L'or n'a pas sa place à Aix-en-Provence
Didier Julienne

Lingots d'or stockés dans les coffres de la Banque centrale de Suisse.
Reuters
Didier Julienne

Lingots d'or stockés dans les coffres de la Banque centrale de Suisse.
Reuters
L'or n'a pas de place, ou très peu, aux 19e Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence, et c'est bien normal. Le métal jaune a été une monnaie sous de nombreux anciens régimes, il est de nos jours une boussole dépolarisée. Il ne rapporte aucun intérêt, son prix est incontrôlable, son usage dual entre finance et industries est incompréhensible ; une relique barbare éloignée du thème des Rencontres de cette année : « renouer avec la confiance ».
Pourtant, dans le même monde que celui des Rencontres, des épargnants placent leurs capitaux à long terme sur l'or, car ils sont en défiance de l'accroissement du volume des liquidités à l'origine d'une l'inflation hors de contrôle du prix d'autres actifs financiers ; le métal jaune est aussi dopé par les achats des banques centrales qui l'accumulent dans leurs réserves ; l'or est également un abri face à des spectacles détonants : guerre commerciale entre les États-Unis et le reste du monde, incertitudes sociales, peur d'un crack, Brexit, crise identitaire, croissance africaine, nouvel ordre mondial moins solidaire et plus solitaire en Occident et plus organisé et groupé en Orient... ; l'or est également un miroir des cryptomonnaies qui devront donner des garanties non virtuelles ; il bénéficie enfin d'un taux de l'argent contre nature, négatif il mesure un désintérêt, mais il construit une courbe de taux d'intérêt réels très profitables aux prix de l'or. Bref, dans cette économie sans confiance, tout un monde achète, thésaurise ou vend de l'or et en toute confiance pour au moins trois raisons :
En conséquence de quoi, les prix de l'or se sont haussés aux niveaux annoncés dans notre avertissement de septembre dernier. C'est pourquoi, après avoir labouré ces sillons, le moment est probablement venu de contempler d'autres opportunités, dans les mines d'or. Chacun sait qu'elles conglobent depuis quelques mois, la hausse du prix du métal donne une cohérence au mouvement. L'autre aiguillon de ces fusions reste le soutien au prix des actions minières qu'apporte le renouvellement des ressources : il est difficile pour les mineurs de les accroître sans la découverte de nouveaux gisements, mais il est devenu plus qu'embarrassant de justifier leur exploitation en déplaçant des communautés. C'est pourquoi les mineurs agrandissent leurs réserves en fusionnant entre eux, ou en achetant des juniors ayant déjà traversé avec succès des différentes vallées de la mort de l'exploration minière.
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Ce qui est valable pour les mines d'or l'est également pour d'autres métaux, et les rencontres d'Aix-en-Provence pourraient renouer avec la confiance en participant à l'élaboration d'une doctrine minière dans le but de relancer l'amont de la grande industrie ; mais en évitant le célèbre canular des métaux rares, expression vide de sens et dont les métaux sont si rares que leurs gisements et leurs mines sont introuvables.
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(1) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux.
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