Manuel Valls, superstar pour combien de temps?

Jean-Christophe Gallien*

Jean-Christophe Gallien*
Manuel Valls choisis par François Hollande pour diriger son « Gouvernement de combat » est vraiment un homme pressé. Une photo de type présidentiel affichée à la une du portail internet du Gouvernement et l'effacement de toute trace de son pauvre prédécesseur quelques secondes à peine après l'annonce lundi soir de sa nomination par le Président de la République et avant même l'organisation de la passation de pouvoir ! Un vrai « putsch digital » !
Manuel Valls aime le pouvoir en liberté. Il veut sans cesse montrer qu'il décide, agit et n'hésite jamais à dire sa propre vérité. Qu'elle plaise ou non. Tout en revendiquant une totale et fidèle appartenance au PS et au gouvernement. Celui-là même où il piocha ces derniers mois ses meilleurs « ennemis ». Christine Taubira, Cécile Duflot symboles féminins de l'ouverture aux autres familles de la gauche. Une vraie guérilla qui fabrique des points de repères politiques et surtout produit une valorisation médiatique : la base de sa stratégie.
Il aime l'exposition. Il fait régulièrement grimper sa part d'audience politique et médiatique personnelle qu'il tente, inlassablement, de traduire en popularité. Une cote qui, au delà de l'affaire Dieudonné, s'est maintenue dans le haut malgré des résultats, notamment en matière de délinquance, qui tardent encore à s'affirmer, Il parvient même jusqu'à présent mobiliser ce qui manque à l'Elysée : de la confiance.
Comme d'autres, je pense à Arnaud Montebourg, plus encore même, Manuel Valls sait aussi profiter de la pratique présidentielle de François Hollande : autorité discrète, polyphonie assumée et volonté de ne déplaire à personne. Ses prises de positions sur les grands enjeux qui croisent les compétences régaliennes de nombreux ministères, rejoignaient les expressions de l'opinion d'une majorité de nos concitoyens et voulaient démontrer une capacité holistique à s'emparer de tous les problèmes du pays.
Ces interventions annonçaient surtout une ambition dépassant le strict cadre de sa mission. En cela, il sait provoquer l'agacement de nombreux de ses pairs et concurrents du paysage politique et notamment de celles et ceux qui pensent, comme lui, à la Présidence. On retrouve là certains traits de parcours et de stratégie de l'un de ses prédécesseurs Place Beauvau, Nicolas Sarkozy lequel n'est pourtant jamais allé à Matignon !
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Il était protégé à Beauvau. Comme tous les Ministres de l'Intérieur, Manuel Valls ne se trouvait pas en responsabilité ni des chiffres du chômage, ni des taux de la fiscalité, encore moins de l'évolution du pouvoir d'achat, il n'envoyait personne faire la guerre, … autant de secteurs d'une géographie gouvernementale qui disqualifient le plus souvent leurs ministres, même les plus ambitieux.
Il sera désormais directement dans le vent brûlant d'une société française qui boue de désespoir. Pire il sera coincé entre ce peuple qui crie de moins en moins en silence, qui l'apprécie mais ne le connaît finalement pas vraiment et le tacticien mitterrandien désormais un peu en mode panique : François Hollande. 48 % de popularité à ce jour, combien dans 6 mois ?
*Président de j c g a
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals
Jean-Christophe Gallien*
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