Une croissance faible, pour longtemps

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Copyright Reuters (Crédits : FRANCOIS DABURON)
Le reflux actuel de la conjoncture dans les pays développés n'est sans doute que l'amorce d'une longue convalescence qui devrait s'étaler sur une bonne partie de la décennie. Alors qu'aux Etats-Unis l'heure est au désendettement, l'instabilité financière en Europe va durablement renchérir le coût du capital.

Les indicateurs composites de l'OCDE publiés récemment confirment la glissade actuelle de la conjoncture dans les pays développés. Sans surprise, les effets des politiques de relance budgétaire et monétaire commencent à se dissiper, deux ans après leur mise en oeuvre. Il ne reste plus aux économies développées qu'à faire face, mais sans soutien conjoncturel désormais, aux vents économiques contraires déclenchés par la crise de 2008-2009 et qui renchérissent durablement le coût du capital. Davantage qu'un phénomène de court terme, il faut donc voir dans l'évolution actuelle de la conjoncture, l'annonce d'une période de croissance terne pour plusieurs années.

Depuis 2009, la problématique essentielle de l'économie américaine n'a pas fondamentalement évolué : les Etats-Unis sont toujours sous intense perfusion budgétaire et monétaire depuis deux ans et la demande privée n'est pas en mesure de prendre le relais intégral du stimulus de la demande publique. Le désendettement des agents (ménages, entreprises, administrations, banques) devrait s'étaler pendant encore plusieurs années. Le nouveau train de mesures de relance budgétaire et monétaire, décidé aux Etats-Unis en 2010-2011, n'a fait qu'y décaler la date de l'atterrissage économique tout en ayant rendu moins soutenables encore les politiques budgétaire et monétaire.

En Europe, une grave mésaventure a conduit il y a dix ans à accepter dans la zone euro des petits pays en rattrapage, et au modèle de croissance non soutenable. Ils souffrent aujourd'hui d'un ajustement économique d'autant plus spécialement douloureux que leur taux de change est par définition fixe. Leur situation objectivement exsangue menace aujourd'hui l'unité de la zone euro. L'instabilité financière en Europe ne peut qu'avoir pour effet d'y renforcer l'aversion au risque et renchérir le coup du capital, ce qui est de mauvais augure pour la compétitivité de nos entreprises. Bref, le reflux actuel de la conjoncture dans les pays développés n'est sans doute que l'amorce d'une longue convalescence qui devrait s'étaler sur une bonne partie de la décennie.

Pendant ce temps, la locomotive chinoise donne tous les signes de poursuivre son avancée pendant encore de longues années. Le pilotage macroéconomique de la Chine allie jusqu'ici une certaine maîtrise de l'inflation avec l'exploitation de nouvelles poches de croissance. Le resserrement monétaire chinois pourrait ramener l'inflation aux alentours de 3% à 4% en 2012, favorisant ainsi une poursuite soutenable de la croissance. En cas de besoin, la Chine pourrait même se permettre une relance budgétaire car ses finances publiques devraient être à l'équilibre dès la fin de l'année. Le potentiel d'exportation chinois restera très élevé au cours des prochaines années. Les entreprises chinoises délocalisent actuellement leurs sites de production des régions côtières vers l'intérieur du pays où les coûts salariaux sont plus faibles et où les infrastructures de transport se sont rapidement développées. A l'heure actuelle, et sous l'hypothèse (sans doute discutable) d'absence de troubles politiques et sociaux, le seul facteur prévisible de ralentissement de l'économie chinoise à long terme est le vieillissement démographique. Vers le milieu de la prochaine décennie environ, il devrait peser très sensiblement sur la croissance chinoise.

Première conséquence de ces évolutions de fond pour les politiques économiques dans les pays développés en général et en France en particulier : des politiques structurelles puissantes sont aujourd'hui nécessaires pour contrarier l'effet dépressif durable de la crise sur l'offre productive, grâce à des mesures qui augmentent le stock d'heures travaillées dans l'économie et les gains de productivité. Toute proposition de réforme qui tendrait à déprimer directement l'un ou l'autre devrait aujourd'hui être écartée.

Deuxième conséquence pour la conduite des relations internationales : la manière dont la Chine va tirer profit de son poids économique croissant pour renforcer son influence politique sur la scène internationale constitue pour les pays développés un enjeu complexe tant du point de vue diplomatique mais aussi géostratégique avec la question de l'accès aux matières premières.

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