La démondialisation : mythes et réalités

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui : la démondialisation, mythes et réalités

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Derrière l'idée de la démondialisation, il y a d'abord un constat... celui de la cassure de croissance du commerce mondial. Et du coup d'arrêt de la montée des importations dans le PIB. Mais pas seulement. Il y a aussi le plafonnement des flux d'investissement au plan mondial, ou des prêts internationaux. Quelque-chose s'est clairement enrayé dans le mouvement d'intégration des marchés. Et si les expressions de « démondialisation », de raccourcissement des chaînes de valeur ont émergé si rapidement, c'est que la crise de 2008 est passée par là.

Avec elle la prise de conscience que les déséquilibres commerciaux colossaux de certaines régions du monde nécessitaient de restaurer la base industrielle domestique. Et dans le cas des États-Unis, notamment, cela signifiait de stopper l'hémorragie de la sous-traitance (en amont) ou de l'assemblage dans les pays émergents, qui sape l'emploi et génère des déséquilibres commerciaux, même dans des secteurs où les États-Unis sont technologiquement leader.

A l'instar d'Apple, dont l'assemblage des produits hors frontière, induit des réimportations. Le discours critique sur les effets nocifs pour le territoire d'une trop grande dilution des chaînes de valeur s'est étendu bien au-delà des cercles altermondialistes après 2008. Avec la reconnaissance de l'impact négatif de la délocalisation débridée du capital sur les inégalités, sur l'emploi des moins qualifiés ou, à l'instar de Suzanne Berger, sur le processus d'innovation.

Et face à l'offensive américaine, il y a l'objectif affiché de la Chine

  • 1/ de monter en gamme, s'émancipant du statut de pays atelier et...
  • 2/ de s'autonomiser et de produire sur son propre territoire les intrants qui entrent dans ses propres chaines de valeur.

Démondialisation ou stabilisation de la mondialisation ?

Le ralentissement des échanges de marchandises fait écho à tout cela, et semble matérialiser aussi les premiers effets du tournant protectionniste des États-Unis. Peut-on pour autant parler de démondialisation ?

Sébastien Jean, directeur du CEPII a récemment pointé le fait que ces inflexions marquent à ce stade une stabilisation plus qu'une régression de la mondialisation. Il est vrai qu'ils corrigent une parenthèse de dérives financières non soutenables. Derrière le ralentissement des flux financiers et de marchandises, il y a un puissant mouvement de désendettement des agents privés, notamment américains, et un délestage des bilans bancaires (favorisé d'ailleurs par les politiques de rachat d'actifs des banques centrales).

Les économistes qui étudient de façon plus pointue le phénomène, constatent aussi que le recul relatif des biens intermédiaires dans le commerce mondial, qui pourrait attester d'un moindre recours à la sous-traitance étrangère, serait d'abord le fait de la baisse du prix relatif des biens semi-transformés. C'est la conclusion notamment d'une récente étude du CEPII. En volume, une fois éliminé cet effet prix, il s'avère que le poids des intrants reste stable, comme l'atteste le cas européen par exemple. Les pays continuent donc de massivement incorporer des intrants produits ailleurs. Ce qui est vrai en revanche, c'est que nous ne sommes plus sur les dynamiques observées avant crise. Si les importations ne progressent plus par rapport à la production, et qu'au sein des importations la part des produits intermédiaires est stable, cela signifie que le poids des produits intermédiaires importés, rapporté à la production, s'est lui-même stabilisé... Autrement dit que le processus, s'est stabilisé, par rapport aux dynamiques antérieures.

Et dans beaucoup d'autres domaines, les effets prix renforcent notre perception de démondialisation. A l'instar des fusions acquisitions transnationales. En valeur nominale, on peut avoir le sentiment que les rachats d'entreprises font un grand yoyo, mais ne progressent plus en tendance. Mais derrière ces oscillations en valeur, il y a les cours boursiers. Et lorsque l'on regarde le nombre de fusions acquisitions, là encore, ne se dessine pas un recul véritable des activités d'achat d'entreprises entre pays du monde... encore moins du côté des pays émergents.

