Retrouver la confiance entre les peuples et l'Union européenne

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Quatre objectifs paraissent aujourd'hui prioritaire pour que le citoyens européens croient à nouveau à l'Europe. par Olivier Marty, maître de conférences en macroéconomie européenne à l'ESSEC

Dans un article récent, publié dans le très riche Rapport sur l'État de l'Union de la Fondation Robert Schuman, Pascal Perrineau indique que « les Européens s'éloignent doucement (au printemps 2014) de l'état de dépression collective qui avait pu les saisir de l'automne 2008 au printemps 2013 ». Plus précisément, le politologue identifie que les opinions des pays de l'Union européenne ont, en moyenne, une meilleure appréciation de l'état de leurs économies et de meilleures anticipations de l'avenir, mais que la crise de défiance à l'égard des institutions politiques, tant au niveau national qu'au niveau européen, perdure bel et bien. L'auteur confirme que la désaffection à l'égard de l'Union européenne et de ses institutions est d'avantage due au mode de fonctionnement de celles-ci et à leurs dirigeants qu'aux principes qui les fondent.

Alors que la crise initiée en 2008 a démontré plus d'une fois que l'échelon européen était plus pertinent que le niveau national ou local pour résoudre les problèmes économiques et sociaux rencontrés depuis sept ans, comment le projet et les institutions communautaires peuvent-ils regagner la confiance des opinions ? Quatre objectifs semblent aujourd'hui prioritaires.

 1 La commission doit confirmer son nouveau mode de gouvernance

Le premier consiste à confirmer l'essai réalisé par la nouvelle Commission depuis son entrée en fonction. Quoiqu'en disent de nombreux esprits chagrins, la nomination de Jean-Claude Juncker a représenté un progrès démocratique, de même que s'est révélé ingénieux le choix de Commissaires à des postes où leur pays d'origine les prédisposait moins. L'exécutif européen a, par ailleurs, déjà répondu à une partie des grandes attentes placées en lui : les flexibilités du Pacte de stabilité ont été utilisées, le « plan Juncker » de relance de l'investissement et la communication sur l'optimisation fiscale ont été proposés dans un délai très court, l'agenda législatif a été considérablement simplifié et recentré sur des enjeux stratégiques et concrets pour les citoyens. Les nouveaux membres du collège répondent à la critique justifiée sur « l'éloignement de Bruxelles » en allant plus sur le terrain, comme en atteste la récente tournée du Vice-Président de la Commission, M. Katainen, en France.

2 Il faut mettre à profit l'amélioration de la conjoncture

Le deuxième consiste à tirer pleinement profit de l'amélioration du cadre de politique économique mis en œuvre par les institutions et les États. Si le dernier plan d'assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne pourrait ne pas avoir tous les effets escomptés sur la croissance, il est en mesure de conforter la confiance des agents économiques. Le « plan Juncker » de relance de l'investissement peut, par un usage stratégique de fonds publics limités, catalyser 315 milliards d'Euros de ressources et ainsi engager une modernisation du financement des économies européennes. La Commission ouvre également, avec l'Europe de l'énergie et du digital, des chantiers susceptibles de libérer la faible croissance de l'Union. Le rythme de consolidation budgétaire des Etats n'est, enfin, plus susceptible de freiner la reprise, même s'il devrait s'accompagner de réformes structurelles plus nettes et mieux coordonnées.

 3 Re-jouer le jeu de la construction communautaire

En troisième lieu, nos dirigeants politiques devraient démontrer qu'ils se réapproprient le sens de la construction communautaire au lieu de cultiver le repli fantasmé sur le champ national qui expose d'abord les populations les plus fragiles. Plusieurs capitales européennes, et singulièrement la France, ne peuvent en effet plus renier les engagements qu'elles ont elles mêmes pris à l'égard de Bruxelles et se défausser sur l'Union de leurs propres lacunes. Ceci implique de conforter la crédibilité des politiques économiques, comme s'y attelle courageusement le Premier ministre français, et de tenir l'opinion informée de façon honnête et régulière des enjeux européens. Mais au delà, il convient que les dirigeants et leurs administrations élaborent dans les négociations des positions plus consensuelles et tissent entre eux des relations plus confiantes et plus durables. Ainsi serait mieux comblé le « déficit démocratique » dont souffre l'Union au plan national plus qu'européen !

 4 Mettre en œuvre un nouveau projet européen concret, tel que l'amélioration de l'emploi des jeunes

Enfin, il est urgent que l'Europe se voie à nouveau confier un projet à même de débloquer les failles de sa gouvernance et d'ancrer tant la coopération des États que la confiance des acteurs économiques et sociaux. Les lourdeurs bureaucratiques des institutions communautaires, justement décriées par les opinions, découlent en effet souvent des carences de « leadership » qu'elles subissent. Ce qui a été observé dans les premiers épisodes de gestion de la crise, lorsque la Commission Barroso prenait appui sur une lecture orthodoxe du Traité en contrepoint des égoïsmes nationaux, ne doit pas se reproduire aujourd'hui dans le projet de relance de l'investissement entre les États et la Banque européenne d'investissement.

L'emploi des jeunes est un chantier pour lequel des solutions ont été établies et qui peut faire la preuve que l'Europe apporte des résultats tangibles. Au delà, le parachèvement de la zone Euro devrait s'imposer progressivement comme une façon de réaffirmer les valeurs politiques et sociales de ses membres.

