2028 : Ray Kurzweil crée l’immortalité virtuelle

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Il est possible, grâce à l’intelligence artificielle, de se transporter dans un univers que nous pourrons créer par nous-mêmes.
"Il est possible, grâce à l’intelligence artificielle, de se transporter dans un univers que nous pourrons créer par nous-mêmes." (Crédits : iStock)
#30ansLaTribune - La Tribune fête ses 30 ans. A cette occasion, sa rédaction imagine les 30 événements qui feront l'actualité jusqu'en 2045. Le 15 février 2028 : Parmi les rêves de l'humanité, il y a celui de la vie éternelle, ce qui, pour Ray Kurzweil, est tout à fait atteignable. A 80 ans, il vient de créer FOR EVER, une entreprise dont l'objectif est de faire revivre les morts, histoire de renouer avec nos ancêtres.

Une - For Ever

«Le Thomas Edison de notre époque », « la plus perfectionnée des machines pensantes »... C'est ainsi que depuis une bonne vingtaine d'années, ceux qui le connaissent et travaillent avec lui qualifie Ray Kurzweil, ancien futurologue de Google, théoricien de l'intelligence artificielle, inventeur du concept de « singularité », ce moment, où selon lui les machines commenceront à fabriquer d'autres machines, sans le concours de l'intelligence humaine et qu'il situe aujourd'hui dans deux ans à peine.

 Kurzweil a un certain nombre d'inventions à son actif, le premier dispositif de conversion automatique de l'écrit en paroles, à destination des malvoyants, un synthétiseur de son capable de reproduire celui de tous les instruments de musique, mais il est surtout celui qui a fait avancer le plus rapidement l'utilisation par les machines du langage naturel. Il cultive également une obsession, celle de l'immortalité. A près de 80 ans, il en paraît quinze de moins. Il continue de s'astreindre à un régime alimentaire strict, à base de poisson fumé, de lait de soja, de thé vert et de chocolat noir. Et il dépense aussi quelques milliers de dollars par jour dans des traitements préventifs (une centaine de pilules chaque jour et des crèmes antioxydantes pour la peau) afin que son coeur, sa vue, son cerveau restent en bon état et qui, à première vue, semblent d'une efficacité remarquable.

Reprogrammer notre biologie

Pour lui, l'immortalité de l'être humain est un objectif atteignable. Il faudra franchir deux étapes : la première est celle de la reprogrammation de notre biologie héritée par la révolution des biotechnologies. Elle est en cours. La seconde étape sera celle des nanotechnologies moléculaires qui nous permettra de reconstruire nos corps. Elle est aussi engagée, comme Google l'a déjà montré avec un certain nombre d'expériences réussies, notamment dans le domaine des lentilles de contact intelligentes.

Pour Ray Kurzweil et un certain nombre d'autres entrepreneurs de la Silicon Valley, la mort est désormais l'ennemi numéro 1, le dernier grand malheur de l'humanité qu'il faut supprimer, comme on a su le faire avec les autres épidémies. Sourd aux critiques, il méprise ce qu'il appelle le « death-ism », la philosophie de ceux qui célèbrent la mort. Appliquet- il cette conviction dans l'immortalité à lui-même ? Il élude la question, préférant insister sur les progrès exponentiels de la recherche. Sa conviction est que d'ici une dizaine d'années à peine, toutes les maladies et les symptômes du vieillissement auront disparu.

En 2012, il a voulu créer sa propre entreprise, pour explorer le concept de singularité, mais Larry Page, à qui il demandait d'investir dans sa start-up, le convainc finalement de le rejoindre chez Google. Cela fait donc quinze ans qu'il a conduit les avancées les plus significatives de Google dans l'intelligence artificielle, la santé, le langage naturel. C'est aussi là qu'il a mis au point le concept « d'immortalité virtuelle », dont il a organisé hier une première présentation pour quelques journalistes, spécialistes de l'intelligence artificielle.

