La Chine, cible imparfaite de la démondialisation

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Par François Roche, conseiller éditorial de La Tribune

Le protectionnisme reviendrait ainsi à la mode... À moins que cela ne soit la démondialisation, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Le protectionnisme est une posture politique, la mondialisation un état constant du monde depuis le XIIIe siècle et les premiers voyages des jésuites et des dominicains en Asie centrale et en Chine... La Chine, justement. C'est elle qui est visée par les attaques sur les effets de la mondialisation. Nous projetons sur elle la vision d'un empire conquérant, voulant placer l'économie mondiale sous son influence et, si possible, lui imposer ses règles. Il n'est pas certain que cette vision soit la plus pertinente. La Chine n'est pas un empire conquérant au sens où nous l'entendons en Occident. Elle est un empire tout court, de plus en plus conscient de son rôle et de sa puissance, un empire confronté à d'immenses défis : le rééquilibrage de la croissance économique vers les zones rurales, l'accès aux soins des plus modestes, le surendettement des régions lié en partie au plan de soutien à l'économie de 2008, l'exode rural, le manque d'infrastructures, le désastre écologique d'un certain nombre de régions.

Depuis 1978, elle s'est muée en plate-forme industrielle mondiale, ce qui lui a permis de générer des ressources financières très importantes, dont elle a réinvesti une bonne partie dans la dette publique américaine. Elle fut ainsi le moteur le plus puissant de la mondialisation de l'économie dans les années 1980-2000. Certes, il ne faut pas nier les perturbations très importantes que cette mondialisation a provoquées en Europe et aux États-Unis, en termes d'emplois industriels notamment. Mais couper les ponts avec la Chine, c'est pour l'Occident prendre le risque de la voir constituer en Asie une forteresse économique inexpugnable, de renvoyer le monde à une logique géographique qui pourrait être lourde de conséquences pour le développement des économies européennes. Traquer les défaillances de la Chine par rapport aux règles de l'OMC, négocier sans relâche sur le respect de la propriété industrielle, combattre les manquements à l'éthique de certaines entreprises sont probablement des voies plus efficaces que la condamnation spectaculaire et grandiloquente d'un pays qui est déjà en train de changer de modèle économique.

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Commentaires
a écrit le 12/10/2011 à 14:08 :
La conclusion de l'article est loin d'être convaincante: la Chine, par son poids, ne respecte pas les règles de l'OMC et les moyens de pression y sont limités et les procédures, longues. En sens inverse, l'exemple du saumon norvégien boycotté par la Chine prouve à l'évidence le déséquilibre des rapports de force. Au total combien d'emplois (industriels) perdus depuis 20 en Europe, en France? Halte à la naïveté. Un plaidoyer et un crédo libéral à revoir.

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