Michel Barnier, galérien de la dette
Bruno Jeudy

Photo d'illustration
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« Ici, c'est la force tranquille. » Michel Barnier connaît ses classiques. Et la référence à François Mitterrand, dont il a été le ministre, ne relève pas du hasard quand il reçoit La Tribune Dimanche. Le chef du gouvernement d'Emmanuel Macron emprunte plutôt à Édouard Balladur, son lointain prédécesseur à Matignon, adepte du style onctueux. Rien ne semble perturber le Savoyard. Ni le chahut à l'Assemblée des Insoumis, qu'il avait imaginés plus bruyants, ni les critiques et polémiques déclenchées, jusque dans son camp, par son tour de vis budgétaire et fiscal. Avec Michel Barnier, clashs et catastrophes annoncés deviennent au pire une petite zone de turbulences, pour reprendre le titre d'un film interprété par le regretté Michel Blanc.
Michel Barnier a traversé avec une certaine habileté l'épreuve du discours de politique générale. « Je n'ai pas la science infuse », répète-t-il en surjouant la modestie et la lucidité d'un Premier ministre confronté à une crise sans précédent. À défaut de jouer les thaumaturges, il sait, pour reprendre le mot de Saint-Exupéry, que les vrais miracles font peu de bruit. Plutôt que de céder au lyrisme et à la promesse facile des lendemains qui chantent, il appelle à l'effort et à l'écoute. Voilà un moment de déshystérisation bienvenu et apprécié par une large majorité de Français.
La feuille de route tracée par Michel Barnier a pris ces derniers jours un tour plus concret avec le report de la revalorisation des retraites en juillet 2025, l'effort demandé aux contribuables les plus aisés et aux grandes entreprises, sans parler de la réduction du nombre de fonctionnaires. L'amertume de la potion délivrée par le docteur Barnier ne semble pourtant pas le rendre impopulaire, comme en témoignent des sondages sur ses premiers jours dans sa fonction. À la manière de son ami Jean-Claude Killy, il dompte les pentes abruptes de la gouvernance.
Il faut dire qu'incombe au successeur de Gabriel Attal une tâche ingrate - pour ne pas parler de sale boulot - qui consiste à faire beaucoup avec peu. Alors qu'Emmanuel Macron en 2017 parlait de mettre la France en marche et d'opérer une révolution, le Premier ministre doit en 2024 travailler à la marge et compter sur la résolution des Français... À défaut de manier la foudre jupitérienne, Michel Barnier devra convaincre les autorités européennes de la rigueur de sa politique et servir de paratonnerre aux sanctions des marchés et de Bruxelles.
Il gagne pour l'heure la considération d'une partie de nos concitoyens, à la manière d'un Fillon époque Matignon. En cela, il suit le conseil de l'écrivain anglais Somerset Maugham : « Si vous voulez être respecté, commencez par être respectable et, en outre, assez costaud pour imposer le respect. » Le flegme britannique de Barnier lui sera bien utile tant il apparaît comme le galérien de la dette. L'humour ne se résigne pas mais défie, dit-on. On découvre chez ce Premier ministre une dose d'humour insoupçonnée. Comme quoi le « style chiant » (c'est lui qui le dit) peut devenir à la mode après celle des golden boys de la politique.
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