De surcroît, la mondialisation se déplace. Avec le digital, la data est devenue le nouveau terrain où s'opère l'intégration du monde. Comment parler de « démondialisation », quand l'ensemble des données que nous produisons à tout point du globe deviennent la ressource première de géants planétaires. Sur cet espace, de nouveaux blocs, de nouvelles rivalités émergent. Mais jamais, la fiction du village monde n'a été aussi réelle.

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Commentaires
a écrit le 29/09/2019 à 10:03 :
La mondialisation va de pair avec "une politique de l'offre" mais "le consommateur" ne suit plus!
a écrit le 26/09/2019 à 17:28 :
Il me semble, mais je ne suis qu'un petit péquin, qu'il serait souhaitable de renforcer l'Europe sur d'autres bases et de réorienter la mondialisation au sens de Maurice Allais notre prix Nobel d'économie (sa lettre aux Français) vers " Un protectionnisme raisonné et raisonnable"..Il y a t-il des politiques dans la salle?
a écrit le 26/09/2019 à 10:44 :
Il ne fait pas de doute, que nous allons assisté a une mise a distance de ce que l'on appel l'économie mondialisée, car au vue de la globalité de l'économie, il n'est pas d'être clerc de notaire pour comprendre en fonction de ce qui se passe que ce monde mondialisé sera et est dominé par des groupes multinationaux.

Dans un premier temps, le fait que d'un point de vue philosophique la logique technologique du tiers, plus celui d'une compétition qui en fait n'existe pas, et surtout l'arrivée d'algorithmie et d'ordinateurs cantiques qui vont sans doute aliéner encore plus ceux qui seront coincé dans la machine.

Force est de constater que les politiques sont a présent spectateur, ou plutôt sont dans des intérêts convergents avec ces groupes pour que plus loin que le consumérisme, mais l'idéologie qui va en découler.

Une palme a mon avis pour la France qui a une structure d'élite scolastique qui rend inévitable l'aliénation de la population.

Nous vivons actuellement cette réalité, car dans la R&D et l'évolution de transformation sur le climat n'est absolument pas "en marche", car une innovation ou transformation ne peut se faire qu'avec une philosophie partagée.

La globalisation ou mondialisation n'a aucunement objectif humain, mais économique.
Compte tenus du fait que cette globalisation ne garantie rien, mais qu'elle aspire les capitaux et spécule, de fait va s'installer des liens dans le monde ou la vocation sera de zapper des mécaniques qui ne sont pas encore visibles actuellement par la plupart, mais qui va apparaître de fait.

La décorrélation entre les intérêts de ceux qui espère se mettre dans l'avion (multinationales) et les "autres", sera de plus en plus visible.

Comme pour les jeunes d'aujourd'hui dont l'analyse des votes indiquent que tôt ou tard le constat prendra place a la stupéfaction.

Le jeu de l'économie ne peut fonctionner non par l'innovation, mais le partage d'information et de savoir faire, pour ceux qui ne disposent de capitaux et les jeunes qui arrivent et n'en disposant pas, qui si pouvaient se faire leurrer depuis 30 ans, disons que de facto la réalité des intérêts de chacun ne fait plus doute.

Alors comme 40% des américains qui vivent de manière alternative, nul doute qu'un tas de solutions pourrons se faire indépendamment des multinationales, car leurs algorithmes seront capables d'analyser les moindres opportunités possibilités ou réalisation en temps réel.

J'ai déjà l'occasion de tester la chose pour comprendre que l'on ne lutte pas contre une machine avec des moyens colossaux .

Pour éviter la chose, le changement de paradigme par le savoir va permettre a une grosse partie des échanges de se dérouler hors système, le troque ou les transferts de savoir faire.

