Données personnelles : cessons les faux procès aux géants du net

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(Crédits : DR)
Sans utilisation des données personnelles, les géants du net ne pourraient fournir aux consommateurs une série de services gratuits, auxquels ceux-ci sont attachés. Par Olivier Babeau, professeur, Université Paris VIII

Les révélations d'Edward Snowden concernant la collecte des données personnelles sur le Net ont dévoilé les incroyables abus dont les Etats se rendent coupables sous couvert de lutte contre le terrorisme. Le plus étonnant est moins que de telles pratiques aient été possibles que l'indifférence assez grande avec laquelle elles ont été apprises (a-t-on vu des manifestations massives d'indignation ?) s'accompagnant du développement parallèle de critiques de plus en plus dures à l'encontre des grandes entreprises du Web

Une dénonciation manichéenne de certaines firmes

Cette posture paradoxale arrange sans doute des États trop heureux de faire diversion. Si la question de la vie privée est incontestablement l'une des plus brûlantes de ce début de siècle, on peut s'étonner qu'elle soit pour l'instant trop souvent traitée sous l'angle de la dénonciation manichéenne de certaines firmes. A lire certains commentateurs, ces dernières se repaîtraient de nos données comme des vampires de notre sang. Il convient pourtant de prendre conscience que le maniement des données personnelles est inhérent au fonctionnement actuel du Web et appelle avant tout une meilleure connaissance et un meilleur contrôle de la part des internautes eux-mêmes.

L'utilisation des données, une contrepartie à des services qui nous sont devenus indispensables

Il faut bien comprendre tout d'abord que l'utilisation des données collectées sur Internet est la contrepartie de ces services qui nous sont devenus indispensables et que nous utilisons chaque jour gratuitement. Les données collectées sont une condition nécessaire de la publicité sur Internet, qui est elle-même devenue indispensable à la communication des entreprises. Sans ces données, nous ne pourrions pas bénéficier d'autant de services gratuits de qualité, ni communiquer ou nous informer aussi facilement.

Une étude menée en 2010 a montré que le « surplus du consommateur » engendré par l'usage des services du Web est plus de trois fois supérieur aux revenus de ces services basés sur la publicité : en plus d'être indispensable et accepté, ce système nous bénéficie donc bien plus qu'aux entreprises. La collecte des données est loin d'être pour l'internaute le contrat de dupes que l'on se plaît à décrire : si tous ces services devaient être payants, bon nombre de consommateurs seraient exclus du marché, et bon nombre de ces services ne pourraient pas se financer.

Pas d'exploitation cynique et unilatérale

Cela ne signifie évidemment pas que la question de la protection des données personnelles ne se pose pas avec acuité, mais qu'il convient de prendre conscience qu'il ne s'agit pas d'une exploitation cynique et unilatérale que réalisent les firmes du Net avec nos données : toutes les entreprises (et pas seulement les plus grandes d'entre elles) en ont besoin pour nous fournir en échange des services qui ont une vraie valeur à nos yeux (le mail gratuit, la recherche, la comparaison des offres, etc.)

Les données collectées sont utilisées pour financer la production de services gratuits et pour réaliser un meilleur ciblage des offres, selon un principe qui existait bien avant internet. Non seulement le consommateur peut refuser les termes de l'échange (en n'ayant pas recours aux services), mais encore contrôler une bonne partie de ce qui est donné en contrepartie. Si ces agissements ont pu dans les premiers temps du Web se développer de façon sauvage, ce n'est plus le cas aujourd'hui : le détail des collectes opérées est accessible à qui veut les connaître, et de nombreux instruments sont disponibles (pour certains mis à disposition par les entreprises elles-mêmes) pour faire correspondre nos paramètres de confidentialité avec nos aspirations concernant la visibilité de nos données.

La clé de voûte de l'écosystème numérique

Les moyens et les options ne manquent : les cookies sont par exemple supprimables, voire évitables si l'on utilise la navigation privée. Bien que volontiers critiques, on remarque que les utilisateurs sont encore trop peu conscients de cette collecte qui a lieu, et en conséquence utilisent mal les moyens pour éviter de diffuser des informations qu'ils souhaiteraient garder strictement privées.

