Vous avez dit « licenciements boursiers » ?

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L'annonce de licenciements permettrait, dit-on, aux sociétés cotées en Bourse d'afficher une hausse. Or ce phénomène, quand il se produit, est presque toujours suivi d'une chute. Car la bonne santé d'une entreprise est liée à celle de l'emploi. Un sujet brûlant d'actualité alors que la Cour de cassation doit rendre le 11 avril sa décision concernant l'annulation d'un plan social chez Viveo France, un éditeur de logiciels bancaires. Cet arrêt est très attendu, tant du côté des entreprises qui défendent la liberté d'entreprendre que du côté des syndicats qui opposent le droit de travailler.

« Non aux licenciements boursiers ! » les banderoles en lettres rouges dénoncent l'entreprise qui réduit ses effectifs pour sauvegarder l'avenir, ressurgissent les caricatures de patrons et boursicoteurs avides...et même de rentières du quatrième âge. Telles ces retraitées californiennes attendant de leur fonds de pension des taux si élevés que les entreprises dans lesquelles travaillent leurs petits-fils se verraient contraintes, faute d'une rentabilité suffisante, de fermer leurs portes...

« Non aux licenciements boursiers ! » Ce n'est pas qu'un slogan pour manifestations de rue. La formule est entrée dans le langage des élus. Un parlementaire en 2006 interpellait le gouvernement sur« la fermeture des entreprises pour cause de délocalisation, à la recherche de la plus grande rentabilité pour satisfaire l'appétit des actionnaires » qualifiée de « boursière ». La pression ne cesse de monter pour que le législateur s'empare du sujet.

Atteinte excessive

Une proposition de loi visant à rendre illégaux les licenciements dans toute entreprise qui verserait des dividendes a été rejetée le mois dernier.Le Conseil Constitutionnel par décision du 12 janvier 2002 déclarait qu'on ne peut interdire à une entreprise qui anticipe des difficultés, d'agir de façon préventive. Les sages ont estimé que le juge ne doit pas se substituer au chef d'entreprise pour arbitrer entre des choix difficiles et que l'obligation, pour une entreprise, de ne licencier que si sa pérennité est en cause, porterait « une atteinte excessive au regard de l'objectif poursuivi du maintien de l'emploi. » De son côté, la Cour de Cassation décide sans ambigüité que, seul le motif économique de licenciement peut être soumis à contrôle, la décision de gestion appartient en revanche aux seuls dirigeants de l'entreprise.

Cependant, l'appréciation souveraine des juges du fond s'est sensiblement éloignée de la notion, un temps admise, de « motifs économiques justifiés dans l'intérêt de l'entreprise ». La jurisprudence, évolutive, détermine la « nécessaire sauvegarde de la compétitivité ». Le choix du moment appartient donc au juge. Le temps économique apparait désormais soumis aux instances représentatives du personnel,instruites et conseillées par quelques cabinets d'experts comptables hyperspécialisés. A eux d'évaluer les risques de la concurrence. A eux d'apprécier l'évolution d'un secteur entier. A eux, enfin, de mesurer l'éventualité d'une baisse de résultats.

Principe de précaution

Dans un tel système de navigation, il n'y a pas de place pour des mesures de précaution ni même économiquement préventives. La sauvegarde de la compétitivité n'est plus un motif valable, tant que des difficultés ne sont pas apparues comme des menaces - tant que l'entreprise bénéficie encore d'une situation saine et souhaite réaliser des économies. Bref, tant que le superbe Titanic n'a pas heurté l'iceberg... !

Il est temps, ici, de s'interroger : et si la notion même de « licenciements boursiers » était à la fois erronée et dangereuse ? Que laisse-t-elle entendre en effet ? Que, « grâce aux licenciements », des actionnaires pourraient toucher des dividendes exorbitants et des investisseurs, doubler leur bénéfice. Or, la réalité dément ces allégations. Lors des « affaires » Michelin ou Danone (1999-2001) on a pu observer que la Bourse réagissait, à chaud, par une hausse des cours, dans les jours qui suivent, ces groupes en pleine restructuration sont confrontés à la chute de leurs actions.

Capital humain

S'il arrive que le départ de certains dirigeants donne un signe positif de changement, les licenciements de salariés ne déclenchent pas la confiance, bien au contraire ! En pleine crise financière de 2008, la courbe du chômage a démontré l'importance pour les entreprises de garder des salariés bien formés et productifs. L'emploi n'est pas seulement la résultante d'unebonne gestion. La préservation du capital humain est un facteur clé de la valeur et du développement futur de l'entreprise.

Elle requiert des entrepreneurs et des managers des compétences sociales et une « vista » plus pénétrante que jamais. Mais elle requiert aussi des juges appelés à statuer sur le motif économique de licenciement des compétences de plus en plus étendues. Comment les acquérir sans une immersion dans le monde de l'entreprise ? Souhaitons que ces deux mondes multiplient les échanges. Car ce ne sont pas les mots d'ordre qui nous sauveront. Mais l'intelligence des situations. Et la perception commune de l'avenir.

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Commentaires
a écrit le 16/07/2013 à 1:16 :
Si l'économie française est moribonde,c'est la faute aux ouvriers,pas aux patrons et actionnaires qui délocalisent.
a écrit le 21/03/2012 à 11:14 :
Facile de dépecer les entreprises, pour gonfler les résultats et profiter un moment en bourse d 'un répit pour vendre au plus haut et se défausser. Après .... il ne restera plus rien mais c'est pas grave, ils ont sauvé leur capital et se sont fait un max de bénéfices.
Réponse de le 21/03/2012 à 14:33 :
pour affirmer de telles bétises économiques, il faut vraiment être déconnecté de la réalité.
Je vous conseille d'acheter des actions et de suivre le management de cet action, et peut-être comprendrez vous mieux l'économie...
a écrit le 21/03/2012 à 7:25 :
Comment se fait il alors que chez Arkema, pour satisfaire les actionnaires et faire un EBITDA de 1 milliards d'euros, on supprime les postes (25% en 5 ans)? et maintenant on cède pour rien 1800 employés au groupe Klesh, car pas assez rentable alors qu'on fait sur le total de l'entreprise du 15% de rentabilité?? C'est pour aller à du 20% de rentabilité!! Jusqu'où cela va s'arreter? Alors les licenciements boursiers oui ça existe. C'est fait pour diminuer les frais fixes et augmenter la rentabilité pour les actionnaires. Nous salariés, nous disons ça suffit!!!
Réponse de le 21/03/2012 à 14:36 :
ARKEMA perdait de l'argent comme tout le secteur depuis des années. Le bon résultat d'une année, dû à une conjoncture favorable, ne remet pas en cause la structure non rentable sur le long terme de cette société, qui est donc vendue pour rien, car elle ne vaut rien ...
elle ne fait pas 15 % de rentabilité, et ce sont les fonds d'investisement qui recherchent des retours sur fonds propres d'environ 20 %, c'est normal et cela n'a rien à voir avec une rentabilité de 20 % sur chiffre d'affaires....
L'inculture économique, nous disons cela suffit !!!

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