La dette d'infrastructure, une nouvelle classe d'actifs en Afrique pour la zone UEMOA

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Laurence Van Prooijen, Directeur Partenariat public-privé Afrique francophone chez Deloitte Afrique.
Laurence Van Prooijen, Directeur Partenariat public-privé Afrique francophone chez Deloitte Afrique. (Crédits : DR)
Aujourd'hui, le déficit annuel d'investissement en Afrique est estimé à 50 milliards de dollars. Face à l'insuffisante capacité de financement public au regard des immenses besoins, « les fonds d'investissement en infrastructures représentent une solution tout à fait appropriée »en zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), considère Laurence Van Prooijen, Directeur Partenariat public-privé Afrique francophone chez Deloitte Afrique. Voici ses arguments...

Jouant un rôle essentiel dans la croissance économique, les infrastructures constituent l'un des défis majeurs de l'Afrique pour la prochaine décennie. Leurs caractéristiques (services essentiels à la collectivité, fortes barrières à l'entrée, revenus prévisibles et récurrents, risques maîtrisés) en font un investissement naturel pour les investisseurs de long terme souhaitant diversifier leurs portefeuilles. Et pourtant. Le constat fait lors du 9ème Forum africain des infrastructures qui s'est tenu à Marrakech en décembre dernier est sans appel : routes, eau, énergie, télécommunications... Nous estimons le déficit annuel d'investissement à 50 milliards de dollars.

Face à l'envergure des projets, et dans un contexte de tension sur les finances publiques des Etats, il est aujourd'hui nécessaire de s'appuyer sur de nouveaux modes de financement innovants pour booster les investissements sur ces secteurs.

Alors que les financements étaient jusqu'à récemment essentiellement apportés par le secteur bancaire (dette) et par les opérateurs privés (investissement en capital), les investisseurs institutionnels sont amenés à jouer un rôle croissant dans le financement des infrastructures. Les fonds d'investissement en infrastructures représentent alors une solution tout à fait appropriée.

La dette d'infrastructure, placement convenant plus particulièrement aux investisseurs institutionnels avec des passifs longs, a pour objectif d'offrir des opportunités de performance attrayantes et permettant une diversification du risque par rapport à la dette publique, au secteur corporate ou au secteur de l'immobilier ou des utilities.

Mais comment « rapprocher » les investisseurs institutionnels des infrastructures ?

En mettant en place des formules intermédiées innovantes. En effet, quel que soit le cas de figure, une question essentielle se pose : pour un institutionnel, comment analyser les risques spécifiques que soulève la dette d'infrastructure ?

L'approche partenariale banque/assurance se caractérise par une participation active des compagnies d'assurance à l'analyse des dossiers PPP, d'autres formules induisent une plus grande « délégation » de l'analyse du risque aux intermédiaires que restent les banques. En Europe, le marché s'est structuré autour de trois schémas : (i) investissement en direct via l'asset manager maison pour les grandes sociétés d'assurance ou fonds de pension (ii), investissement via des fonds gérés par des asset managers indépendants ou par les asset managers des grands groupes agissant pour compte de tiers (iii), co-investissement avec une banque reposant sur un alignement d'intérêt.

Il est fort à parier que cette tendance de long terme satisfaisant pleinement les acteurs puisse bénéficier au financement des infrastructures dans les pays africains, puisque là aussi le renforcement de la règlementation bancaire sur les ratios de liquidité va continuer à durcir les conditions bancaires sur le financement de projet. La liquidité bancaire est différente de la liquidité institutionnelle, et les émetteurs doivent tirer parti de chacune d'elles.

Les nécessaires initiatives des institutions régionales

Les institutions régionales ont par ailleurs un rôle à jouer pour crédibiliser les projets d'infrastructures auprès des investisseurs et des banques commerciales. Ces institutions, en prenant à charge des tranches de financement à haut risque, rassurent, attirent ainsi les capitaux privés et facilitent le financement à long terme des infrastructures.

Il est donc aujourd'hui essentiel que ces institutions lancent des initiatives portant sur :

  • une évolution du marché régional de la dette publique visant à augmenter la liquidité, en particulier sur les maturités longues ;

  • des adaptations règlementaires assurant une meilleure éligibilité des supports d'investissement pour les investisseurs, en particulier la définition d'un traitement prudentiel, prenant en compte les spécificités de la dette d'infrastructure, en termes de durée d'investissement et de sécurisation des risques ;

  • une adaptation de la procédure de sélection du partenaire privé par les porteurs publics de projets pour prendre en compte très en amont l'intervention d'investisseurs institutionnels dans le financement ;

  • des solutions de mises en œuvre par les banques et les sociétés de gestion offrant aux investisseurs l'expertise et les moyens requis en matière d'origination, d'analyse des risques et de gestion dans la durée, pour accéder à cette classe d'actifs ;

  • la poursuite d'un travail de pédagogie et d'analyse des différents types de risques et des différents secteurs de la classe d'actifs "infrastructures" afin que les investisseurs institutionnels de la Zone UEMOA et internationaux puissent s'approprier ces nouveaux investissements.

Dans cette perspective, la mobilisation des ressources en épargne sur le moyen et long terme, pour financer des projets d'infrastructures d'envergure, est donc l'une des pistes à mettre en œuvre. Seule condition pour permettre cette transformation de l'épargne locale en financements à long terme dédiés à l'infrastructure : faire évoluer la réglementation relative aux règles d'investissement des investisseurs institutionnels et plus particulièrement des assurances dans les pays de la sous-région, dans le sens d'une plus grande souplesse.


L'épargne mobilisable auprès des assureurs vie, des fonds de pensions, des caisses de retraite au sein de la zone UEMOA est placée aujourd'hui en liquidités et en titres d'État offrant une rentabilité insuffisante par rapport aux engagements de long terme.

Compte-tenu de la lourdeur des investissements nécessaires, il s'agirait donc pour les assureurs d'accompagner le mouvement porté aujourd'hui par les institutions financières de développement et l'endettement public. Les contraintes pesant sur leurs budgets sont telles, que les pouvoirs publics sollicitent de plus en plus le secteur privé à travers les partenariats public-privé (PPP).

Les pays de la zone UEMOA et les institutions régionales ont pour ce faire réalisé une énorme avancée dans la définition et la mise en œuvre du cadre règlementaire et institutionnel de ces contrats adaptés aux infrastructures nouvelles, qu'elles soient de nature économique ou sociale. Le processus est en route... Les acteurs publics seront invités à comprendre où sont les contraintes de chaque type possible de financeurs, ce qu'ils sont prêts à financer et quels types de risques ils sont prêts à porter.

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