L'utilisation massive de données est la clé de voûte de l'écosystème numérique qui s'est mis en place : il ne s'agit ni de s'en réjouir ni de s'en lamenter, mais de le constater et de souligner que les consommateurs ne peuvent vouloir une gratuité réelle, c'est-à-dire sans aucune forme de contrepartie. Encore faut-il que l'échange ait lieu en pleine conscience ; c'est sans doute aujourd'hui le point sur lequel nous devons faire le plus de progrès.

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Commentaires
a écrit le 05/05/2014 à 11:12 :
La banque fortunéo a malencontreusement envoyé sur le net ,les copies de carte d'identité, de domiciliation,adresse réelle et virtuelle,montant des dépôts de plus de 260 personnes.Qui parle de protection des données quand on sait qu'avec ces informations il est possible d'ouvrir un compte, de demander un crédit,etc...
a écrit le 25/02/2014 à 13:29 :
Votre article est intéressant. Si les critiques sont plus vives à l'encontre des acteurs du WEB
et timorées, voir inexistantes, à l'encontre des états, c'est peut être parce que l'on a un sentiment d'impuissance, voir de crainte, à l'égard de ceux-ci.
Sachant que l'on ne passe pas commande ou visite les sites de la NSA et consors qu'avons-nous pour protéger notre vie privée ?
a écrit le 21/02/2014 à 2:49 :
Votre article serait défendable si les acteurs en question permettaient à leurs utilisateurs de payer pour rester libres. On est dans un modèle de dupes qui serait interdit dans le monde réel. Ces acteurs ne devraient pas pouvoir dire que leur service est gratuit quand ils vendent ce qui ne leur appartient pas. Si la logique économique la plus élémentaire était respectée, ils devraient payer ce qu'ils nous demandent ou nous prennent et en échange nous facturer le service. Cela permettrait d'une part de rendre la transaction visible et donc d'en défendre l'équilibre, ne serait-ce que légal et juridique, d'autre part de les placer dans une situation économique et fiscale identique à celle du monde réel. Car aujourd'hui ils se sont presque totalement extraits des contraintes que les autres acteurs doivent assumer au quotidien. Par exemple: où est la TVA sur le prix de notre vie privée? Non que je sois pour les excès d'imposition, mais précisément parce que ce n'est pas le cas, il est important que tous les acteurs économiques jouent selon les mêmes règles. Enfin, il y a grâce à ce tour de passe-passe une dénaturation de notre vie privée certes, mais surtout une distorsion du prix. Le prix cessant d'exister en tant que tel, la transaction cesse également. Nous sommes au final dépossédés de nous mêmes. Nous n'avons plus ni liberté contractuelle réelle, ni égalité d'information quant à la transaction. Notre vie privée ne vaut rien, mais elle nous coûte. Je grossis le trait évidemment sur ces dernières réflexions, mais l'idée est là.
a écrit le 21/02/2014 à 2:49 :
Votre article serait défendable si les acteurs en question permettaient à leurs utilisateurs de payer pour rester libres. On est dans un modèle de dupes qui serait interdit dans le monde réel. Ces acteurs ne devraient pas pouvoir dire que leur service est gratuit quand ils vendent ce qui ne leur appartient pas. Si la logique économique la plus élémentaire était respectée, ils devraient payer ce qu'ils nous demandent ou nous prennent et en échange nous facturer le service. Cela permettrait d'une part de rendre la transaction visible et donc d'en défendre l'équilibre, ne serait-ce que légal et juridique, d'autre part de les placer dans une situation économique et fiscale identique à celle du monde réel. Car aujourd'hui ils se sont presque totalement extraits des contraintes que les autres acteurs doivent assumer au quotidien. Par exemple: où est la TVA sur le prix de notre vie privée? Non que je sois pour les excès d'imposition, mais précisément parce que ce n'est pas le cas, il est important que tous les acteurs économiques jouent selon les mêmes règles. Enfin, il y a grâce à ce tour de passe-passe une dénaturation de notre vie privée certes, mais surtout une distorsion du prix. Le prix cessant d'exister en tant que tel, la transaction cesse également. Nous sommes au final dépossédés de nous mêmes. Nous n'avons plus ni liberté contractuelle réelle, ni égalité d'information quant à la transaction. Notre vie privée ne vaut rien, mais elle nous coûte. Je grossis le trait évidemment sur ces dernières réflexions, mais l'idée est là.
