Le mirage nucléaire des Emirats

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

Pour le pack de l'équipe de France du nucléaire, pour son image en tout cas, l'échec d'Abu Dhabi a tout d'une catastrophe. Le choix par l'émirat d'un consortium coréen pour la conception, la construction et la maintenance de quatre réacteurs de 1.400 mégawatts porte un coup sévère à l'orgueil national.

Les Français, il est vrai, ont étalé comme à plaisir tous leurs défauts. La certitude que ce contrat leur revenait de droit, puisqu'ils étaient les premiers, en 2008, à s'être portés candidats. L'assurance d'avoir le meilleur dossier, puisque Paris proposait des EPR, des centrales de la dernière génération. L'arrogance des élites économiques, si promptes à afficher leurs divisions. L'absence de toute empathie à l'égard du client. Résultat, un consortium français hétéroclite et à géométrie variable (Areva, GDF Suez et Total, tardivement rejoints par EDF), une offre surdimensionnée par rapport aux besoins d'Abu Dhabi (celui-ci n'avait que faire de réacteurs de 1.700 mégawatts) et surtout beaucoup trop chère, même pour un émirat (8 milliards de dollars pour un EPR contre 5 milliards pour le modèle coréen de "vieille génération").

Les Français ont donné en permanence l'impression de rejouer à la fois, côté technologies, les mésaventures du Concorde et, côté politique, le lobbying raté des JO de 2012. Tout n'est pas négatif, pourtant, dans cette défaite. Car les Français n'auraient sans doute pas dû livrer cette désastreuse guerre des sables. Les deux principaux acteurs, EDF et Areva, n'en avaient pas les moyens. Ni humains, ni financiers.

Les moyens humains ? EDF, le plus important exploitant nucléaire dans le monde, a déjà fort à faire avec les deux EPR en construction à Flamanville et à Penly, en Normandie, les quatre programmés en Grande-Bretagne (après l'acquisition de British Energy) et les quatre autres envisagés aux Etats-Unis (depuis l'accord conclu avec l'américain Constellation). C'est ce qui explique, sans doute, les atermoiements de l'électricien.

Les moyens financiers ? Areva, le constructeur de centrales, empêtré par les faramineux surcoûts de son chantier EPR en Finlande, a été contraint de céder sa filiale T&D, véritable "bijou de famille", pour financer ses investissements. On voyait mal la société dirigée par Anne Lauvergeon dépenser de l'argent pour les mirages du Golfe. Il lui aurait fallu vendre à perte. D'où son manque d'entrain. Hors l'Elysée, qui joue aux Emirats arabes unis une autre partition, diplomatique et militaire, l'équipe de France n'avait au fond pas envie de gagner. De l'art de perdre une guerre.

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