été parfait. À Pékin, son job n'était pas facile. Le Premier ministre y était envoyé, accompagné d'une vingtaine de grands patrons, pour travailler à la réconciliation franco-chinoise. Il savait qu'il ne devait rien dire qui puisse fâcher les maîtres de l'Empire. François Fillon sait se maîtriser, parfaitement. Il n'a rien dit qui puisse même les irriter.

Il n'a surtout pas dénoncé la responsabilité de Pékin dans l'échec de Copenhague. Un affront tel que les membres de la délégation française redoutaient plus que tout qu'à Paris un responsable ne le fasse. Ni Sarkozy, ni Borloo ne se sont ainsi exprimés sur l'évidence. Tout juste Chantal Jouanno, la secrétaire d'État, a-t-elle été autorisée à dire la vérité ? en catimini, une vérité reconnue par tous les autres participants du sommet sur le climat.

La France continue en fait à payer, dix-huit mois après, les maladresses de son président sur l'affaire tibétaine. Pour se faire pardonner, Paris doit se taire. Les Français ont dû accepter, depuis la rencontre avec le dalaï-lama, bien des humiliations. L'Élysée a multiplié les missions de bons offices ? Jean-Pierre Raffarin y a joué son rôle. Les ministres s'y sont rendus comme à Canossa, évitant d'aborder les vrais débats ? les droits de l'homme bien sûr, mais aussi la sous-évaluation du yuan, le protectionnisme croissant du pays, son comportement peu délicat à l'égard de certains groupes français (Danone ou Schneider par exemple).

Dans leur grande mansuétude, les dirigeants chinois jugent aujourd'hui, semble-t-il, que la France a payé. Ils sont prêts à renouer des liens plus sereins. C'est le sens des signaux envoyés au cours de ces trois jours par Pékin. Le Premier ministre français a été reçu par toutes les personnalités qui comptent ? le président, le Premier ministre, le vice-Premier ministre, etc. Il y est venu en éclaireur, avant le voyage annoncé de Sarkozy, au printemps, pour l'Exposition universelle de Shanghai. Au second semestre, c'est le président chinois qui devrait venir à Paris.

L'amour fou ? Les contrats annoncés, dans le nucléaire, le pétrole ou l'aéronautique n'ont en réalité rien d'exceptionnel. Ils traduisent tout simplement un retour à la normale ? après un long gel, dommageable à l'économie française. La Chine continue, en fait, dans chacun de ces domaines stratégiques, à jouer de la concurrence entre les Occidentaux pour y asseoir, à terme, sa domination. Il n'est pas sûr que, face à leurs concurrents étrangers, les industriels français tirent leur épingle du jeu de relations franco-chinoises en forme de... montagnes russes.

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Commentaires
a écrit le 23/12/2009 à 15:37 :
Avec la complicité des politiques, nos industriels vendent leur droit d'aînesse (l'avance technologique, chèrement acquise et en partie par d'autres qu'eux) pour un plat de lentilles (les fameux "contrats"). Dans une dizaine d'années, les Chinois n'auront plus rien à imiter, leurs ingénieurs et scientifiques seront à notre niveau. Les Chinois ne se laissent pas cantonner dans la production de T-shirts et de jouets bas de gamme.

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