Touche pas à ma pomme

Par Jérôme Marin, correspondant de La Tribune à New York.

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Qui n'a pas dans son entourage un, voire plusieurs "Applemaniacs", ces accros de la marque à la pomme devant lesquels il est fortement déconseillé d'émettre la moindre critique ? Le petit monde des analystes du secteur technologique en est rempli. Comme celui des médias. Alors forcément, il faut plutôt être sûr de son coup avant de se lancer. Le dénommé Alex Guana en a fait l'expérience la semaine dernière. Son nom ne vous dit rien. En fait, personne ne le connaissait vraiment avant qu'il n'ose dégrader sa recommandation sur l'action d'Apple - de surperformance à performance en ligne. Crime de lèse-majesté, blasphème même ! Par quel raisonnement hérétique peut-on bien arriver à de telles conclusions ? La croissance des ventes de Hon Hai, un fournisseur chinois du groupe, a plongé en début d'année. Traduction : le chiffre d'affaires d'Apple pourrait décevoir les marchés, habitués à des résultats toujours largement supérieurs aux attentes. Et le cours pourrait ainsi retomber vers les 300 dollars.

A Wall Street, les investisseurs y accordent du crédit et l'action dévisse de 4,5%, deux fois plus que le marché. De quoi en agacer plus d'un. Les réactions négatives se multiplient, conduisant l'excellent blog Marketbeat du Wall Street Journal à décerner à l'analyste de JMP Securities le titre honorifique de guillotine d'or. Pour certains, il est tout simplement incompétent. Deux de ses confrères remettent ainsi publiquement en cause ses conclusions. Sur son blog, un journaliste de Fortune rappelle qu'il ne s'est pas vraiment distingué lors de ses estimations des résultats du quatrième trimestre d'Apple. Puis, citant d'autres notes d'analystes, il conclut : "M. Guana, voilà comment travaillent les vrais analystes." Pour d'autres, il s'est offert un joli coup de pub, une heure de gloire couronnée par un passage sur CNBC. Quelques-uns se souviennent en revanche des réactions acerbes suscitées par les premiers commentaires alarmistes de Meredith Whitney sur Citigroup. Les faits avaient fini par lui donner raison.

La question soulevée est pourtant légitime : est-il toujours opportun d'acheter des actions Apple ? Voilà cinq mois qu'aucun effronté n'avait remis en cause la hausse sans fin de l'action Apple : 53% sur un an, 180% depuis le début du rally des marchés en mars 2008... et 9.700% depuis le retour de Steve Jobs aux commandes en juillet 1997. A 340 dollars, l'action est toute proche de son plus haut niveau historique, touché mi-février avant le repli des marchés américains. Peu importe : sur les 54 autres analystes couvrant le titre, quatre seulement ne conseillent pas de l'acheter. Et personne ne recommande de le vendre. Pourtant, les dividendes sont toujours scotchés à zéro. Et la marge a montré ces derniers mois quelques signes d'essoufflement. Mais le titre va continuer de monter, estiment-ils. La plupart ont fixé leur objectif de cours à plus de 400 dollars. Credit Suisse, qui a entamé sa couverture le lendemain de la dégradation d'Alex Guana, va même encore plus loin, tablant sur un cours de 500 dollars. A ce prix, Apple deviendrait alors la première capitalisation américaine.

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