La détestation des riches, une « nouvelle » ancienne mode dangereuse

OPINION. La critique des riches est redevenu un leitmotiv commode au nom des moins favorisés. Mais elle ne s'interroge jamais sur la question de l'origine de la richesse, qui est souvent le signe d'un dynamisme de l'économie qui profite à tous. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC.

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Marc Guyot et Radu Vranceanu.
Marc Guyot et Radu Vranceanu. (Crédits : DR)

Le mépris des riches est une composante stable de la rhétorique planiste et collectiviste qui place l'égalité comme une valeur suprême autant qu'une priorité impérieuse. Dans les anciens pays communistes de l'Europe de l'Est, les salaires de toutes les professions étaient décidés par l'Etat, de telle sorte qu'un chirurgien ou un professeur d'université ne gagnent pas plus que deux fois le salaire d'un travailleur à la chaine, acclamé comme « productif ». La police politique et la justice du régime veillaient à ce que personne ne vive au-dessus des seuils autorisés par le Parti. Les régimes communistes de Cuba et de Corée du Nord prônent toujours ce même égalitarisme.

"Gilets rouges"

Cet égalitarisme a retrouvé un regain de forme comme l'illustrent les propos de divers intellectuels occidentaux prônant une distribution beaucoup plus égalitaire des revenus. La France est donnée comme exemple de vertu car c'est le pays où la redistribution fiscale gomme le plus d'inégalités de salaire. Pourtant, la quasi totalité des politiciens de gauche ne cessent de réclamer une redistribution encore plus forte. Emmanuel Macron est présenté comme le « président des riches » pour avoir limité l'ISF au seul patrimoine immobilier. Si la révolte des gilets jaunes de la première vague a été provoquée par un ras-le bol fiscal, la seconde vague a muté en « gilets rouges » réclamant plus d'impôts pour les riches.

Dans ces positions, la question de l'origine de la richesse n'est pas traitée. La richesse est posée comme existante, puis anormale enfin agressive et injuste au regard des moins favorisés. L'absence de réflexion sur l'origine des différences de salaires empêche la réflexion libre sur son rôle dans le bien-être collectif et transforme le débat en échange émotionnel sur l'égoïsme et l'injustice plaçant les riches du côté obscure. Prenons le cas de deux frères jumeaux, ayant reçu la même éducation familiale et les mêmes conditions d'accès au monde du travail. Ce que chacun deviendra socialement va dépendre de leurs choix d'études et de carrière, ainsi que de divers éléments aléatoires. Supposons que l'un devienne un sportif de haut niveau et l'autre un cadre d'entreprise gagnant dix fois moins. Il est évident que cette situation d'écart de revenu, fut-il élevé, entre personnes riches et très riches ne nécessite pas d'intervention correctrice de l'Etat autre que des impôts relativement plus élevés pour le plus aisé. En revanche, niveler les gains semble injuste dans la mesure où les différences ici proviennent de choix personnels et de talents plus ou moins utilisés.

Couverture sociale minimale

Beaucoup de gens naissent dans des milieux et des contextes défavorables rendant plus difficile la mise en valeur de leurs talents et de leurs efforts, comparée à des personnes naissant dans des milieux et contextes plus favorables. Ensuite, au cours de la vie, divers types d'accidents économiques, familiaux, de santé, peuvent fortement perturber l'exploitation de ses talents par une personne. L'exploitation réussie de ses talents ne peut donc pas être la seule clef de répartition des richesses. C'est pourquoi dans tous les pays développés et particulièrement en France existent une couverture sociale minimale pour tous et divers dispositifs sociaux de couverture contre les risques majeurs. De même, les plus riches participent davantage que les moins riches au financement de ces dispositifs.

Un autre élément manquant du pseudo débat sur la dangerosité présumée de l'inégalité des revenus est l'impact sur le bien-être social de la recherche réussie de richesses par les individus. De ce point de vue, la richesse personnelle signale une contribution réelle à l'économie et contribue à sa dynamique de croissance. Nous n'évoquons pas ici le principe de « ruissellement », mais le fait que celui qui s'enrichit ne peut le faire qu'en contribuant au développement de l'économie. De la même façon que le profit est à la fois la manifestation de la bonne gestion d'une entreprise et sa récompense, une rémunération élevée est, de même, la manifestation d'une exploitation réussie de ses talents par un individu et sa récompense. L'un et l'autre, profit et rémunération, sont les sources des avancées économiques de la société et leur récompense. Dès lors, amenuiser les possibilités de rémunérations élevées met en danger la capacité même de la société à progresser économiquement et à assurer un rythme suffisant de création de richesses et d'emplois. La richesse de l'entrepreneur, qu'il soit à son compte ou à l'intérieur d'une organisation, se justifie pleinement car, la mise en place réussie de ses innovations de produit ou de process, permet de mieux répondre à une demande et fait bénéficier toute la société de produits et de services meilleurs.

