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OpinionsEuromed

La Realpolitik s'invite (enfin) dans le conflit en Syrie-Irak

Photo de Alfred Mignot

Emmanuel Dupuy

Publié le 17 octobre 2015 à 14:32 - Mis à jour le 17 octobre 2015 à 15:28

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On ne cessera de le dire, la situation en Syrie, heurte, depuis 2011, la conscience de chacun d'entre nous. Si la diplomatie impose parfois de s'assoir avec le Diable, que peut et doit faire la France dans le nouveau contexte, créé par Vladimir Poutine qui remet la Russie au centre du jeu dans la région ? Décryptage, par Emmanuel Dupuy, Président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE, Paris).

Les Syriens, ballotés entre la violence odieuse d'un régime aux aguets pour sa survie et la barbarie imposée par un pseudo mouvement obscurantiste, sectaire et criminel, attendaient de la Communauté internationale, qu'elle montre sa cohérence pour assurer la sécurité défaillante de ses 18 millions d'habitants, dont désormais plus de 6 millions vivent loin de leurs foyers et dont plus de 300 000 sont décédés dans d'odieux combats fratricides.

Les Syriens espéraient ainsi que cette dernière, démontre sa « responsabilité à protéger » pourtant érigée en devoir par une Organisation des Nations Unies, dont l'impuissance n'en aura été que plus révélatrice, 70 ans après sa création, le 24 novembre 1945.

Les Syriens souhaitaient aussi et surtout que les Européens soient davantage présents, et plus singulièrement, la France, à cause de sa responsabilité centenaire qui, par le truchement des accords Sykes-Picot, en 1916, a ancré à Damas, comme à Beyrouth, l'idée et la pratique de la République dans l'espace arabo-musulman.

Nous étions donc attendus... nous le sommes toujours, du reste !

L'illisible action diplomatico-militaire de la France

Pourtant, les atermoiements et les contradictions de notre politique étrangère caractérisées par des positions récentes autant erratiques, que des lectures simplificatrices et idéologisées - alors que c'est bien la Realpolitik qui a toujours caractérisé « L'Orient compliqué », comme aimait à le rappeler le général De Gaulle -, ont singulièrement placé la France dans une position particulièrement compliquée. Nous sommes désormais « hors jeu », n'hésitent plus à analyser certains. Nous sommes discrédités autant qu'impuissants.

Alors que le Président François Hollande annonçait « urbi et orbi » que la France prenait - enfin ! - ses responsabilités dans la guerre contre Daesh, en décidant d'engager des frappes aériennes sur le territoire syrien, un an après l'avoir autorisé en Irak, c'est en réalité Vladimir Poutine qui lui volait la vedette.

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Ce dernier, en mettant tout le poids de la Russie et de ses alliés traditionnels (Iran, Chine) et de circonstance (Égypte) dans la bataille contre Daesh, confirme une réorientation stratégique majeure, qui, confirmé depuis quelques années par l'émergence de nouvelles puissances sur le plan géo-économique, est désormais devenue une réalité géopolitique.

Ce « front oriental » contre le terrorisme a ses raisons conjoncturelles, bien évidemment. Aucune naïveté de notre part, à cet égard, ne sauraient éluder ce qui est en jeu pour Moscou et Téhéran. Car, c'est bien de leadership et de défense d'intérêts qu'il s'agit, autant que de réelle volonté d'éradiquer le fléau, de Daesh, en Syrie et en Irak, notamment quant à son impact dans « l'étranger proche » russe comme dans la bataille sous-jaccente entre islam sunnite et chiite.

Néanmoins, le constat d'un engagement tant diplomatique - caractérisé par un intense ballet diplomatique en août dernier à Moscou - que militaire de la Russie est bien réel : par l'installation à Damas et à Lataquié d'une cinquantaine d'avions de chasse et d'interception MIG-31 et de bombardiers Sukhoi SU-34, d'hélicoptères d'attaque et de transport, de missiles anti-aériens S-300. La perspective de l'engagement imminent de troupes russes et iraniennes, d'ores et déjà stationnées sur le territoire syrien, nous oblige à ne pas nous voiler la face.

