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Michel Barnier et sa théorie du « ruisselle moins »

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 05 octobre 2024 à 06:00

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Sarah Meyssonnier

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VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE. Jeudi prochain, la présentation du projet de budget pour 2025 va donner un coup d'arrêt (temporaire ?) à la politique de l'offre. On ne fait pas 60 milliards d'euros de redressement budgétaire en un an sans casser des oeufs.

A Bercy on l'appelle Jean-Paul. C'est le nouveau meilleur ami du fisc. Jean-Paul, le radiologue, en couple, avec 500.000 euros de revenu fiscal annuel, plus d'enfant à charge. Jean-Paul, le candidat idéal pour bien démontrer à l'opinion que ce gouvernement épargne les pauvres et met à contribution « ceux qui peuvent faire un effort de solidarité » afin d'éviter « la crise financière » qui gronde. Jeudi soir, sur France 2, puis ce vendredi devant les agriculteurs, Michel Barnier l'a bien souligné : il préfère « prendre le risque d'être impopulaire qu'être irresponsable » : avec des spreads qui se tendent sur la dette, pas question de faire subir aux Français la crise grecque. Une façon de prévenir que le plan de redressement des finances publiques de 60 milliards d'euros est un moindre mal auquel il faut se résigner.

Obligé de préparer un budget « en quinze jours », Michel Barnier n'a « pas le temps » comme dirait Michel Fugain, pour de vaines « polémiques », comme celle ouverte au sein de sa maigre « majorité relative » par Gérald Darmanin. L'ancien ministre des comptes publics (qui devrait pourtant savoir compter) juge « inacceptable » une augmentation des impôts, car cela ferait selon lui « remonter le chômage », démonstration en cinq points à la clé, pas forcément convaincante.

Jean-Paul, et les 65.000 contribuables concernés par la hausse de la fiscalité des personnes, mais aussi les quelques 300 grandes entreprises réalisant plus de 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires qui paieront plus d'IS peuvent se sentir défendus. Cela n'empêchera pas la facture de leur arriver, car, même le patronat s'en est convaincu, la France n'a guère le choix. L'horloge de l'apocalypse financière est proche de minuit.

Du jamais vu

Et, les macronistes adeptes du « ruissellement », théorie aussi fameuse que fumeuse dont la pertinence reste encore à démontrer, feraient mieux d'assumer la douloureuse qu'ils ont légué au successeur de Gabriel Attal plutôt que de la ramener, pour le dire sans fioritures. Car la situation découverte par Michel Barnier en arrivant à Matignon est en effet « bien plus grave » que ce que l'on pensait cet été. Pour ramener le déficit public à 5% du PIB, et tenter de ranimer la crédibilité financière écornée de la France, c'est un ajustement de plus de 2 points de PIB qui est nécessaire car sinon, en tendanciel, le déficit aurait approché de 7% du PIB en 2025.

Du jamais vu, même lors de la récession de 1993, lorsque Edouard Balladur laissa filer les comptes publics, menant au plan de redressement d'Alain Juppé, puis à la cohabitation Chirac-Jospin. Or, la France n'est pas en récession : la croissance serait de 1,1% l'an prochain selon l'hypothèse « tempérée » du ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, Antoine Armand. Celui-ci ne s'en cache pas, l'heure est venue d'être « sincères et lucides » sur la situation de nos comptes publics. Il est en effet plus que temps...

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La machine fiscale à plein régime

L'heure est donc aux révisions déchirantes des paradigmes fiscaux. La contribution exceptionnelle qui frappera Jean-Paul et les plus fortunés des Français devrait représenter entre 2 et 3 milliards d'euros, ce qui ajouté aux 2 milliards de l'impôt sur la fortune immobilière, revient en gros à reconstituer le produit de feu l'ISF, supprimé en 2018 par Emmanuel Macron. Sept ans après, cela ne ruisselle plus.

Et la machine fiscale tourne de nouveau à plein régime : en 2025, on va taxer « tout ce qui bouge, ce qui flotte, ce qui vole et ce qui roule ». Malus automobile, taxe sur les billets d'avions, contribution « volontaire » de la marine marchande (qui sauve in extremis sa taxe au tonnage, sauf surprise dans le débat parlementaire), dividende exceptionnel pour EDF, surtaxe « temporaire » d'IS, réforme de l'apprentissage et baisse des allégements de charges patronales. La politique de l'offre prend un gros coup de carafe sur la tête.

Jean-Paul, le radiologue qui roule en Porsche et part en week-end à Ibiza ou Mikonos s'en remettra sans doute. Mais le principal risque politique pour Michel Barnier viendra surtout lorsque les Français prendront conscience de l'impact des 40 milliards d'euros d'économies prévues par ce budget. Beaucoup de guichets sociaux vont se tarir. Le premier effet visible, décanté dés cette semaine, est le report de l'indexation des retraites au 1er juillet 2025. La décision fait déjà des vagues, mais elle s'explique pourtant par la grande générosité électoraliste de l'indexation de 5,3% des pensions décidée en janvier dernier par Emmanuel Macron, pour un coût de 15 milliards d'euros, bien plus forte que la réalité de l'inflation revenue à 2% en cette fin d'année, et bien plus importante que la hausse des salaires. « Décaler l'indexation des retraites, c'est voler à nos aînés », tonne déjà Marine Le Pen.

On voit se dessiner la bataille parlementaire de cet automne. Les macronistes dénonceront les hausses d'impôts au nom de la compétitivité et de la politique de l'offre. Et le RN et la gauche NFP se battront contre les économies sur les dépenses sociales, qu'il s'agisse de la baisse des retraites ou celle des remboursements de l'assurance-maladie. Si avec tout cela Michel Barnier parvient à faire voter son budget 2025 sans 49.3, on pourra dire : chapeau l'artiste ! Comme le dirait le déjà regretté Michel Blanc (dans l'inoubliable "Les Bronzés font du ski") : « Ecoute Michel, oublie que t'as aucune chance, vas-y, fonce ! On sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher »...

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Restera le plus dur : l'impact macro-économique de la cuvée du redressement fiscal 2025 est encore à venir, et aura forcément des effets récessifs sur une croissance déjà poussive. S'il vaut mieux prévenir la crise financière plutôt que la guérir, un plan de relance de l'investissement en Europe serait plus que bienvenu. Un peu de Barnier pour restaurer notre crédibilité, c'est bien, mais beaucoup de Draghi pour retrouver la croissance, ce serait mieux !

Philippe Mabille

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