Comment la France peut faire mieux que l’Allemagne en 2016

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi
Entre la France et l'Allemagne, le match du 3ème trimestre s'est soldé sur un score de parité ou presque avec de chaque côté du Rhin une croissance proche de 0,3%. Mais la vraie différence est du côté de la trajectoire et des composantes de la croissance. Pour en prendre la mesure, je vous propose de repérer l'évolution du PIB par rapport à sa tendance d'avant crise, c'est le PIB tendanciel, calculé sur la période T1 2002 - T4 2007. Pour l'Allemagne cette tendance est de 1,6% par an.
Les dégâts de la crise sont alors évidents, le rattrapage reste partiel, puis depuis deux ans maintenant, l'économie germanique s'est recalée sur son rythme tendanciel : après 1,6% en 2014, la croissance devrait s'établir à 1,5% cette année.
Difficile à croire. Certes, l'immigration, la vague de réfugiés génèrent plus de dépenses (publiques et privées) et une nouvelle force de travail bienvenue dans un pays vieillissant Mais il faut intégrer aussi les freins à une expansion plus rapide. Je pense au décrochage des émergents vers lesquels l'Allemagne s'était massivement tournée pour trouver de nouveaux relais de croissance. Mais je pense surtout aux conséquences de l'affaire Volkswagen, révélatrice de l'impasse allemande.
L'automobile représente 17% des exportations allemandes, et l'enjeu pour le pays, qui a fait de cette industrie du siècle passé l'un des pivots de sa puissance industrielle, est de reconfigurer son modèle d'affaire. La stratégie de la fuite en avant dans la taille et l'hyper concentration a clairement vécue. Et le type de refonte auquel est confronté le secteur est difficilement compatible avec une accélération de la croissance.
La comparaison entre PIB réel et PIB tendanciel montre que l'économie française n'y arrive toujours pas et que nous sommes très loin du régime de croisière de 2002-2007. La récession a certainement réduit notre potentiel, par perte de substance industrielle et humaine. C'est la thèse des déclinistes pour qui il faut définitivement faire une croix sur nos 1,9% de croissance d'avant crise. Mais il ne faut pas exagérer cette interprétation.
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Si l'économie française a sous-performé, c'est d'abord à cause de :
1 - la faible profitabilité des entreprises, d'où l'absence de reprise de leurs investissements.
2- l'enfoncement de la construction.
3 - la montée du chômage.
Or sur ces trois points, la situation se débloque. Le taux de marge des entreprises se redresse, la demande adressée aux entreprises aussi, les perspectives d'activités sont bonnes et le coût du capital est bas. C'est assez pour faire repartir l'investissement. C'est désormais chose faite. C'est assez pour que le mouvement prenne de l'ampleur et que son niveau dépasse en 2016 son pic de 2008.
Idem pour la construction avec le déblocage en cours de l'investissement logement. Quant aux chiffres du chômage, il s'améliore et les secteurs marchands créent à nouveau des emplois depuis deux trimestres. C'est assez pour accrocher 1,8% de croissance en 2016, soit une performance légèrement supérieure à l'Allemagne. Et qui signifie simplement que la France, pour des raisons de timing budgétaire a moins que l'Allemagne éclusé jusqu'ici son potentiel de rattrapage de crise. Un rattrapage qui peut d'autant plus se concrétiser que la France a réduit d'un quart son handicap de compétitivité avec ses concurrents d'outre-Rhin depuis 2012.
Enfin, reste à savoir si cette reprise de l'économie française va être contrariée par les attentats du 13 novembre à Paris. Après avoir analysé l'impact des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, celui de la gare d'Atocha en Espagne en mars 2004 et de Londres en juillet 2005, l'économiste Philipe Weachter conclut qu'ils n'ont pas modifié la trajectoire des économies. Mais il faut être prudent et très humble sur cette question.
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