a écrit le 21/02/2014 à 0:11 :
j'ai été censuré pour avoir dit qqch de vrai mais quand on voit 3 articles sur l'achat de whatsapp je comprends mieux.
Vous n'avez honte de rien dans ce journal, je vous pensais plus intègre. j'éviterai de vous lire à l'avenir
a écrit le 20/02/2014 à 22:43 :
je ne sais pas qui est cette personne mais il n'a pas lu la décision google et n'a pas vraiment suivi les avancé sur les cookies qui sont toujours problématique.
les données personnelles ne doivent être un moyen de paiement seulement si la personne l'accepte. Le problème est qu'aujourd'hui c'est imposé par le service.
ex : whatsapp vous êtes obligé de leur céder tout votre répertoire pour pouvoir l'utiliser normalement. Paieriez vous quoique ce soit avec votre répertoire de contact ?
a écrit le 20/02/2014 à 19:58 :
Je ne veux surtout pas que l'on me rende service !!!!!!!!!!! capito ?
Le résultat c'est que je ne me sers quasiment plus d'internet tellement le harcèlement publicitaire et la pompe des données me gavent.
Réponse de le 21/02/2014 à 0:55 :
Et c'est votre liberté, de ne pas utiliser ces services gratuits ! Ce qui est absurde, c'est tous ces gens qui utilisent ces services, n'imaginent pas devoir payer un abonnement pour le faire, et malgré tout se plaignent de l'utilisation de leurs données... Dans votre cas, vous êtes logique avec vous même.
a écrit le 20/02/2014 à 17:55 :
L article est tout ce qu'il ya de plus sérieux, ce qui est étonnant ce sont les commentaires. qui montrent et un faible niveau de connaissances du net et de son économie, et une diabolisation des gros acteurs du net (bien pus facile que de s'attaquer aux petits qui font exactement la même chose. on n'oblige personne à utiliser les services google, et personnellement je suis satisfait de leur gestion de ma vie privée
a écrit le 20/02/2014 à 16:30 :
Dire que "le maniement des données personnelles est inhérent au fonctionnement actuel du Web" est faux, il est inhérent aux business-plans des plus grosses entreprises du web, nuance. Le web peut très bien fonctionner sans donnée personnelles, il n'y a rien dans le protocole HTTP qui l'oblige. C'est un choix de ces entreprises, pas une obligation fonctionnelle.
Réponse de le 21/02/2014 à 0:53 :
C'est bien entendu une manière de parler, pour dire que les services gratuits dont il est question ont mécaniquement éliminé du marché tous leurs concurrents payants, et que cela ne changera pas. Car le consommateur du net n'est pas prêt à payer un abonnement pour avoir accès à un compte mail, un moteur de recherche, etc... Les business modèles sans données personnelles sont donc inadaptés à ces services. C'est une réalité.
a écrit le 20/02/2014 à 15:54 :
"les moyens et options ne manquent pas": faux, je ne compte plus les sites qui soit refusent d'afficher soit d'une lenteur insupportable si les cookies sont bloqués. Pourquoi donner des données personnelles alors qu'en recevant des tonnes de pubs dans nos boites aux lettres on n'en donne pas et l'info est gratuite,non? Je préférais payer un service et que l'on ne m'espionne pas mais comme on ne peut avoir aucune confiance, payer ou pas là, n'est pas le problème. De plus en plus avant de passer à l'étape suivante ils nous obligent à valider , ici de garder les coordonnées carte bancaire, là des cgv illisibles ou encore des données tél ou âge qui ne les regardent pas. Oui c'est bien big Watching Watching Watching you!
a écrit le 20/02/2014 à 15:41 :
Bonjour,
L'interet de cet article ce sont les commentaires.

