Emmanuel Gavache, quand l'Internet des objets part à l'assaut du "B to B"

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(Crédits : DR)
PORTRAIT. Après une carrière de cadre supérieur dans le groupe Pinault, puis de dirigeant chez Renault Nissan et Capgemini, Emmanuel Gavache, 52 ans, s'est lancé dans l'aventure entrepreneuriale en créant Eridanis, startup spécialisée dans l'Internet des objets pour le « B to B ».

Qui a dit qu'il fallait avoir 20 ans pour créer une startup à succès ? Emmanuel Gavache en avait 48 en 2014 quand il a lancé Eridanis, du nom d'une constellation de l'hémisphère sud. Mais avant de s'immerger dans l'univers très technologique de l'IoT, ou Internet des objets, ce natif de Nice a connu une carrière longue et riche dans plusieurs industries plus conventionnelles. Le jeune ingénieur diplômé de l'ESB (École supérieure du bois) débute en 1989 à EDF où il travaille sur les technologies de collage à haute fréquence. Un an plus tard, il entre dans le groupe Pinault, dans lequel il va occuper des postes de direction dans plusieurs filiales. En janvier 1996, sa vie professionnelle prend un tournant majeur.

« J'ai été "chassé" pour intégrer le groupe Renault, qui allait très mal à l'époque. Un jeune numéro deux du nom de Carlos Ghosn venait d'arriver pour le redresser. Il cherchait à constituer des équipes de jeunes aux profils différents, des ingénieurs avec un côté business. Ça a été la grande chance de ma carrière », se souvient Emmanuel Gavache.

Rapidement, il devient responsable des biens d'équipement industriels (achat de machines) du constructeur franco-japonais. Pierre Poupel, qui lance Renault au Brésil et en Amérique latine, emmène le trentenaire dans ses bagages. « À 38 ans, je deviens vice-président achat pour le continent sud américain, avec un budget qui approche le milliard d'euros » précise le père de deux fils, dont l'aîné finit ses études à Centrale.

De l'automobile au conseil

Bien qu'il ne fasse pas partie de la caste des polytechniciens ou ingénieurs des Mines, Emmanuel Gavache se sent bien au sein de l'ancienne régie, qui encourage le mérite. Jusqu'en 2008, année où une série de suicides secoue l'entreprise. Des décès « indéniablement liés aux conditions de travail » pour le fondateur d'Eridanis.

« Il existait à l'époque un mode de management qui laissait de côté ceux qui n'étaient plus dans une trajectoire d'étoile filante. Cadre dirigeant, j'incarnais le message de l'entreprise, et je ne m'y reconnaissais plus », regrette le diplômé de l'ESB, qui décide alors de quitter le constructeur automobile pour rejoindre Capgemini Consulting.

« J'ai toujours aimé le conseil. D'ailleurs, j'ai pris des parts en 2005 dans une société de conseil brésilienne, Parceiros LTDA, dont je suis toujours copropriétaire », précise l'ingénieur qui parle couramment le portugais brésilien - il donne des cours de manufacturing 4.0 et d'Internet des objets à l'Université de São Paulo quatre fois par an -, l'anglais, l'allemand et se débrouille en japonais.

Des clients de poids et la rentabilité au rendez-vous

L'entreprenariat a toujours titillé Emmanuel Gavache, qui a par exemple lancé en 1995 Air Beaujolais, une société d'avionstaxis, puis a participé à l'ouverture d'un hôtel à La Réunion. Chez Capgemini, il crée le département automobile et collabore au département achat. Mais en 2014, l'amateur de voitures de collection, qui ne se sent pas vraiment « dans le moule » du cabinet de conseil, a une intuition :

« J'ai la conviction que l'Internet des objets, vu comme un secteur gadget du "B to C", va totalement disrupter le "B to B".»

Il rencontre alors Jean-Luc Bernard, serial entrepreneur (il a monté la SSII Astek en 1988 et investi dans une dizaine de startups) qui devient l'actionnaire principal d'Eridanis, positionné dans le conseil stratégique aux entreprises autour de l'IoT.

"C'est un industriel discret, mais qui a une taille mondiale et partage ma vision", précise Emmanuel Gavache. Le siège est installé à Londres, ville plus connectée que Paris à l'époque.

"Pas des doux rêveurs"

En 2015, Emmanuel Gavache se rend au CES [Consumer Electronics Show, ndlr] de Las Vegas et s'aperçoit que l'IoT orienté « B to C » est déjà largement préempté par de nombreuses startups très sérieuses, dont les français Withings, Parrrot, Sen. se, etc.

« Contrairement à ce que je croyais, ce ne sont pas des doux rêveurs, mais des professionnels qui savent concevoir, industrialiser et packager des produits », avoue le fondateur d'Eridanis.

Seule solution pour rattraper son retard : faire une acquisition. Ce sera Sen.se de Rafi Haladjian, pionnier français de l'Internet des objets avec le lapin Nabaztag en 2005 puis Mother, objet connecté pour la maison.

Le marché « B to B », lui, explose, et Eridanis accumule les contrats avec de grands groupes comme Total, Nexans, CFAO, SNCF, Métropole Nice Côte d'Azur ou Rougier. « Le seul frein à notre expansion, c'est le recrutement de jeunes diplômés très demandés et très bien payés », estime Emmanuel Gavache, dont la société est d'ores et déjà rentable. Le startuper quinquagénaire, qui se dit « très heureux dans sa nouvelle vie professionnelle », espère atteindre une taille critique d'environ 300 à 400 personnes dans les trois ans.

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REPERES

  • 2015 Président de Sen.se.
  • 2014 PDG d'Eridanis.
  • 2008-2014 Directeur automobile à Capgemini Consulting.
  • 2006-2012 Intervenant à l'ESCP Europe.
  • 2005 Directeur associé Parceiros LTDA (Caxias do Sul, Brésil).
  • 1996-2008 Responsable des biens d'équipement puis vice-président achat Mercosur chez Renault Nissan.
  • 1990-1996 Ingénieur puis manager dans le groupe Pinault.
  • 1989 Diplômé de l'ESB (École Supérieure du Bois).
  • 1966 Naissance, le 10 juin, à Nice.

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Commentaires
a écrit le 29/09/2017 à 18:39 :
Avez-vous noté que malgré son génie, Sen.Se est en cours de liquidation ?
https://www.societe.com/societe/sen-se-520303660.html
a écrit le 28/09/2017 à 10:33 :
"Ingénieur-business" est en effet le profil type indispensable pour l'internet des objets étant donné que le seul intérêt de ces gadgets est pour les industriels qui contrôleront ainsi en totalité leurs produits de la création à leur destruction.

Alors certes si les propriétaires des outils de production étaient éclairés cela pourrait engendrer un véritable progressisme économique permettant une bien meilleur gestion des ressources maintenant si ceux-ci étaient éclairés les paradis fiscaux déjà n'existeraient pas.

Un ami me disait:"Tu vas voir avec tout ces objets connectés si tu signes pas la garantie machin en page 233 de ton contrat au bout de 6 mois ta télé tombera en panne".

Dans le monde marchand dans lequel on vit ressemblant de plus en plus à une vaste escroquerie notamment de part le fléau de l'obsolescence programmée, qui peut le traiter de parano ou de complotiste ?

Personne c'est certainement même hélas bien plus dans ce sens qu'il faut envisager les objets connectés qu'un service apporté au client.

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