Deutsche Gate pour Donald Trump ?

OPINION. Les perquisitions spectaculaires de ce jeudi 29 novembre menées par près de deux cent policiers allemands au siège de la Deutsche Bank à Francfort sont donc une très mauvaise nouvelle pour le Président Trump. Par Michel Santi, économiste (*).

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Michel Santi, économiste.
Michel Santi, économiste. (Crédits : DR)

Donald Trump se déclara en faillite au début des années 1990, laissant aux plus importantes banques américaines une ardoise de 3 milliards et 400 millions de dollars. Le fiasco de ses projets et investissements mégalomanes en hôtels, en casinos, dans l'immobilier et même dans une compagnie d'aviation fit de lui un paria et le contraignit à trouver d'autres voies de financement. Il se tourna donc vers des créanciers privés, vers de petits instituts de crédit locaux... et vers Deutsche Bank qui cherchait alors à se faire un nom aux Etats-Unis dans le monde de la banque d'investissement et de l'immobilier commercial.

Un partenariat pour le meilleur et pour le pire

La première banque allemande ne lésina pas sur son soutien apporté à Trump et fut de tous ses coups pendant une petite quinzaine d'années. Ce partenariat pour le meilleur et pour le pire ne fut même pas remis en question par un procès intenté en 2008 par Trump à Deutsche Bank et qui fut réglé à l'amiable. Jared Kushner, beau fils de Trump et actuel conseiller éminent à la Maison Blanche, ainsi que sa mère bénéficièrent également de facilités de crédit émanant de la Deutsche Bank se chiffrant à plusieurs millions.

Selon l'agence Bloomberg, cet établissement fut même à l'origine d'un crédit de 300 millions de dollars accordé à Trump pour ses réalisations les plus récentes, à savoir son hôtel à Washington et son golf à Doral (Miami).

La perquisition de 200 policiers allemands, mauvais nouvelle pour Trump

Les perquisitions spectaculaires de ce jeudi 29 novembre menées par près de 200 policiers allemands au siège de la Deutsche Bank à Francfort sont donc une très mauvaise nouvelle pour le Président Trump. Il semble en effet que le procureur spécial Robert Mueller - qui enquête sur une collusion présumée de Donald Trump et de son entourage proche avec la Russie - s'intéresse désormais aux finances du président et de sa famille.

Cette descente de police en Allemagne et ce raid massif sur Deutsche Bank serait - selon des sources bien informées - également provoqué par une commission rogatoire lancée il y a quelques semaines depuis les Etats-Unis par Mueller et qui démontrerait une inflexion dans la stratégie du procureur.

Sur la piste de l'argent sale

Effectivement, pendant de longue années, Trump fut accusé (sans preuve) de faciliter le blanchiment d'argent d'oligarques russes. Depuis Dmitry Rybolovlev qui avait acquis une de ses propriétés pour 95 millions de dollars (le double de sa valeur réelle!), jusqu'à ces 63 investisseurs russes qui auraient (selon Reuters) acquis pour un total de 100 millions de dollars d'appartements et de maisons estampillées Trump en Floride. S'ils étaient avérés, ces «recyclages» seraient constitutifs de montages classiques permettant de blanchir de l'argent.

Dans l'affaire du Watergate (1972-1974), «gorge profonde» avait suggéré au journaliste Bob Woodward de s'intéresser à l'argent et à son cheminement. Le procureur Mueller - qui se concentre donc désormais sur les montagnes russes financiers du clan Trump - semble s'être souvenu de ce conseil avisé. Voilà pourquoi les ennuis de Deutsche Bank sont vraiment de très mauvaises nouvelles pour Donald Trump.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.

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Commentaires 4
à écrit le 01/12/2018 à 7:23
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Curieux comme ce proc, ne s'intéresse pas avec la même célérité aux financements reçus par Hilary Clinton, des arrosages méandreux du sieur Soros, ni au finances d'Obama et de son épouse. Un tropisme aléatoire sans doute.

le 02/12/2018 à 14:14
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D'autres procureurs se sont plus attelés à démonter le président Clinton sur ses affaires sexuelles, beaucoup plus que n'est attaqué Trump sur ce sujet, ... comme quoi ! En tout cas, vos arguments ne démontent en rien les soupçons pesant sur le prés...

à écrit le 30/11/2018 à 18:54
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Est-ce que l'administration française enquête sur l'acquisition de vignobles des grands vins de bourgogne et du bordelais par les milliardaires (la presse ne dit pas d'oligarques) chinois au double de leur prix?

à écrit le 30/11/2018 à 17:34
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"Le suspect idéal des élites occidentales: Ingérence russe, de l’obsession à la paranoïa" https://www.monde-diplomatique.fr/2017/12/MATE/58207 (article gratuit)

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