L'étrange réforme de M. Osborne

Par Eric Albert, correspondant de La Tribune à Londres.
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A quoi joue donc George Osborne ? Derrière ses airs de nanti, fils de millionnaire, héritier du titre de baron, éduqué dans les meilleures écoles privées du pays, le chancelier de l'Echiquier britannique est en train de profondément remodeler la finance britannique.

La semaine dernière, il a présenté deux énormes chantiers. Le premier concerne les banques, qui vont devoir isoler banque d'investissement et de détail. La séparation ne sera pas complète et la façon dont cela fonctionnera reste à définir, mais cela aura un fort impact sur les mastodontes que sont Barclays, Royal Bank of Scotland et HSBC. Le deuxième chantier est la complète refonte de la supervision financière. La Financial Services Authority (FSA) était jusqu'à présent chargée de cette tâche. Cela va maintenant être transféré à la Banque d'Angleterre, qui prendra officiellement ce rôle début 2013. La FSA, créée en 1998 par Gordon Brown, alors chancelier de l'Echiquier, va donc disparaître.

Etrangement, ces deux réformes ne semblent pas particulièrement logiques. A l'automne 2008, quand les grandes banques britanniques étaient nationalisées les unes à la suite des autres, personne ne s'est dit : "il faut avant tout changer le régulateur et scinder en deux les banques universelles." Mieux encadrer les banques, oui, mais pas se lancer dans un Meccano incertain.

La séparation entre banque de détail et d'investissement est particulièrement surprenante. Sur le papier, il s'agit d'éviter que la partie "casino" des institutions financières ne contamine les dépôts des particuliers en cas de crise financière. Mais en réalité, ce n'était pas le sujet de la crise de 2008. Northern Rock ne faisait pas de banque d'investissement ; HBOS (racheté par Lloyds Group, puis nationalisé) non plus. Inversement, Lehman Brothers et Bear Stearns n'étaient pas présents dans la banque de détail. Alistair Darling, qui était le chancelier de l'Échiquier pendant la crise, s'est d'ailleurs systématiquement opposé à cette réforme, estimant qu'elle était hors sujet.

Quant au transfert de la supervision à la Banque d'Angleterre, il ne se comprend guère plus. La faillite de Northern Rock avait effectivement mis à jour l'absence de coordination entre la FSA et la banque centrale. Néanmoins, ce transfert du pouvoir va créer un temps de flottement dans la régulation, la dernière chose dont ait besoin le Royaume-Uni aujourd'hui. S'il fallait mettre en place un système de régulation à partir d'une feuille blanche, l'idée de George Osborne se défendrait ; mais l'urgence était-elle vraiment de tout détruire avant de reconstruire ? D'autant que la FSA a nettement musclé son action depuis trois ans.

L'explication de l'attitude de George Osborne est en grande partie politique. Il veut se montrer dur contre les banques, sans se faire doubler par l'opposition - ou par les libéraux démocrates, ses partenaires de coalition. Il cherche aussi à se débarrasser du chantier le plus vite possible, pour ramener un peu de stabilité à une City qui croule sous les questions réglementaires (Bâle III, régulations européennes...). Ces deux grands chantiers n'en restent pas moins en déroute...

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