Google, la mort du missionnaire

Par Jean-Baptiste Jacquin, rédacteur en chef à La Tribune.
DR
DR

Les deux petits génies de Stanford qui ont créé le plus génial des moteurs de recherche pour Internet avaient brandi la « mission » de Google comme étendard. Apporter à tous, partout, l'accès à la connaissance, toute la connaissance. Forte de ce viatique, l'entreprise Google a foncé, innové, défriché. Sans limite, ou presque. L'arbitre était l'internaute. Dès lors qu'un service lancé rencontrait un intérêt, il était conservé. L'innovation au service de la masse anonyme des internautes. Magnifique ! Jusqu'à ce que cette masse anonyme prenne conscience que « rencontrer l'intérêt des internautes » peut aussi s'écrire, très classiquement : « rencontrer un marché ».

Traduite ainsi, la mission de Google devenait hégémonique et la méfiance s'est installée. Dans le livre, ses projets se sont retrouvés bloqués par des procès en France, aux États-Unis ou ailleurs. Son service gratuit de photos de rues, Street View, est attaqué en France et en Allemagne pour avoir collecté des données issues des connexions wi-fi de particuliers. Sa force de frappe sur le marché publicitaire est auscultée en France par l'Autorité de la concurrence, ses méthodes font l'objet d'une plainte instruite à Bruxelles, etc., etc. Mais Google change. Un missionnaire peut s'obstiner tandis qu'une entreprise qui veut gagner des marchés doit négocier. Google vient de signer à Paris avec les sociétés d'auteurs un accord sur la rémunération pour les vidéos passées sur YouTube, sa filiale. Aux États-Unis, la création de Vevo s'est faite en association avec les maisons de disques. Il y a huit jours, c'était avec Hachette qu'un accord dans le livre était trouvé. La librairie en ligne Google Edition voit son lancement sans cesse retardé, pourquoi ? Le géant américain veut d'abord sécuriser l'opération dans les pays concernés. Le juriste prend le pas sur le missionnaire.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.