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OpinionsInside Davos

Europe : 2016, l'année de tous les dangers

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 21 janvier 2016 à 12:32 - Mis à jour le 21 janvier 2016 à 13:53

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"L'Europe peut sortir de l'histoire, se disloquer si nous ne sommes pas capables de relever le défi de la sécurité", a averti Manuel Valls à Davos ce jeudi. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble, affirme que l'Allemagne ne pourra pas accueillir un nouveau flux de réfugiés et plaide pour un "plan Marshall" à destination des pays d'origine.

Sans surprise, l'Europe est à nouveau dans l'oeil du cyclone à l'occasion du forum de Davos. L'an dernier, c'était la crise grecque et le risque de Grexit, de décomposition de l'euro qui tenait la vedette. Pour cette édition 2016, alors que la Grèce semble au moins provisoirement sortie d'affaire, l'Europe reste l'épicentre de toutes les crises et inquiète au moins autant que la chute des prix du pétrole ou le krach rampant des bourses mondiales sur fond d'atterrissage brutal de l'économie chinoise.

Lors d'un débat sur le "futur de l'Europe", le Premier ministre français, Manuel Valls, pour la première venue d'un Premier ministre d'un gouvernement socialiste dans le temple maudit du capitalisme mondialisé qu'incarne pour la gauche française Davos, n'y est pas allé par quatre chemins. "L'Europe peut sortir de l'histoire, se disloquer dans les mois qui viennent si elle ne se montre pas capable de relever le défi de la sécurité, du terrorisme et des réfugiés"... Un avertissement entendu dans un silence de mort, devant une salle pleine à craquer de patrons et d'investisseurs du monde entier. La réponse à ce défi, auquel s'ajoute le risque de Brexit, de sortie du Royaume-Uni est claire et a recueilli l'assentiment de tous, de Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des finances, à Alexis Tsipras, le Premier ministre grec présents sur la même scène : "il faut plus d'Europe", "partager le fardeau des réfugiés" et réformer Schengen qui est l'un des éléments constitutifs du projet européen, dont dépend en grande partie notre croissance, parce que nos frontières sont ouvertes.

Alexis Tsipras, dont le pays est en première ligne dans l'arrivée du flot de réfugiés (près d'1 million ont traversé l'an dernier la méditerranée sur des embarcations de fortune), n'a lui non plus pas caché sa colère : même si, en réalité, la Grèce n'est qu'un pays de transit vers le nord de l'Europe, notamment l'Allemagne, là où sont les emplois, "ce serait une honte que l'Europe se transforme en forteresse". La solution, que chacun a en tête mais que l'opposition de certains Etats rend pour l'heure impossible, serait de se mettre d'accord sur un mécanisme de répartition équitable des réfugiés dans tous les pays. Et une action forte de Frontex pour protéger la frontière extérieure de l'Europe et lutter contre les trafiquants qui prospèrent sur la misère humaine. Et Tsipras de rappeler que son pays et la Turquie entretiennent à grand frais une armée pour se surveiller mutuellement, là où l'argent serait mieux employé pour contrôler la vague migratoire actuelle. D'autant que celle-ci ne fait que commencer. Avec le printemps, l'Europe s'attend à une seconde vague au moins aussi importante que 2015, en provenance non seulement de Syrie et d'Irak, mais aussi de Lybie où Daech a pris pied.

Interrogé pour savoir si l'Allemagne est préparée à voir affluer un deuxième million de réfugiés, Wolfgang Schaüble, fidèle à sa réputation, a opposé un "Nein" très clair, se désolidarisant de la position prise en 2015 de la Chancelière Angela Merkel, qui a annulé cette année sa participation à Davos, consciente de l'impact désastreux dans l'opinion allemande des agressions sexuelles dont ont été victimes des centaines de jeunes femmes à Cologne au Nouvel An.

Pour Schaüble, c'est désormais un problème d'argent. "Il faut distribuer des milliards d'euros dans les pays d'origine des réfugiés pour sortir de cette crise", car elle est mortelle pour l'Europe. L'Europe ne peut pas devenir une "forteresse" car cela va à rebours de ses valeurs et de son modèle économique, ouvert. Le mot "Plan Marshall" a donc été prononcé, inhabituel dans la bouche du grand argentier allemand, qui n'est pas du genre à plaisanter avec l'argent du contribuable. "Il faut instituer une coalition des bienveillances" pour réduire la pression sur les frontières extérieures de l'Europe. Et cette action doit être mise en oeuvre d'urgence a dit le ministre allemand qui s'est récemment prononcé en faveur d'une taxe sur les carburants pour financer la crise de réfugiés.

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"La fragmentation de l'Europe est une menace pour l'intégration économique européenne" a surenchérit l'italienne Emma Marcegaglia, qui dirige Eni. "Les réponses nationales ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il faut une réponse européenne d'ensemble".

A ce plan Marshall dont on peut douter qu'il soit mis en place rapidement s'ajoute deux autres défis. Le premier est de prendre une nouvelle initiative européenne pour la croissance, en accélérant l'unification du marché européen dans les secteurs encore non ouverts. "Il faut une Europe du numérique, une Europe de l'Energie, ouvrir l'accès aux professions fermées" s'est emporté Manuel Valls. Il faut surtout "que chaque pays participe" à l'effort commun a tempéré Schaüble, et appliquer les règles communes, car "c'est en s'aidant soi-même aussi que l'on aide les autres" a-t-il lancé comme par défi à Alexis Tsipras. De fait, revenir devant le Bundestag pour une nouvelle aide à la Grèce serait selon le ministre allemand comme "entrer dans une salle remplie de dynamite avec une bougie" allumée ! Ce à quoi Tsipras, avec l'air sûr de lui du débiteur qui sait bien qu'il ne pourra pas rembourser son banquier, a répondu que "le plus raisonnable serait de nous débarrasser de la dynamite (i.e de la dette grecque) avant d'allumer la bougie" !!!

Dernier sujet européen d'importance, le Brexit. Avant d'entendre David Cameron intervenir quelques heures plus tard sur la place de la Grande Bretagne dans le monde d'aujourd'hui, tous les dirigeants présents ont jugé qu'une sortie de ce pays de l'Union européenne par référendu serait "un drame", comme l'a dit Manuel Valls. Un drame encore évitable à condition que chacun fasse un pas vers un compromis acceptable. Certes, ce ne serait pas "mortel", comme l'eut été une sortie de la Grèce de l'euro, mais ce serait un "signal désastreux" au moment où justement l'Europe tente d'éviter de voir se déliter son projet, a résumé Manuel Valls. Tout dépendra du caractère raisonnable ou pas des revendications de David Cameron dans la négociation qui doit avoir lieu en février. S'il s'agit "de simplifier l'Europe, de la rendre plus efficace", ce sera dans l'intérêt commun a reconnu Manuel Valls. Mais la Grande Bretagne doit aussi tenir compte du fait que l'Europe, sur le continent, est désormais de plus en plus intégrée par le biais de la zone euro, et que cela induit, à terme, un renforcement des liens politiques, avec une plus grande convergence fiscale et sociale.

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C'est justement ce dont ne veut pas, selon Cameron, le peuple britannique, cette dissolution dans une Europe politique. Le Premier ministre britannique a plaidé pour que l'Europe fasse le choix de la diversité, du "meilleur des deux mondes", celui de l'Europe continentale, et celui d'un Royaume-Uni partie intégrante du grand marché, mais avec un accord pour un opt-out permanent. Si la négociation aboutit à un "bon deal", Cameron s'est engagé à faire campagne pour le oui au référendum. Dans le cas contraire..., alors le risque est réel, car David Cameron a été très clair, il respectera le mandat sur lequel il a été élu: renégocier la place du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Si une UE réformée se montre bénéfique pour l'emploi, la croissance et efficace pour lutter contre les défis du moment, parmi lesquels l'immigration est la question cruciale et prioritaire, alors, la croisade de David Cameron n'aura pas été vaine.

Philippe Mabille

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