N'enterrez pas l'industrie

Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune

2 mn

pmabille@latribune.fr
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La course aux usines à laquelle se livrent les futurs candidats à la présidentielle ne traduit pas seulement une compétition électorale dont l'enjeu est le vote ouvrier, épicentre de la victoire en 2012. Il répond à un impératif : enrayer le déclin de l'industrie nationale. Mais pour éviter que les mêmes promesses ne se traduisent par les mêmes désillusions, il est urgent de sortir des incantations pour entrer dans le concret d'une vraie politique industrielle, qui ne peut se concevoir à la seule échelle française, mais doit être au moins européenne.

De ce point de vue, l'idée du Front national de "franciser" les entreprises menacées par un rachat étranger est une véritable hérésie économique, tout autant que l'interdiction des licenciements dits "boursiers" préconisée par Ségolène Royal. Le problème, c'est que, avec des cas comme Ingenico, devenu tout à trac une pépite stratégique méconnue, ou Heuliez, le gouvernement Sarkozy encourage de tels réflexes nationalistes.

Si la France a la chance d'être le pays européen qui compte le plus de grands groupes dans le top 100 mondial, c'est l'euro et l'ouverture des frontières qui l'ont rendu possible. Cela n'a pas empêché une hémorragie d'emplois industriels qui vide le pays de sa substance, de ses savoir-faire, et détruit son lien social et territorial. Car le renouveau espéré de l'industrie ne viendra pas des stars du CAC 40 mais bien de l'immense tissu des PME qui seules sont à même de créer des emplois. Des PME qui doivent impérativement grossir, quitte à les y aider. Hormis le soutien à la recherche, qui doit irriguer les grands groupes comme les petits, car il prépare le futur, il est donc temps de faire le tri dans les multiples aides publiques à l'industrie, de forcer les regroupements nécessaires, comme on a commencé de le faire, dans la douleur, dans l'équipement automobile.

Ce néocolbertisme initié par Nicolas Sarkozy avec le FSI pèse toutefois bien peu face à la puissance des fonds étrangers. Le capitalisme français souffre avant tout d'un manque de capital et c'est là prioritairement que l'action doit porter. Faute de quoi nous nous promettons un véritable suicide collectif dans lequel tous les politiques d'aujourd'hui ont leur part de responsabilité, car ils ne pourront pas dire : "je ne savais pas". 

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