Tobin or not Tobin ?

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Ce soir, sommet européen à Bruxelles pour préparer le prochain G20. Invité surprise de ce sommet : la taxe Tobin ! Bernard Kouchner, le ministre des affaires étrangères, plaide ce matin dans la presse allemande en faveur d'une telle taxe, sur la spéculation. Elle a des chances de voir le jour, cette taxe...

Non, pas dans l'immédiat mais le retour dans le débat, aujourd'hui, de ce vieux projet, de cette taxe sur les transactions financières internationales, n'est pas anodin.

D'abord, bien sûr, on peut ironiser sur la véritable « taxomania » des dirigeants français. La taxe senior, la taxe carbone, la taxe Tobin maintenant. Un problème, une taxe : le principe reste d'actualité.

Plus sérieusement, la relance, par Kouchner, de cette idée répond, effectivement à deux grandes préoccupations du moment. Première préoccupation : comment faire pour limiter la spéculation internationale, les transactions financières massives qui ne servent pas à grand-chose pour l'économie réelle ? Deuxième sujet : où trouver de l'argent, en cette période de crise, pour continuer à aider les pays pauvres ? Limiter la spéculation. Trouver de l'argent pour les pays pauvres. C'est justement le double objectif de la taxe Tobin, du nom de l'économiste américain qui l'a inventée. L'idée est simple : on taxe très faiblement toutes les transactions financières internationales. Ca devrait décourager un peu les spéculateurs. Un taux de 0, 005%, ça rapporterait, de 20 à 30 milliards d'euros. Ce n'est pas rien. Ca devrait permettre de financer l'aide au développement.

Pour qu'elle puisse être mise en œuvre, il faudrait que tous les pays, sans exception, l'acceptent ?

Oui, absolument. Si un seul pays ne joue pas le jeu, ça ne marche pas. Tous les spéculateurs iront se délocaliser, même virtuellement, dans ce pays. Et ça continuera comme avant : la spéculation et la pauvreté ! C'est là, depuis le début, le principal obstacle à cette taxe, ce qui la rend complètement inapplicable. Pas la peine d'y penser. Elle restera toujours une utopie...

Pourquoi Kouchner en parle t il alors aujourd'hui ?

D'abord, pour ne pas rater le coche, pour ne pas être les derniers à en parler. L'idée, en ce moment, elle est dans l'air. Les Allemands y sont favorables - leur ministre des finances en est un avocat fervent. En Europe, le président de la Commission européenne, Barroso et le gouvernement britannique, Gordon Brown notamment, la défendent.

Au-delà, c'est pour l'Europe l'occasion, à la veille du vaste marchandage transatlantique du G20, une manière de monter la barre. Pour obtenir quelques concessions sur les bonus, la France sera prête à renoncer à la taxe Tobin. « Quand tu veux la mer, tu demandes la lune. » C'est sans doute le principe qui inspire ces jours-ci Bernard Kouchner quand il met en avant cette taxe Tobin. Gageons qu'elle restera une éternelle utopie.

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