Cdt.
a écrit le 20/02/2014 à 15:18 :
Monsieur Babeau, votre portefeuille d'actions ne mousse pas assez vite ?
a écrit le 20/02/2014 à 15:07 :
Le problème ici est que l'avis insignifiant et faussé de ce type ai autant d'audience ... l'avenir sourit au crétinisme ...
a écrit le 20/02/2014 à 15:06 :
Messieurs les commentateurs, sachez que vous êtes sujets à la censure sur cette page !
a écrit le 20/02/2014 à 15:05 :
Jusqu'à 26 trackers par page, vous trouvez ça normal ? Bah, on va passer à autre chose...
a écrit le 20/02/2014 à 15:03 :
On n'a pas le droit de faire croire aux gens que tout est beau en ce bas monde surtout quand on pratique comme vous la censure sur les commentaires déplaisants !
a écrit le 20/02/2014 à 14:25 :
"Si ces agissements ont pu dans les premiers temps du Web se développer de façon sauvage, ce n'est plus le cas aujourd'hui : le détail des collectes opérées est accessible à qui veut les connaître, et de nombreux instruments sont disponibles (pour certains mis à disposition par les entreprises elles-mêmes) pour faire correspondre nos paramètres de confidentialité avec nos aspirations concernant la visibilité de nos données."
Ca doit être pour ca que Google vient d'être condamné par la CNIL…
a écrit le 20/02/2014 à 13:46 :
Encore une vérification de la phrase : "Quand c'est gratuit, c'est vous qui êtes la marchandise." Expliquez donc, cher auteur, pourquoi toute la sphère Linux et ses nombreuses applis n'a pas besoin de vos données perso..?? Ca vous gène là, non..??
a écrit le 20/02/2014 à 13:25 :
Surtout, quelle serait la position de l'UE et de la France si nous avions un champion comme google en Europe ?
a écrit le 20/02/2014 à 11:34 :
Article naif.
Si il n'y avait pas tant de fric à se faire sur le dos de l'utilisateur , on ne voit pas pourquoi l'industrie brasserait des milliards.
L'argent qu'ils ont , il vient d'où , à votre avis ? De leurs héritages ?
Ils n'en ont pas , comme tous les oppurtunistes.
a écrit le 20/02/2014 à 11:20 :
"La collecte des données est loin d'être pour l'internaute le contrat de dupes que l'on se plaît à décrire : si tous ces services devaient être payants, bon nombre de consommateurs seraient exclus du marché, et bon nombre de ces services ne pourraient pas se financer." Donc, on ne peut pas prétendre que le système profite d'abord aux particuliers avant de profiter aux entreprises du net et d'ailleurs (cf les bénéfices de Google ou de Facebook). Sans utilisateurs, ces entreprises n'existeraient tout simplement pas. Cette "association" tient plutôt de celle de l'aveugle et du paralytique, ou du tabouret à trois pieds (l'entreprise, le particulier et la publicité. Retirez un pied et tout se casse la figure..
Réponse de le 20/02/2014 à 13:16 :
C'est donnant donnant, voire donnant gagnant !
J'ai pas encore fait le calcul mais quand on regarde les bénéfices divisés par le nombre d'internautes, ça nous ferait payer chacun combien ? (vu que le gratuit est contrebalancé par la "gestion" de nos existences)
Réponse de le 05/03/2014 à 10:22 :
1 centime par visite ? (en fonction des sites, peut aller jusqu'à 30 pour des sites genre mediapart)
a écrit le 20/02/2014 à 10:34 :
assez d’accord avec vous sur le fond.... mais la bonne question n'est pas tant le siphonnage de nos vies..... , le moindre de nos actes sur la toile, ou déplacement avec nos tel portable, étant analysé, stocké, conservé..... , c'est bien plutôt ce qui en est fait.....

tant qu'on reste dans un usage "publicitaire" c'est le moindre mal.... mais le moindre commentaire sur un article de journal est analysé et stocké, et revenu à qui??????

ça, c'est le vrai sujet.....

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