Puisque l'économie de marché est une constante dans l'investissement bancaire des banques centrales pour tenter de masquer l'aspiration des capitaux se rendant maîtres du jeu, permet de comprendre que le paradigme capitaliste ne pourra se faire que par la construction d'un régime qui s'assimilera a une dictature, car obtenir le consentement ne fonctionnera plus du fait que l'économie fonctionnera a terme dans une vision ou le travail sera possible pour 30% des gens.

Je ne crois pas un instant que cela soit sur le climat, sur les questions économiques ou politiques que la logique actuelle va changer, mais l’adhésion des citoyens sans aucun doute !!!!!!

L'endogamie, "le laissez faire " et l'omnipotence de la finance, hormis le fait de construire un endettement personnel insurmontable (c'est le cas pour ceux qui ont étudié aux us) la aussi passera par le fait de supposer qu'il y ai un accès a terme, ce qui dans un système endogame n'est pas plausible.

Cela se constate car l'avantage de l'image et la com, est d'avoir a pouvoir faire des constats et des liens, qui peu ou prout amènera donc a une circulation des idées, des concepts et de l'innovation en peer to peer (individu par individu).

Le modèle du tiers dans l'informatique montre bien qu'il n'y a et aura que peu de revenus pour les producteurs de sens, de contenus, du coup je ne vois pas comment a terme lorsque l'habitude de n'avoir un retour économique, va forcément permettre a celui qui crée de faire les choses en dehors d'une attente de revenus.

De ce fait, puisqu'il n'y aura plus de retour éco car les oligopoles ayant aspiré tout ou partie, nommant et choisissant les "winners" en fonction des paramétrés qui ne font plus doute aujourd'hui, amènera donc un développement autrement différent.

Ce qui est mon cas pour la musique, me permet de comprendre a présent que l'intérêt de faire est toujours la, l'intérêt de la diffusion ne l'est plus, ou par garantie a qui peut rapporter la plus value de conception.

Ce qui pour le climat, fera sans doute des échanges de bons procédés, et ayant eu a faire deux développements techno, je sais que beaucoup de choses sont possibles et vont arrivée dans les 20 a venir.

être ou avoir, culture ou marketing, sens ou consumérisme.

Bref a la mondialisation de multinationales triomphantes, nous sommes donc en haut de la falaise, ou nous pourrons constater a terme de quoi il en ressort.
Réponse de le 26/09/2019 à 17:49 :
@ Gonzague

Des ordinateurs cantiques...pour faire du chant grégorien ?
a écrit le 26/09/2019 à 9:18 :
Les mégas riches, enfants gâtés et immatures subventionnés massivement par leurs politiciens mis en place pour ça, ont fait l'erreur de tout vouloir, tout bouffer d'un seul coup alors qu'il fallait choisir entre le dumping social ou le dumping fiscal ils nous ont imposé les deux générant ainsi une baisse de notre pouvoir d'achat détruisant la croissance tout en voyant les comptes de leurs paradis fiscaux exploser détruisant l'investissement, à force de nier la réalité parce que l'on pense pouvoir tout acheter, on fini par se vautrer.

Plus on possède et plus on est possédé.
Réponse de le 26/09/2019 à 10:46 :
Pour aller dans ton sens, je ne doute pas de ce qu'il en ressortira !!! l'émancipation sera la clef !
Réponse de le 26/09/2019 à 11:21 :
Oui mais nous autres productifs ne savons pas ce que c'est que l'émancipation, nous sommes paramétrés à obéir au chef, à celui qui normalement sait, à celui qui sait guider, nous commençons à peine à comprendre qu'il n'y a pluas de guide, plus personne à la bard, que le bateau dérive... la fin du monde sera actée bien avant notre émancipation, il nous faut du temps, beaucoup de temps pour apprendre à penser par nous-mêmes.

Sinon j'aurais été l'oligarchie ne j'aurais imposé que le dumping fiscal, je ne me serais jamais risqué au dumping social surtout après avoir conditionné les gens à consommer à croire que le bonheur est de posséder, c'était suicidaire... Et cela serait passé comme une lettre à la poste !

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