Emmanuel Gavache, quand l'Internet des objets part à l'assaut du "B to B"
Patrick Cappelli
Patrick Cappelli
Qui a dit qu'il fallait avoir 20 ans pour créer une startup à succès ? Emmanuel Gavache en avait 48 en 2014 quand il a lancé Eridanis, du nom d'une constellation de l'hémisphère sud. Mais avant de s'immerger dans l'univers très technologique de l'IoT, ou Internet des objets, ce natif de Nice a connu une carrière longue et riche dans plusieurs industries plus conventionnelles. Le jeune ingénieur diplômé de l'ESB (École supérieure du bois) débute en 1989 à EDF où il travaille sur les technologies de collage à haute fréquence. Un an plus tard, il entre dans le groupe Pinault, dans lequel il va occuper des postes de direction dans plusieurs filiales. En janvier 1996, sa vie professionnelle prend un tournant majeur.
Rapidement, il devient responsable des biens d'équipement industriels (achat de machines) du constructeur franco-japonais. Pierre Poupel, qui lance Renault au Brésil et en Amérique latine, emmène le trentenaire dans ses bagages. « À 38 ans, je deviens vice-président achat pour le continent sud américain, avec un budget qui approche le milliard d'euros » précise le père de deux fils, dont l'aîné finit ses études à Centrale.
Bien qu'il ne fasse pas partie de la caste des polytechniciens ou ingénieurs des Mines, Emmanuel Gavache se sent bien au sein de l'ancienne régie, qui encourage le mérite. Jusqu'en 2008, année où une série de suicides secoue l'entreprise. Des décès « indéniablement liés aux conditions de travail » pour le fondateur d'Eridanis.
« Il existait à l'époque un mode de management qui laissait de côté ceux qui n'étaient plus dans une trajectoire d'étoile filante. Cadre dirigeant, j'incarnais le message de l'entreprise, et je ne m'y reconnaissais plus », regrette le diplômé de l'ESB, qui décide alors de quitter le constructeur automobile pour rejoindre Capgemini Consulting.
« J'ai toujours aimé le conseil. D'ailleurs, j'ai pris des parts en 2005 dans une société de conseil brésilienne, Parceiros LTDA, dont je suis toujours copropriétaire », précise l'ingénieur qui parle couramment le portugais brésilien - il donne des cours de manufacturing 4.0 et d'Internet des objets à l'Université de São Paulo quatre fois par an -, l'anglais, l'allemand et se débrouille en japonais.
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L'entreprenariat a toujours titillé Emmanuel Gavache, qui a par exemple lancé en 1995 Air Beaujolais, une société d'avionstaxis, puis a participé à l'ouverture d'un hôtel à La Réunion. Chez Capgemini, il crée le département automobile et collabore au département achat. Mais en 2014, l'amateur de voitures de collection, qui ne se sent pas vraiment « dans le moule » du cabinet de conseil, a une intuition :
Il rencontre alors Jean-Luc Bernard, serial entrepreneur (il a monté la SSII Astek en 1988 et investi dans une dizaine de startups) qui devient l'actionnaire principal d'Eridanis, positionné dans le conseil stratégique aux entreprises autour de l'IoT.
En 2015, Emmanuel Gavache se rend au CES [Consumer Electronics Show, ndlr] de Las Vegas et s'aperçoit que l'IoT orienté « B to C » est déjà largement préempté par de nombreuses startups très sérieuses, dont les français Withings, Parrrot, Sen. se, etc.
Seule solution pour rattraper son retard : faire une acquisition. Ce sera Sen.se de Rafi Haladjian, pionnier français de l'Internet des objets avec le lapin Nabaztag en 2005 puis Mother, objet connecté pour la maison.
Le marché « B to B », lui, explose, et Eridanis accumule les contrats avec de grands groupes comme Total, Nexans, CFAO, SNCF, Métropole Nice Côte d'Azur ou Rougier. « Le seul frein à notre expansion, c'est le recrutement de jeunes diplômés très demandés et très bien payés », estime Emmanuel Gavache, dont la société est d'ores et déjà rentable. Le startuper quinquagénaire, qui se dit « très heureux dans sa nouvelle vie professionnelle », espère atteindre une taille critique d'environ 300 à 400 personnes dans les trois ans.
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