Cet été aura ainsi été marqué par un tournant diplomatique majeur remettant Moscou au cœur du jeu dans la région. Plusieurs « ténors » de la diplomatie régionale - au premier chef desquels, les rois d'Arabie Saoudite, Salmane et de Jordanie, Hussein, le président égyptien El-Sissi, ainsi que les MAE émirati, iranien et jordanien - sont venus à Moscou en août, et ont servi de « missi dominici » pour vanter une alternative au statu-quo actuel, qui voit chacun des trois grands acteurs (régime de Bashar ; Front Al Nostra et EI ; Kurdes) figés sur les territoires et villes conquises ou défendues depuis la lancement de la guerre civile en 2011. Il en résulte aussi, dans la foulée, une implication accrue et une accélération du déploiement iranien. L'accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet dernier, aura été également, dans cette configuration, un puissant déclencheur.

Moscou et Téhéran seraient donc en train de voler la vedette d'un éventuel déploiement au sol de troupes occidentales. L'on sait, d'ailleurs, que cette éventualité reste une pierre d'achoppement entre plusieurs lignes idéologiques en France. L'Elysée et le Quai d'Orsay, notamment l'état-major particulier du Président et l'entourage du ministre des Affaires étrangères, n'étant pas au diapason sur la question d'une éventuelle action militaire, qui aurait pour première conséquences de « défendre » de facto Bashar El-Assad.

Une résolution onusienne pour une vaste coalition internationale

Que peut et doit cependant faire Paris dans ce nouveau contexte ? La France doit impérativement jouer, à cet égard, une « carte » libanaise. Le président François Hollande devrait s'y rendre en octobre, tout comme le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, dans le but « à demi-mot » de renforcer le dispositif français au sein de la FINUL et accélérer la livraison des armes vendues par la France via l'Arabie Saoudite et ce, afin de contenir un débordement de l'EI hors de ses bases syriennes, souhaitant ainsi éviter une offensive de Daesh contre le Liban, comme le confirment les attaques d'avril dernier contre les forces armées libanaises à Ersal, dans le Nord-Est du Liban.

Il y a, en effet, urgence d'un front international contre Daesh. A été évoquée, du reste, le 26 août dernier à Moscou, à l'occasion de la présence du président égyptien, une éventuelle mobilisation de la Ligue arabe dans le cadre d'un « front uni contre le terrorisme, incluant la Syrie ». Il en a résulté ainsi la ré-ouverture, il y a quelques semaines, des relations diplomatiques du Caire et de Damas !

Le stratège militaire prussien de la fin du milieu du 18ème siècle, Philipp Gottlieb Von Clausewitz dans son ouvrage "De la guerre", se posait la question de savoir si : « La guerre (était) toujours la poursuite de la politique par d'autres moyens ou bien si (elle devait) désormais être considérée comme la faillite du politique ? ».

François Hollande devrait s'en inspirer afin de ré-engager la France dans une posture diplomatique « proactive » et « réaliste », par le biais d'une résolution onusienne, autorisant le déploiement, sous chapitre 7, d'une vaste coalition internationale, incluant les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, plus certains de ses partenaires les plus déterminés et impliqués dans la lutte contre le terrorisme (Canada, Australie, Japon, Allemagne).

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Ce dernier devrait, surtout méditer cette formule, car elle demeure d'une étonnante actualité malgré un contexte radicalement différent. Il en va ainsi, afin de clarifier notre action diplomatico-militaire, désormais placée dans une valse-hésitation, illisible sur le court terme, nuisible sur le long terme, mais surtout contraire à nos intérêts régionaux.

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Emmanuel Dupuy

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