2025 : La lutte s’organise contre les drones insectes

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Ces drones pénètrent réellement dans l’intimité des foyers et observent nos comportements.
"Ces drones pénètrent réellement dans l’intimité des foyers et observent nos comportements." (Crédits : iStock)
#30ansLaTribune - La Tribune fête ses 30 ans. A cette occasion, sa rédaction imagine les 30 événements qui feront l'actualité jusqu'en 2045. Le 12 avril 2025 : Depuis quelques mois, les cas de destructions sauvages de drones se multiplient aux Etats-Unis, premier marché mondial de ce type d'équipements. Ce sont de véritables campagnes de capture ou d'annihilation qui sont menées par des activistes aux profils les plus divers. Notre reporter a pu suivre l'une de ces équipes dans la Silicon Valley.

Une - chasseurs de drones

Le jour se lève à Glendale, dans la vallée de San Fernando, l'un des quartiers de la métropole de Los Angeles. Mike, Susan, Ignacio (les prénoms ont été modifiés pour préserver leur anonymat), sont postés dans un van noir, sur une voie d'accès à une résidence de maisons individuelles, plutôt haut de gamme. Le temps est clair, la journée s'annonce ensoleillée, « des conditions idéales pour accomplir ce que nous avons à faire », me glisse Susan, une jeune Californienne d'une vingtaine d'années, étudiante à Caltech. Ils sont membres du Liquid Squadron, un groupe d'activistes qui s'illustre depuis plusieurs mois dans une activité assez singulière : le repérage et la destruction des mini-drones.  D'abord anecdotique, cette activité a pris de plus en plus d'importance, au point que les autorités de Los Angeles qui, en 2019, ont libéralisé l'utilisation des drones de basse altitude pour des tâches n'affectant pas la sécurité nationale des Etats-Unis, ont fait part de leur inquiétude et ont créé une unité de police pour empêcher les destructeurs de drones d'agir. Une initiative qui s'imposait, car un nombre important des drones détruits étaient utilisés par les forces de l'ordre à des missions de surveillance des quartiers résidentiels et des populations dont la propension à commettre des actes délictueux (mesurée par un logiciel d'intelligence artificielle très sophistiqué) était la plus élevée.

Lutter contre la prolifération de drones

Le Liquid Squadron, composé pour l'essentiel de spécialistes de drones et de robotique, a mis au point un robot tueur, baptisé Zygmunt, qui associe les technologies les plus actuelles de vision 3D, de cryptage et d'optronique, capable de repérer des drones de la taille d'un gros insecte et de les mettre hors d'état de nuire en détruisant leurs logiciels. Derrière son écran, Mike me montre une cinquantaine de points lumineux : des drones-insectes, cachés dans les arbres de la résidence. « Cette prolifération de drones est une atteinte insupportable à la vie privée », me dit-il. « Ils sont opérés par tout un tas de sociétés qui accumulent des données sur nos comportements dans la vie quotidienne pour les revendre ensuite à des sociétés de e-commerce ou à des officines de commercialisation de données personnelles. » « En quoi cela vous dérange-t-il ? », lui rétorqué-je, « cela fait bien longtemps que toutes nos données sont récoltées par les réseaux sociaux, les moteurs de recherche et les sites de e-commerce ». « Ce n'est pas la même chose », répond Mike. « Google, Facebook et les autres, cela fait quelques années maintenant que nous avons mis au point des codes de bonne conduite et que les internautes sont rémunérés pour les données de navigation qu'ils laissent sur la Toile.

Abus de surveillance

Dans le cas des drones, c'est une véritable invasion, l'anonymat disparaît, et grâce à leurs capacités de vision diurne et nocturne, ces drones pénètrent réellement dans l'intimité des foyers et observent nos comportements jusque dans la salle de bain ou la chambre à coucher. L'autre jour, il y en avait trois chez moi, entrés par une fenêtre ouverte. C'est la raison de notre combat. » Pourquoi avoir choisi de baptiser le robot tueur Zygmunt ? Un rapport quelconque avec Freud ? « Pas du tout », répond Ignacio. « C'est un hommage à Zygmunt Bauman, un sociologue anglais qui le premier, au milieu des années 2000, a théorisé le concept de surveillance liquide. » Bauman était l'une des gloires de l'université de Leeds, en effet, qui a travaillé sur le rapport entre la modernité et la surveillance. Il déplorait le fait que l'une des caractéristiques majeures de la modernité technologique fut précisément la généralisation de la surveillance des individus, qu'il s'agisse de questions de sécurité ou de collectes de données personnelles sur les comportements sociaux ou de consommation. Il a prophétisé, dès 2010, l'apparition de ce qu'il appelait une « modernité liquide ». Bauman développait une thèse très personnelle : les drones et les réseaux sociaux sont de même nature : leur mission est de collecter le plus d'informations possible sur les humains, qu'ils soient en train de surfer sur leurs ordinateurs ou de se reposer dans leur jardin.

 Des insectes « industriels »

Il faut dire que les années 2015-2025 ont été marquées par un développement spectaculaire de l'industrie des drones. Ils font partie du paysage quotidien, dans les villes, mais aussi dans les campagnes. La miniaturisation permet aujourd'hui de fabriquer des drones qui ne sont pas plus gros que des insectes, dont ils imitent d'ailleurs le bruit en vol. La plupart des concepteurs de drones ont abandonné la piste des drones-oiseaux, le mouvement de l'aile étant trop complexe à reproduire, pour approfondir les techniques dérivées du vol des insectes, et notamment du Sphingidae ou Sphynx, une famille de Lépidoptères appartenant à la superfamille des Bombycoidea. Les Sphingidae sont remarquables par leurs performances de vol (certaines espèces peuvent atteindre une vitesse de 55 km/h), mais surtout par leur capacité à demeurer très longtemps en vol stationnaire grâce à la forme de leurs ailes et à la spécificité de leur battement.

Chasse aux drones espions

Le succès de ces appareils, difficilement décelables, dotés de micro-caméras et d'une autonomie de vol impressionnante (plus d'une dizaine d'heures, grâce à des micro-capteurs solaires), en font un outil irremplaçable pour étudier la « réalité » des comportements de consommation et des modes de vie. Les spécialistes du marketing les utilisent de façon intensive. Mais des dérives d'usage sont aussi apparues. On se souvient du scandale, en France, lors des dernières élections présidentielles, lié à la présence de drones-cigales, postés à l'intérieur des isoloirs, permettant de photographier l'électeur et le bulletin qu'il plaçait dans l'enveloppe.

Cette omniprésence des mini-drones est donc à l'origine du développement de ces Liquid Squadron un peu partout dans le monde. Comme les chasseurs de papillons des temps anciens, ils exposent aujourd'hui leurs trophées sur Internet. L'équipe de Mike en a anéantis plus de 3 000 cette année.

« C'est parti », lance Mike derrière son écran. Zygmunt frappe. Les cinquante drones qu'il a repérés ce matin à Glendale, tombent des arbres les uns après les autres. Susan les ramasse et les jette dans un grand cabas. « Vous en voulez-un ? », me demande-telle dans un large sourire...

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Commentaires
a écrit le 11/12/2015 à 17:46 :
C'est visionnaire ...
Et 2025 c'est demain !!!

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