Le faux problème du financement des dettes souveraines

 |   |  760  mots
DR
DR (Crédits : dr)
Par Bruno Moschetto, professeur de sciences économiques

Comme toutes les dettes amortissables, le service d'une dette souveraine implique et le paiement d'un taux d'intérêt et le remboursement du principal. Le paiement de l'intérêt correspondant au coût du financement est une dépense de fonctionnement du budget. La dette publique de la France s'élevait en 2010 à 1.500 milliards d'euros contre environ 1.000 milliards en 2005, soit une augmentation de 50 % en cinq ans. En revanche, le service de la dette est resté stable sur la période, à environ 40 milliards par an, soit 10 % du budget de l'État l'an dernier.

Naturellement, tous les États n'empruntent pas au même taux. Et cela est vrai aussi au sein de la zone euro, dont les États ont adopté une monnaie unique sans disposer d'un budget unique. Les taux d'intérêt auxquels doivent emprunter les États de la zone euro s'échelonnaient au cours de l'année 2010 entre 2,5 % pour les meilleures signatures (Allemagne, France) et 10 % pour les plus mauvaises, comme la Grèce ou l'Irlande. Cet écart est appelé immanquablement à se réduire du fait du soutien dont les pays en difficulté ont bénéficié de la part de la communauté financière internationale, l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI), ainsi que de la Chine pour la Grèce, qui a ainsi réalisé un arbitrage entre des dollars rapportant peu et des euros rapportant beaucoup, arbitrage qui devrait faire des émules dont vraisemblablement le Japon.

Par ailleurs, rappelons qu'un État ne peut pas être mis en « faillite » s'il est seulement endetté dans sa propre monnaie - ce qui n'était pas le cas du Mexique et de ses pareils au milieu des années 1980. Ces pays étaient endettés dans une monnaie qui n'était pas la leur : le dollar. Monnaie qu'ils ne pouvaient normalement obtenir que par un accroissement de leurs exportations alors que le prix des hydrocarbures étaient en chute libre, d'une part, et que les taux d'intérêt des dettes libellées en dollars avaient doublé du fait de la politique anti-inflationniste de Paul Volcker, d'autre part.

Du binôme paiement de l'intérêt ou remboursement du capital, c'est le premier qui compte d'abord pour les prêteurs. En effet, les créances des rentiers n'ont pas vocation à être amorties car ce serait la fin de leur existence. Pas de dette, pas de rentiers. Donc l'essentiel, c'est que le pays débiteur paye régulièrement les intérêts - intégrés dans les dépenses budgétaires de fonctionnement -, ce qui lui permettra de lever les capitaux nécessaires au remboursement du principal. Et à ce titre, une dette souveraine amortissable est en réalité par son renouvellement assimilable à une dette perpétuelle comme l'est d'ailleurs tout État.

Donc, les États européens membres de la zone euro qui, du fait de leur déficit interne (la Grèce) ou des défaillances de leurs banques (Irlande), sont endettés seulement dans leur propre monnaie - l'euro - ne peuvent être mis en faillite. Leurs résidents sont les garants implicites de leur dette et, pour cette raison, corvéables à merci pour produire les euros manquants. Soit en contrepartie de plans d'austérité destinés à réduire les dépenses publiques soit en contrepartie des majorations fiscales destinées à accroître les recettes publiques.

Cela dit, les deux options n'ont pas le même effet. La réduction des dépenses réduit ipso facto tous les revenus et, par là, le niveau général de l'activité économique. L'augmentation des impôts réduit seulement les revenus de ceux qui les payent. Aussi, de façon à soutenir au maximum l'activité économique, l'accroissement de la charge fiscale devrait-il cibler les hauts revenus dont la propension à consommer est la plus faible.

À la réflexion, dans un monde post-crise financière - espérons-le ! -, le problème n'est pas tant de soutenir les dettes des États mais de préserver les revenus de leurs prêteurs, lesquels ont drastiquement diminué du fait de la baisse généralisée des taux conséquente à la lutte contre la crise financière conduite par les banques centrales, il est vrai compensée par la hausse de l'offre d'épargne globale. Et c'est la libération de celle-ci à la suite de l'extension de la convertibilité externe des monnaies (réservée aux non-résidents) à la convertibilité interne de ces mêmes monnaies (accordée aux résidents) qui a engendré les dérèglements des flux sur les marchés.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :