Critères durables (CSRD): un objectif vertueux rendu inatteignable pour les PME
Gaëtan de Sainte Marie

Gaëtan de Sainte Marie, membre du comité exécutif de la CPME.
DR
Gaëtan de Sainte Marie

Gaëtan de Sainte Marie, membre du comité exécutif de la CPME.
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... ME Rhône.
Alors que les élections européennes approchent à grand pas et que les principaux candidats s'affrontent dans les médias, la nouvelle directive européenne CSRD (pour Corporate Sustainability Reporting Directive, « directive sur le reporting durable des entreprises » ) se met doucement en place dans les pays de l'Union européenne. Même si elle porte de grandes ambitions légitimes, cette nouvelle couche réglementaire pour les entreprises est un fardeau supplémentaire pour les dirigeants de PME.
L'objectif proclamé de la CSRD est d'« harmoniser les critères de reporting d'informations extra-financières des entreprises afin de faciliter la comparaison de leurs performances ESG (environnementale, sociale et de gouvernance) ». En termes simples, il s'agit de distinguer les entreprises qui intègrent des valeurs durables dans leur stratégie, incitant ainsi les investisseurs et les acheteurs à privilégier ces acteurs au détriment de ceux affichant une performance médiocre sur les plans environnementaux, sociaux et sociétaux.
À première vue, c'est une démarche de bon sens, qui devrait logiquement encourager une économie orientée vers le progrès social et environnemental, des enjeux plus que jamais cruciaux dans un contexte d'incertitudes écologiques et économiques. Si les entreprises s'engagent réellement, leur action pourrait déclencher un effet d'entraînement bénéfique, impliquant clients, salariés, fournisseurs, et toutes les parties prenantes, soit l'ensemble de la société.
Les dirigeants de PME, conscients que la véritable valeur de leur entreprise réside dans ses ressources humaines, ses liens avec la communauté locale et le bien-être induit par un environnement sain, adhèrent naturellement à cette vision. Ils revendiquent même le fait que réduire une entreprise à ses seuls chiffres financiers ne reflète pas sa véritable contribution à la société.
Dans cette optique, la CSRD offre aux chefs d'entreprise l'opportunité de valoriser leurs initiatives non financières et de démontrer que leurs PME sont plus performantes qu'on ne le croit. En fait, cette directive ne devrait être rien d'autre que la formalisation de pratiques déjà existantes, mais peu ou mal quantifiées. Comme l'aurait dit M. Jourdain, « nous faisons de la CSRD sans le savoir », ou plus précisément « sans savoir la mesurer, et sans le faire savoir ».
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Oui mais voilà... si l'idée est bonne, sa mise en pratique est un véritable casse-tête pour qui ne disposerait pas d'un commando de juristes spécialement formés. Les PME se retrouvent ainsi confrontées à une complexité administrative supplémentaire, rendant son application ardue, voire impossible.
À tel point que bon nombre de dirigeants de PME se demandent même si cette directive les concerne, alors qu'en réalité, elle les impacte tous, par ricochet, dans la mesure où la performance ESG d'une entreprise dépend de celle de ses parties prenantes.
Il reste donc à trouver la bonne façon de faire pour que ce reporting soit vertueux, réel, crédible et gérable par des patrons de PME déjà sur-sollicités. Et bien sûr sans tomber dans la soupe administrative indigeste que l'on nous sert trop souvent, comme en témoignent les récentes manifestations des agriculteurs, par exemple.
Cela devient urgent, car aidées par les moyens importants à leur disposition, les grandes entreprises ont d'ores et déjà recruté quelques dizaines de spécialistes pour se former en accéléré sur le sujet, et demandent dès à présent à leurs fournisseurs PME de se mettre en conformité en complétant des tableaux d'indicateurs qui, jetés en pâture sans explication, leur paraissent dépourvus de sens.
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L'Europe est une belle idée, une construction jamais achevée, toujours en progrès. Encore faut-il, pour que l'édifice tienne longtemps sur ses fondations, que les briques qui la constituent soient assemblées de manière cohérente et pragmatique. Le reporting extra-financier est une occasion unique de concrétiser l'idée qu'au-delà des discours, les femmes et les hommes travaillent au cœur des entreprises pour porter des projets qui ont du sens et qui les animent. Et sur ce sujet, les PME sont les meilleures ! Encore faut-il prendre cette occasion par le bon bout...
Gaëtan de Sainte Marie