L'Union européenne traverse depuis de nombreuses années une crise profonde qui fait douter les opinions sans que celles-ci soient amenés à en rejeter les fondements. Il est essentiel qu'elle parvienne à en sortir par une coopération constructive des États, des institutions, et des personnels politiques pour faire face aux défis d'un monde durablement globalisé.

Olivier Marty, maître de conférences

en macroéconomie européenne à l'ESSEC

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Commentaires
a écrit le 17/04/2015 à 15:27 :
L EUROPES N INTERESERA PERSONNE TANT QU ELLE SERAS DIRIGE PAR DES BANQUIERS? LA GRANDE IDEE DE L EUROPE DES PAYS ET DES PEUPLES C EST QUE L EUROPES SOIT SOCIAL PLUS QUE TECNOCRATES ? AUJOURDHUI LE PEUPLE DE L EUROPE NE SAIT TOUJOURS PAS A QUOI ELLES SERT ?BIEN SOUVENT NOS ELUES EUROPEENS SONT SEUL FACE A DES BANQUIERS ET DES LOBISTES QUI EUX PROFITENT DE CETTE DESITERESEMENT DES DIRIGEANT DE PAYS ET DE PARTIES QUI NE SI INTERESENT QU AUX PERIODES ELECTORALES? POUR AVOIR DES MANDATS QUI LES FONT VIVRES EXENPLES LE F N ???
a écrit le 17/04/2015 à 13:49 :
Quelqu'un connaît-il la date d'ouverture de la saison de pêche. Merci d'avance à celui ou celle qui me donnera l'info...
Réponse de le 17/04/2015 à 15:12 :
L'Europe, c'est la fermeture de la pêche :)
Tout le monde a compris que l'europe n'est qu'une succursale des USA qui nous on colonisé en 1945. Tout le reste n'est que du baratin pour vendre du papier journal et faire rêver les pigeons qui croient aux bienfaits de la liberté des marchés, surtout celle de spolier les épargnants.
Réponse de le 19/04/2015 à 22:18 :
C'est faux, les usa n'ont pas colonisé l'europe, c'est l'inverse ! Votre argument, c'est celui des Poutiniens et des russophiles qui préfèrent poutine aux usa et autres nostalgique du communisme ou de la gloire française des rois coloniaux et de l'empire français africain. Mais la seule chose qu'on fait les usa c'est libéré la France du nazisme , c'est peu hein ? Et aussi le plan marshall pour reconstruire l'europe de l'ouest et protéger l'europe de l'ouest contre les attaques de l'armée rouge soviétique, qui voulait conquérir l'allemagne, ils ont eut l allemagne de l'est et la moitié de Berlin. Et biensur les usa ont imposé le modèle capitaliste, pour contrer la puissance du modèle communiste. La france a accepté le capitalisme depuis 1950, en faisant des usines renault à la chaine, en faisant de la publicité à la télé radio, modèle de consommation de masse, libre entreprise, rock and roll, hip hop, culture new york, american dream etc Les français ont toujours copié les usa. C'est seulement récemment que les usa ont des problèmes économiques et militaires au moyen orient, alors des gens se tournent vers Poutine ou la Chine...
a écrit le 17/04/2015 à 12:26 :
C'est la confiance entre le peuple et ses élites qu'il faudrait renouer. Que les élites (et les élus) soient le lien par lequel les souhaits (réalisables) de la vox populi remontent et soient étudiés (et pas éludés ou zappes) ou niveau gouvernemental, puis mis en œuvre. Mais je n'y crois plus, comme beaucoup de personnes qui ne votent plus parce qu'elles ne se sentent pas représentées. De plus, l'Europe politique est gérée par des non élus (déni citoyen), applique les desiderata US, et ses décisions sont supra nationales : même si on est contre, en France ou dans un autre pays européen (par ex la Grèce) on doit subir. Par exemple, une très grandes majorité de citoyens européens se sont exprimés contre le TAFTA : les élites supra vont passer outre en nous disant que c'est "pour notre bien"... On nous infantilise et nous culpabilise à outrance. On ne peux plus croire grand monde....
Réponse de le 18/04/2015 à 15:36 :
@ "DUCAT"
"l'Europe politique est gérée par des non élus" - çà dépend. Il y a le Parlement Européen. Certes, la Commission n'est pas élue par le peuple. Mais c'est indirect: ils sont élus, nommés par des gens qui sont eux-mêmes élus ou nommés par des élus des pays qui composent l'UE. Maintenant, votre remarque semble indiquer que vous préfèreriez que les personnes qui décident au niveau européen, à l'UE donc, soient des élus directs? Très bien, alors çà porte un nom: le fédéralisme. Oui, faisons en sorte d'avancer vers une UE fédérale ou au moins confédérale.
On ne peut pas à la fois réclamer des élus au niveau européen et s'opposer au (con)fédéralisme en même temps.

Autre remarque, vous écrivez: "une très grandes majorité de citoyens européens se sont exprimés contre le TAFTA". Il est probable, que même si les représentants de l'UE étaient élus, TAFTA passerait aussi. Je souligne ici un problème contradiction interne à la "démocratie": c'est que la majorité n'a pas forcément raison! Je vais prendre à dessein une comparaison extrême: si la majorité du peuple est en faveur du crime, le gouvernement doit donc passer des lois en faveur des crimes?
a écrit le 17/04/2015 à 11:04 :
Ce qui inquiète, ce ne sont pas les réformes proprement dites, mais le but des réformes!

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