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L’Arabie saoudite revient-elle dans la cour des grands ?

Photo de Michel Santi

Michel Santi

Publié le 12 décembre 2016 à 08:00 - Mis à jour le 30 janvier 2017 à 11:54

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Mohammed bin Salman al-Saud confirme donc sa stature d'homme fort du Royaume, connu, controversé mais apprécié des cercles diplomatiques. Par Michel Santi, économiste*.

L'OPEP est donc finalement parvenue la semaine dernière à un accord consistant à baisser sa production d'un peu plus d'un million de baril/jour. Cette première décision concrète du cartel depuis 2008 n'a pourtant pu être prise que grâce à l'activisme -pour une fois subtil et innovant- de l'Arabie Saoudite. Lasse de jouer éternellement le rôle de fusible («swing producer») qui réduit ou qui augmente sa production afin de peser à la hausse ou à la baisse sur les prix, le premier producteur mondial de pétrole a mené une campagne diplomatique intense combinée à des méthodes peu orthodoxes.

En effet, non contente d'influer sur les décisions des treize autres membres de l'OPEP, l'Arabie Saoudite a parallèlement négocié étroitement avec un autre producteur majeur de pétrole n'appartenant pas au cartel, à savoir la Russie. Ainsi, en dépit de leurs divergences fondamentales à propos de la Syrie, le très dynamique prince saoudien Mohammed bin Salman al-Saud a rencontré plusieurs fois le Président russe Vladimir Putin, à la tête d'un pays produisant presque autant de pétrole que le Royaume Wahabite, afin de se coordonner sur les réductions de leurs productions respectives. Les bons offices de Putin -et sa bonne volonté- ne devaient néanmoins pas s'arrêter là puisqu'il intervint personnellement auprès de l'ennemi juré de l'Arabie Saoudite -l'Iran- pour persuader son Président Rouhani de se joindre au mouvement général de baisse de la production pétrolière. Sinistré par des années de sanctions économiques, l'Iran a finalement accepté de geler sa production à 3,8 millions de barils/jour après un intense ballet diplomatique orchestré par une Arabie ayant intelligemment fait appel à Putin. Ce dernier put en effet persuader l'Iran car le Royaume a de fait accepté de réaliser les plus importantes réductions qui seront de l'ordre de 500.000 baril/jour.

Sortir d'une traversée d'un désert financier de trois ans

Pour autant, ce succès incontestable est également redevable à une manière de procéder assez révolutionnaire de l'Arabie Saoudite qui a -fait rarissime- convoqué pour les consulter des traders en pétrole à Vienne. La première société indépendante de trading pétrolier -Vitol- et un des plus puissants hedge funds actifs dans le domaine -Andurand Capital fund- furent ainsi conviés par la délégation saoudienne qui, à l'occasion des pourparlers avec les autres membres de l'OPEP, fit usage des moyens de communication modernes afin d'optimiser ces discussions. Le prince Mohammed bin Salman al-Saud imposa un service de messagerie dédié pour smartphones permettant à chaque membre de s'exprimer afin de parvenir à un accord acceptable de tous, augure au redressement souhaité des prix pétroliers.

Mohammed bin Salman al-Saud confirme donc sa stature d'homme fort du Royaume, connu, controversé mais apprécié des cercles diplomatiques, et permettra peut-être à son pays de sortir d'une traversée d'un désert financier qui dure depuis près de trois ans. L'Arabie Saoudite est, comme on le sait, très affectée par l'effondrement des prix du brut l'ayant contraint à réduire drastiquement ses dépenses publiques, à augmenter ses taxes, à sabrer dans des allocations lui ayant traditionnellement permis d'acheter la paix sociale, et même à subir l'affront d'émettre des emprunts sur les marchés obligataires publics.

Mohammed bin Salman al-Saud joue gros -et même son propre avenir- puisqu'il espère ainsi doubler le prince héritier légitime et Ministre de l'Intérieur du Royaume, Muhammad bin Nayef. Ses chances de bouleverser l'ordre de succession au trône saoudien sont désormais dépendantes des prix du pétrole, sachant que son pays a besoin d'un baril dépassant 55 dollars pour équilibrer son budget.

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*Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est conseiller en investissements sur le marché de l'art et Directeur Général d'Art Trading & Finance. Il est également l'auteur de "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence".

Dernière parution chez « Lignes de repères » : « Plus de Capital au XXIe siècle », préfacé par Philippe Bilger.

Sa page Facebook et Twitter.

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