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François Hollande, déjà en campagne

Jean Christophe Gallien*

Publié le 18 mai 2013 à 12:45 - Mis à jour le 18 mai 2013 à 12:53

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François Hollande fait preuve d'une maîtrise parfaite du calendrier politique, séquençant son action dans la perspective d'une réélection, estime le politologue Jean-Christophe Gallien

François Hollande est déjà en campagne pour 2017. Au delà de ce que tout le monde décrit depuis jeudi soir comme une belle performance formelle tout en critiquant la relecture d'un contenu pour beaucoup déjà  présenté, le Président a livré des éléments clairs quand à sa détermination politique et électorale personnelle. Nous avons eu jeudi soir une déclaration, presque non dite. Maître des temps politiques, il a projeté à ses supporters et ses adversaires l'agenda des 4 prochaines années du quinquennat.
D'abord un an deux ouvrant une séquence de deux ans. Une période de combat économique et social assumée dans son positionnement déclaré de social libéral diront certains, de social démocrate diront d'autres, lisez l'Humanité  et vous comprendrez ce que je veux dire. Une période qui est censée nous faire manger tout le pain noir de la crise qu'il décrit comme s'éloignant de nos rivages. Il semble parier sur les effets synergiques des reprises américaines, asiatiques et la poursuite d'un rééquilibrage de notre rapport de force économique avec l'Allemagne au sein d'une Europe en stabilisation puis à nouveau en progression. Cette séquence qui nous conduira à la fin 2015 est aussi celle pendant laquelle il ne craint pas, il le dit haut et fort, l'impopularité même record. C'est une période qui propose pourtant des rendez-vous électoraux importants, comme des élections de mi-mandat.

Les municipales perdues d'avance

Mais il sait comme nous qu'elles sont, quelle que soit la situation politique, économique et sociale du pays, des élections perdues d'avance pour le Président en place et sa majorité. Perdre et limiter la casse politique sera la ligne. En ce sens tout décrit hier le maintien durant ce temps de Jean Marc Ayrault. Loyal, heureusement pourrions-nous commenter, et désintéressé, qualificatif un peu plus mystérieux mais annonçant là aussi son rôle de bouclier anti missile. François Hollande a aussi teinté d'Europe cette séquence. Il lui a déclaré hier son amour, exigeant, mais passionné. Un message aux européens mais surtout aux français. Comme s'il leur décrivait qu'il fera tout mais que si l'Europe n'avance pas il n'y aura pas de salut pour la France. Ce qui est vrai. Mais c'est une nouveauté pour lui dans ce mandat. C'est aussi l'aveu d'une capacité limitée pour un Président national de conduire une politique isolée des autres même de ceux que l'on n'aime pas. C'est triplement tactiquement habile car il élargit le contexte d'évaluation de ses efforts personnels, prend, sans attendre, le leadership des pro-européens dans la préparation de l'élection qu'il déclare comme la plus importante dans cette séquence, celle du Parlement européen, et se réconcilie avec Angela Merkel quatre mois avant les élections allemandes du 22 septembre, utile si elle est réélue et malin si le Parti social-démocrate allemand gagne.

La séquence numéro trois, sur le front sociétal
François Hollande a aussi suggéré ce que serait la suite, la séquence numéro trois de son quinquennat. Une transition de combat politique entre mandat et campagne électorale. Elle sera préparée par un second dossier ou front sociétal comme certains le décrivent déjà. Le Président a déplacé à 2015 le débat sur le vote des étrangers non communautaires aux élections locales. Ou comment révéler la proximité entre UMP et FN. L'UMP devra dire non en même temps que le FN. Avec ? François Hollande sait que les frontières s'agitent beaucoup et depuis longtemps au niveau des électeurs des 2 partis. Il voit aussi que les lignes bougent aussi chez les élus locaux. Il parie sur des murs qui vont tomber un jour ou l'autre et il va dynamiter quelques pans avec le retour de cet engagement de la campagne. Fin chimiste politique, il jouera les ruptures populaires pour coincer une UMP confite dans ses luttes intestines et un FN qui diffuse sa doctrine et ses matrices au coeur des crises. Il mobilisera en même temps son camp et toutes les gauches même celles et ceux qui ne veulent pas de ce texte mais qui refuseront encore plus que les droites occupent ensemble la rue et s'allient potentiellement.

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Beaucoup plus à gauche
Ce sera l'introduction d'une séquence que l'on peut déjà deviner positionnée beaucoup plus à gauche, préparant un affrontement électoral dont il aura soigneusement modelé le cadre dans la même période. François Hollande finira, en effet, le travail en introduisant la proportionnelle pour les législatives de 2017, ce qui finalisera la mise à jour de l'échiquier politique national.
La proportionnelle sera l'arme principale de la recomposition politique du pays. Elle est entre les mains de François Hollande. L'UMP en sera l'otage, même en cas de victoire parlementaire future : elle ne pourra pas gouverner seule et peut-être pas sans le FN.

*Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne
Président de j c g a
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Jean Christophe Gallien*

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