"Le prochain patron de la CDC devra être compatible avec la droite et la gauche"

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Il faut arrêter de banaliser la perte du AAA de la France, a prévenu hier, devant l'Ajef, le président de l'AMF. Il rappelle aussi que l'Etat doit se montrer impartial dans la nomination du prochain directeur général de la Caisse des dépôts.

Plusieurs voix au sein du gouvernement ont ces derniers jours minoré l'importance d'une éventuelle perte du AAA de la France. Est-ce justifié ?

Je pense qu'il faut arrêter de banaliser l'éventuelle dégradation de la note de la France. Objectivement, et même si on peut critiquer les agences de notation, demander un meilleur contrôle sur leurs méthodologies, perdre le AAA ne serait pas une bonne nouvelle. Je veux encore y croire, même si ce sera dur sans mesures nouvelles rapides conciliant, aux niveaux national et européen, assainissement des finances et rebond de la croissance. Je trouve donc regrettable l'attitude fataliste, voire résignée, consistant à attendre la dégradation de notre pays d'un ou même de deux crans. Cela aura de nombreuses conséquences économiques et financières, avec une hausse des taux d'intérêt et donc des charges de la dette. Pour l'Italie, cela a représenté un surcoût annuel de 10 à 12 milliards d'euros. Pour la France, la perte du AAA pourrait représenter 7 à 10 milliards d'euros d'intérêts à payer en plus aux investisseurs. Ce n'est pas rien à l'heure où il faut faire des économies pour financer l'éducation de nos enfants, l'emploi ou la rénovation urbaine dans nos banlieues. Au-delà de l'Etat, c'est tout le financement de notre économie qui serait impacté négativement, les collectivités locales, mais aussi les entreprises, les banques. Par ailleurs, cela rendra plus compliquée encore la mise en oeuvre du pare-feu européen sur les dettes publiques, car le FESF [Fonds européen de stabilité financière] a besoin d'emprunter au meilleur coût sur les marchés pour aider les pays en difficulté. Enfin, au moment où notre pays traverse une véritable crise de confiance en lui-même, je crains les effets psychologiques d'une telle dégradation.

L'ambition de tout candidat à la présidentielle, ce devrait donc être de tout faire pour retrouver le AAA ?

En tout cas, ce doit être un objectif affiché. Le problème, c'est qu'il est plus facile de descendre que de remonter. Pour y parvenir, il faudra présenter aux marchés une trajectoire crédible d'assainissement des finances publiques, associée à des mesures pour renforcer notre compétitivité et notre croissance. Mieux vaut faire cela dans un délai réaliste, au-delà d'une seule législature. Tenir les 3% de déficit en 2013 est en tout cas devenu très difficile même s'il faut maintenir le cap. La Commission européenne devra dire en début d'année si elle juge cet engagement crédible ou non.

Nicolas Sarkozy s'apprêterait à nommer un de ses proches, le secrétaire général de l'Elysée, Xavier Musca, à la tête de la Caisse des dépôts. Qu'en pensez-vous ?

Dans la situation économique et financière très difficile dans laquelle se trouve la France, la CDC est devenue un levier d'action très important. Il est donc essentiel, à la veille d'échéances électorales majeures, que l'Etat se montre absolument impartial dans la nomination de son directeur général. Lors du renouvellement prévu en mars, il faudra être insoupçonnable sur ce point. De ce point de vue, le choix est assez simple : nommer une personnalité qui soit compatible avec la droite comme avec la gauche, en cas d'alternance politique en mai prochain. Il me semble que le directeur actuel gère la Caisse des dépôts avec impartialité.

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Commentaires
a écrit le 24/12/2011 à 15:29 :
Augustin de ROMANET est né en 1961, pourquoi le remplacer comme s'il était né en 1941 et cependant qu'il donne satisfaction ?

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