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Et si l'Iran abandonnait le Hezbollah pour relancer la négociation avec l'Occident ?

Sébastien Boussois

Publié le 27 septembre 2024 à 07:05 - Mis à jour le 27 septembre 2024 à 07:19

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OPINION. En dépit de son influence sur des groupes armés dans la région, l'Iran semble adopter une approche prudente face à l'escalade des tensions depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (*)

On se souvient que Téhéran n'avait pas été consulté par le Hamas avant le déclenchement de l'opération terroriste du 7 octobre 2023 contre Israël. De toute évidence, le régime iranien semble un peu dépassé aussi par l'embrasement du Sud-Liban et la « résistance » du Hezbollah face à la guerre acharnée de Netanyahou pour venir à bout de l'organisation islamiste. Deux des multiples « proxy » iraniennes dans la région semblent en difficulté à un moment où le régime iranien pourrait faire plutôt le choix du dialogue que celui de la guerre. En plein entre deux Présidentiel aux Etats-Unis, dont une victoire de Donald Trump signerait le glas de tout espoir pour Ali Khamenei de temporiser et réintégrer le concert des nations.

Pour pas mal d'experts du moment, les Iraniens plutôt « modérés » pousseraient à reprendre les discussions autour du nucléaire alors que les bombes israéliennes pleuvent toujours sur le Sud-Liban tout comme les roquettes du Hezbollah vers le nord d'Israël. Le régime iranien reste tenu par les « durs », mais force est de constater que depuis le 7 octobre 2023, il y a eu beaucoup de retenue de la part de Téhéran, malgré les coups et les humiliations reçues. Cela pourrait signifier, au-delà des relations un peu améliorées avec l'Arabie Saoudite, que le régime iranien voudrait s'assurer de meilleures conditions économiques - ce qui n'exclut pas le maintien de l'objectif à plus ou moins long terme de disposer de l'assurance de l'arme nucléaire.

L'Iran est un vieil empire stratège et sophistiqué. Les « Khomeinistes » ont hérité de cela même dans la révolution et la théocratie mafieuse. On ne peut nier à Téhéran de penser géostratégie et maintien du rôle de puissance régionale : cette fameuse "puissance d'équilibre" nécessaire et indispensable comme le disait, justement, Jacques Chirac, à propos de Téhéran. Elle est aux yeux des Occidentaux, une puissance de nuisance tant qu'elle se sent dénier par les Occidentaux le rôle qu'elle estime être le sien, c'est à dire une puissance fondamentale si elle normalise ses relations. A l'époque de Chirac, l'Union Européenne avait un "dialogue critique" avec l'Iran qu'elle abandonna malheureusement sur pression de l'administration Bush fils : une soumission de plus, une erreur de plus, une faute de plus.

Nul doute que le but stratégique de l'Iran, c'est l'arme nucléaire. Tout le monde sait que c'est l'assurance-vie, pas que des régimes, mais des États aussi. C'est encore plus vrai alors qu'après les guerres américaines, la guerre et les chantages poutiniens sous parapluie nucléaire rendent encore plus indispensable d'avoir la bombe. De toute évidence, l'Arabie Saoudite va sûrement s'y employer aussi. En Iran, pays très nationaliste, le programme nucléaire civil et militaire fait consensus.

L'ancien premier ministre Moussavi, leader de la "vague verte" de protestations, est le père du programme nucléaire iranien : opposition et mollahs se rejoignent sur l'intangibilité de l'intérêt national. Mais le régime sait que la situation économique doit être redressée et qu'il ne pourra pas éternellement contrôler une société de presque 90 millions d'habitants, aussi jeunes, c'est-à-dire une population née à plus de 80% après la mort de Khomeini. C'est pour cela qu'Ali Khamenei a autorisé le nouveau président Pezechkian à renégocier avec les Occidentaux, ce qui se passe actuellement à l'Assemblée Générale des Nations Unies à New York.

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Entre ambitions nucléaires et crise économique

S'agissant de la bombe, c'est un vaste débat qui peut virer au culturalisme, mais qui le rend d'autant plus compréhensible. La dissuasion nucléaire a changé, et il faut désormais considérer le nucléaire religieux au regard des autres « bombes » sur la planète : la bombe chrétienne extrémiste chez les évangéliques américains, la bombe islamiste chez les sunnites pakistanais, la bombe messianique sioniste chez les juifs ultra-orthodoxes. Donc, pour maintenir les fondamentaux de la MAD (« Destruction Mutuelle Assurée » théorisés par Mc Namara et le général Lucien Poirier, il serait normal pour certains que le monde iranien veuille une bombe chiite. Cela peut paraître encore plus vrai aujourd'hui qu'Israël est aux mains d'un courant ultra-droitiste apocalyptique et que les USA le sont de plus en plus eux aussi. André Malraux avait raison, mais trop tôt : c'est bien le XXIe siècle qui est devenu ultra-religieux, pas le XXe.

Tout cela tiendrait en Iran si l'on était certain du poids réel des fameux « modérés ». L'inconnue en Iran, ce sont les mafias des Pasdarans et des Bassidji, qui semblent avoir érodé sinon oblitéré le pouvoir absolu (de façade désormais ?) du Guide Suprême. Les mafias d'État ont intérêt aux sanctions internationales, car les trafics pour les contourner renforcent leur contrôle des richesses et du peuple. Un pays sous sanctions est un pays sous la coupe des autorités qui se retrouvent avec le monopole des échanges et des flux financiers. Pendant les dix ans de sanctions américaines en Irak, qui ont tué par famine et manque de soins plus de 500 000 enfants, la famille de Saddam Hussein s'était fait construire 54 palais de plus qu'ils n'en avaient déjà à leur disposition avant...

Alors est-ce que le gouvernent iranien qui veut négocier détient le pouvoir ? Au fond, l'intérêt fondamental de l'Iran, c'est de négocier avec les Occidentaux une embellie économique et de parvenir à l'assurance nucléaire tout en jouant un rôle clé de puissance régionale nocive ou contributive selon le comportement qu'on aura avec elle. Voilà pourquoi Téhéran soutient sans soutenir le Hezbollah, et n'a jamais poussé à la généralisation du conflit tant redoutée depuis des mois, et pour laquelle Benjamin Netanyahou lui ne ménage pas sa peine.

______

(*) Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).

Sébastien Boussois

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