Les nouveaux amours entre l'Asie et l'Amérique latine

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DR (Crédits : BLOOMBERG NEWS)
L'ancien directeur du centre de développement de l'OCDE constate l'émancipation croissante de l'Amérique latine vis-à-vis du grand frère nord-américain et du Japon au profit de la Chine.

Les relations entre l'Amérique latine et l'Asie sont en pleine mutation. Pendant des décennies, le Japon a été le principal partenaire asiatique dans la région. En 2010, alors que la Chine relègue le Japon au rang de deuxième puissance économique mondiale en termes de PIB nominal, les relations entre l'Amérique latine et l'Asie connaissent un essor sans précédent. En 2008, le commerce entre l'Amérique latine et le Japon totalisait quelque 60 milliards de dollars, mais celui avec la Chine a grimpé à un vitesse vertigineuse, totalisant plus de 140 milliards de dollars (environ 70 milliards pour les importations et autant pour les exportations). Et en 2002, la Chine a dépassé le Japon comme principal partenaire commercial asiatique du continent. Cette différence va continuer à s'aggraver. La montée en puissance de la Chine signifie pour l'Amérique latine l'émergence d'un autre partenaire en Asie, en concurrence directe avec le Japon. Elle signifie également que le continent latin se tourne de plus en plus vers l'Asie.

En 2010, une première, la Chine pourrait devenir le premier investisseur au Brésil, un pays où historiquement le Japon a investi fortement. Au premier semestre, la Chine a investi plus de 12 milliards de dollars, dont un investissement de 3,3 milliards pour construire une usine d'acier à Rio de Janeiro. On retrouve également d'importants investissements chinois au Pérou et en Argentine. Les matières premières sont bien entendu au coeur de l'intérêt chinois pour le continent. Les pétroliers CNPC, Sinopec ou China National Offshore Oil Corporation multiplient les opérations au Venezuela. Mais on assiste également à des montées en puissance dans d'autres secteurs, y compris technologiques. Ainsi le géant chinois Huawei va commencer à produire des téléphones portables au Venezuela et Haier Group a conclu un accord pour créer dans le pays une coentreprise et un centre de recherche et d'innovation. Les deux pays sont également convenus de créer une ligne aérienne, la nouvelle compagnie étant dotée d'un apport initial de 300 millions de dollars.

La Chine n'est pas le seul pays émergent d'Asie à faire son entrée dans l'ancien pré carré nord-américain. L'Inde se tourne également vers la région. Pour Tata Consultancy Services (TCS), la filiale technologique du groupe Tata, l'Amérique latine est devenue un continent clé où le groupe emploie déjà plus de 8.000 personnes, contribuant à émuler également l'industrie du software et de l'« outsourcing » dans des pays comme l'Uruguay par exemple. Les officiels indiens tablent sur des investissements de plus 12 milliards de dollars dans la région au cours des deux prochaines années. Le Brésil est aussi pour l'Inde en tête de liste (5 milliards de dollars), suivi par le Venezuela (2,1 milliards), Bolivie (même montant), le Chili (1,5 milliard) et l'Argentine (1,2 milliard). Mais en plus de l'Inde, d'autres tels que Singapour, la Malaisie ou encore la Corée sont également en lice. Ainsi, le fonds souverain de Singapour, Temasek Holdings, a annoncé qu'elle a conclu un accord avec le mexicain IMDI pour établir un joint-venture de 200 millions de dollars afin d'investir dans le secteur immobilier. À peu près au même moment, la chaîne hôtelière thaïlandaise Thai Banyan Tree a annoncé 180 millions de dollars d'investissements dans la construction de deux hôtels au Mexique. Le Chili et la Malaisie ont passé un accord de libre-échange, cette signature venant après un traité similaire avec Singapour. Pour sa part, la Corée du Sud va devenir membre de la Banque centraméricaine d'intégration économique (BCIE) et la Chine a fait son entrée, malgré les réticences du Japon, comme nouveau membre asiatique de la Banque interaméricaine de développement (BID).

Au-delà de l'effacement (relatif) du Japon, c'est aussi les relations avec les États-Unis qui se trouvent bousculées. Désormais, l'Amérique latine ne comte plus sur la seule vigueur du grand frère nord-américain. C'est bien une émancipation qui se joue : aux relations avec l'Amérique du Nord et l'Europe, s'ajoutent maintenant celles de plus en plus privilégiées avec l'Asie. Ce nouveau flirt entre les deux continents ne fait que refléter l'émergence d'un monde décentré, où il n'y a plus vraiment de centre ni de périphérie.

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