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Emmanuel Macron et les Gilets jaunes, saisir l'opportunité politique des colères

Photo de Jean-Christophe Gallien

Jean-Christophe Gallien

Publié le 04 décembre 2018 à 11:59 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:13

Jean Christophe Gallien  Politologue et communicant

Jean Christophe Gallien Politologue et communicant Président de j c g a Enseignant à l’Université de Paris la Sorbonne Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Reuters

Le Quotidien Numérique

10 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Emmanuel Macron est le produit électoral de colères multiples qui lui ont permis de dégager l'ancien monde politique et de gagner les deux scrutins majeurs de notre démocratie. Mais il l'a oublié. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, président de j c g a.

Président de rupture, président direct... Emmanuel Macron a lui même théorisé et vendu l'exclusivité, la verticalité, la centralité aussi de sa relation au Peuple français. Comme dans une 5e République augmentée, ce positionnement est progressivement devenu un terrible facteur d'isolement institutionnel et politique.

Il semble que nous avons perdu le candidat qui avait concrètement saisi ce que Michel Dobry, interprétant Nietzche, décrit :

« Quand on croit à "cause" et à "effet", on oublie toujours l'essentiel :ce qui se passe.»

Celui aussi qui avait incarné dans un acte fondateur de conquête, l'analyse de Roger Pol Droit :

« La démocratie est un rapport de force. Elle marche sur deux jambes,l'une dans la loi, l'autre dans la rue.»

Emmanuel Macron est le produit électoral de colères multiples qui lui ont permis de dégager l'ancien monde politique et de gagner les deux scrutins majeurs de notre démocratie. Mais il l'a oublié.

5e République augmentée

Il y a comme un paradoxe étonnant au lendemain de l'acte 3 du mouvement des Gilets jaunes, c'est aux zombies du dégagisme qu'il fait tendre la main de son Premier ministre. Ceux-là mêmes qu'il a voulu ensevelir sous les gravats de son attaque contre le système politique. Stratégie de partage de la difficulté, de mouillage institutionnel, d'aveuglement politique ou aveu terrifiant d'impasse doctrinale ?

Pourtant les Gilets jaunes lui offrent une opportunité à saisir, de créer la rencontre attendue par leur Peuple en mouvement et, par procuration, celui d'une large partie de la France. Pas la rencontre scénarisée de la rue du parcours mémoriel, mais une véritable agora de travail et de démocratie directe, partagée en live, autour des carnets de doléances dans un lieu symbolique à créer.

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Saisir l'offrande politique des Gilets jaunes

Il y a comme une incroyable offrande politique des Gilets jaunes faite à un président le plus souvent à contretemps depuis l'affaire Benalla. L'occasion inespérée de tenter de reprendre la main de l'agenda politique national qu'il a laissé échapper depuis cet été.

Le président doit saisir cette ouverture pour répondre et incarner, comme il avait promis, une néo-politique, une vraie rupture, celle de l'innovation politique, celle de la vraie Startup Nation. Pas celle de l'augmentation de la CSG, pas celle d'une taxation plus forte du plein de carburant, pas celle qui m'oblige à freiner sur les départementales, pas celle du prélèvement à la source... Emmanuel Macron doit faire la démonstration concrète que la politique sert à quelque chose. Que ma vie, notre vie peut être meilleure. Il doit aussi réinventer la relation du Peuple à ses gouvernants. Plus encore celle du Peuple et du politique avec la technostructure administrative qui est au-delà du contrôle et du renouvellement. Celle qui est la véritable cible des Gilets jaunes dans sa dimension hors-sol, privilégiée, protégée, inefficace... comme une oligarchie française qui décide du bien commun quand elle ne le sacrifie pas comme notre industrie, avec la complicité docile ou consanguine d'une partie de la classe politique.

Quand le présent est devenu insupportable, le futur, sans perspective.

La France est redevenue un pays « d'inégalités rigides », comme le dit Jean-Claude Milner. Il faut revenir à la formule de Sieyès sur le Tiers-État :

« Il veut être quelques chose. »

Une crise s'annonce quand tous les avantages, tous les privilèges ont été distribués à des minorités. La fiscalité est contestée, les poches sont vides... le présent est devenu insupportable et le futur est sans perspective. La confiance est rompue. Le mal est très profond et il plonge tout l'espace politique classique dans une situation de déclassement collectif. Exit le lien avec l'Élysée, le gouvernement, l'Assemblée nationale, le Sénat, avec les gouvernements locaux... leurs majorités et leurs oppositions. Le mouvement des Gilets jaunes a fait sécession comme, avant lui, les non-inscrits sur les listes électorales et celle et ceux qui s'abstiennent ou votent blanc ou nul. Plus de la moitié du corps électoral de notre pays ! La nouveauté c'est le surgissement dans le réel, dans le visible médiatique et politique des invisibles et des muets.

Un risque institutionnel

Face à ce précipité de colères qui, dans son composite, exprime les nombreux ras-le-bol qui fracturent notre pays, Emmanuel Macron court un risque politique à rencontrer les Gilets jaunes, oui, mais beaucoup moins dangereux que celui qu'il prend en refusant. Le risque deviendrait institutionnel.

Emmanuel Macron peut, et doit, saisir les mains qui se tendent vers lui non pour supplier une aide, une subvention... ni pour le frapper ou le démissionner - pas encore - mais pour être serrées, respectées et aimées.

Les voix, polyphoniques, de la France que l'on dit moyenne, périphérique, "rurbaine", rurale, déclassée... se font entendre et elles sont en train de se structurer pour durer et obtenir.

Une démocratie live

Horizontales, ces voix vont peu à peu se verticaliser comme, avant elles, celles des Indignés espagnols, celles italiennes des 5 Étoiles, ou des Occupy américains... c'est une démocratie live qui se crée. On y filme les rencontres, les travaux, les négociations, on les diffuse en live, pour les partager et obliger, pister les actes des interlocuteurs, faire la lumière sur les espaces de décision et aussi les contradictions du Peuple. Ces mouvements ne sont pas contre la démocratie représentative, mais ils mettent la pression dans ses intervalles, entre les élections.

La France est inflammable. Le soutien au mouvement est puissant, enraciné, viral. Partout, sur le terrain et dans la nouvelle rue digitale.

Très au-delà de l'écologie et du développement durable, il s'agit de présent et d'avenir à sauver dans le concret pour solder un passé de dérives et de dénis. Ce qu'Emmanuel Macron avait promis. Lui seul a la réponse à cette vague citoyenne inédite et puissante. Entre espérances et désenchantements, renaître ou disparaître.

___

Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Président de j c g a
Enseignant à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Jean-Christophe Gallien

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