Ressusciter les morts

Le père de Ray Kurzweil, Fredric, était musicien. Il a fui l'Autriche avec sa famille en 1938 pour se réfugier aux Etats-Unis. Fredric était un passionné de Brahms, et c'est en l'écoutant diriger un concert consacré au compositeur à Vienne, en 1937, qu'une riche Américaine qui y assistait, a ressenti une telle émotion qu'elle aida la famille Kurzweil à émigrer en Amérique où Fredric pu poursuivre une carrière brillante. Il est mort à 58 ans, alors que son fils en avait 15. Mais Ray a tout gardé de lui : ses écrits, ses notes de travail, des photographies, des partitions, des disques vinyles, des films d'amateur en 8 mm, qui emplissent des centaines de boîtes. Avec son équipe, Ray a tout numérisé, entré l'ensemble de ces « données » dans un nouveau logiciel d'intelligence artificielle, créé des images en 4D, reconstitué et synthétisé la voix de son père telle qu'il en garde le souvenir.

Et c'est donc à une rencontre avec son père que Ray Kurzweil nous a conviés. Il nous distribue des lunettes-écrans et nous plongeons immédiatement dans la Vienne de la fin des années 30, le Musikverein plein à craquer, Fredric Kurzweil dirigeant la symphonie n°4 en mi mineur, puis les Danses Hongroises. Puis Fredric chez lui, en Amérique, parlant de musique, de sa vie d'émigré, de sa famille, de l'Autriche, des scènes de promenade et de conversation entre le père et le fils. L'effet est saisissant. L'univers de Fredric Kurzweil est fidèlement reconstitué grâce aux images virtuelles, les expressions de son visage, ses gestes, sa voix parfaitement reproduits, comme s'il était avec nous ou plutôt comme si nous étions avec lui, engagés dans une paisible discussion dans un living-room confortable ou dans une rue de New York.

L'immortalité inversée

Il a fallu une dizaine d'années de travail pour parvenir à ce résultat. De nombreuses technologies ont été mobilisées dans le domaine de la reconstitution d'images, de la reproduction de la voix, sans parler de la puissance de calcul qu'il a fallu mobiliser pour recréer de façon virtuelle la personnalité d'un homme, son univers, ses convictions, bref pour le faire revivre et lui conférer ainsi une immortalité virtuelle. « Nous ne sommes plus très loin de la téléportation », nous dit Ray Kurzweil.

Avec ce système, nous faisons la preuve qu'il est possible, grâce à l'intelligence artificielle, de se transporter instantanément dans un univers que nous pourrons créer par nous-mêmes.

 Le paradoxe du passé

Dans la foulée, il nous annonce avoir créé une entreprise, baptisée For Ever dont l'objectif est de faire revivre des personnes disparues afin de renouer le lien avec nos ancêtres. Une sorte d'immortalité à l'envers. Tous les entrepreneurs de la Silicon Valley font partie du tour de table. « Nos technologies sont prêtes et depuis que j'ai montré les résultats que nous avons obtenus avec mon père, les demandes commencent à affluer. Le seul problème est qu'il nous faut un point de départ, des documents, des images, des écrits, afin que le portrait soit le plus authentique et surtout le plus vivant possible. »

On pourrait voir une sorte de paradoxe dans la nouvelle aventure de Ray Kurzweil dans l'utilisation des technologies les plus en pointe pour reconstituer le passé. Mais on peut y voir aussi une certaine logique. La virtualité peut aussi nous aider à reconstruire la réalité. L'immortalité n'est pas seulement une question de biologie, elle est aussi une extension considérable du domaine de la mémoire. Avec For Ever, il construit une sorte de mémoire éternelle en tissant un lien indestructible entre le passé et le futur.

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Commentaires
a écrit le 03/01/2016 à 19:27 :
Personnellement je trouve que ce n'est pas vraiment de l'immortalité le projet For Ever, reproduire les comportements d'un être humain ce n'est pas lui redonner vie. Je veux qu'on transmette mon âme, ma personne dans un ordinateur, ou bien que l'on me donne un corps qui peut se réparer et ainsi me faire éviter la mort, pas qu'on fasse un clone de moi sur un ordinateur... Après j'avoue que c'est une très bonne avancée dans le domaine de la technologie et de la science, et j'espère que cela nous ouvrira de nouvelles portes à l'immoralité, la vraie :)
a écrit le 11/12/2015 à 8:43 :
Selon Wikipedia, l'âge de Raymond Kurzweil est 67 ans et non 80 ans?? et ce n'est pas son régime alimentaire!!
En 2000, Je l'ai rencontré quand je travaillais en traitement de la parole pour la société belge Lernout & Hauspie.

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