Stigmatisation puérile

Le Débat National gagnerait à cesser d'être pollué par la stigmatisation puérile des riches, pour se poser la bonne question des moyens avec lesquels les moins favorisés puissent avoir plus de chances de réussite professionnelle. Une école gratuite, performante, au service des élèves, constitue le fondement de ce succès social. La possibilité de lancer son activité, que ce soit une petite activité de service ou une startup, avec une fiscalité allégée et des possibilités de financements plus efficaces représente l'autre fondement. Sur ces deux points, le chef de l'Etat va plutôt dans la bonne direction et doit rester ferme, car cela semble aller contre une bonne partie de sa majorité.

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Commentaires 38
à écrit le 12/03/2019 à 19:52
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Pour moi ce n’est pas une détestation mais un «  ral bol » car ces «  gens » ne veulent pas «  évoluer » ne veulent pas progresser et «  reste accroché à leurs privilèges «  qu’ils font voter en amont «  par leurs potes bien placés «  En faisant ça ...

à écrit le 12/03/2019 à 14:07
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Il est aisé de laisser entendre qu'il existerait une "détestation des riches" portée par le plus grand nombre composé de ratés et d'envieux. Ce qui est contesté c'est l’accaparement de richesses par une minorité qui ne doit rien à son talent, ses cap...

à écrit le 12/03/2019 à 13:23
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Sacré libéraux, vous avez encore tellement besoin du communisme pour justifier votre idéal, vos discours sur la liberté et vos nombreux arrangements avec la réalité. Vous n'êtes pas au courant, que ce courant de pensée est quasi disparu? Vous le main...

à écrit le 12/03/2019 à 7:58
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Oui, le communisme influence toujours en France c'est une évidence.Il est bien évident que les riches qui consomment dans un pays versent beaucoup plus de TVA que les moins riches et paient un impôt sur le revenu plus important également. Le communis...

à écrit le 11/03/2019 à 20:12
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La richesse est principalement héritée. Elle n'a rien généralement rien à voir avec le mérite. Pourquoi ne pas l'écrire? Un célibataire qui a étudié et travaille dur et qui gagne 3000€ par mois est aussi fiscalisé qu'un rentier qui encaisse des d...

le 12/03/2019 à 11:56
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La richesse héritée est passée sous les fourches du fisc, et quand elle n'est qu'un héritage sans travail, elle est dillapidée en 2 générations.

le 12/03/2019 à 12:06
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Non seulement il oublie de manière bien commode tous ces éléments, mais il ne cite absolument aucune source pour appuyer ses affirmations péremptoires. Bref, aucun intérêt.

le 12/03/2019 à 17:25
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La vérité dérange?

à écrit le 11/03/2019 à 19:20
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Il y a un grand impensé dans votre plaidoyer. Celui du pouvoir. La richesse en effet, est synonyme de pouvoir, et parfois de très grand pouvoir. Ce pouvoir est-il légitime ? Est-il excessif ? Est-il compatible avec l'idée de démocratie ? Un homme, u...

à écrit le 11/03/2019 à 19:01
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La stigmatisation des riches est au coeur de tous les populismes avec pour corollaire le rejet des élites. Ce qui domine c'est l'idée d'une prédestination sociale qui répartit immuablement la société entre un haut dominant et un bas dominé: le peup...

le 11/03/2019 à 20:19
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L'analyse des données nous indique plutôt que le renouvellement des élites est un mythe. Les richesses passent de générations en générations et il n'y a pas de mobilité sociale. Votre famille de naissance conditionne votre vie. Il n'y a que...

à écrit le 11/03/2019 à 18:49
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A vrai dire le problème n'est pas tant que les riches soient riches, après tout c'est souvent le fruit de leur travail, bien que le plus souvent on naît riche plus souvent qu'on ne le devient par son mérite ! Laissons donc leur argent aux riches e...

le 12/03/2019 à 2:02
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Dans les entreprises françaises, environ 60 % de la VA est distribué en charges sociales plus salaires.

à écrit le 11/03/2019 à 18:13
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Bien sur que si La fortune de quelques uns pose problème Et pas qu'un peu Comment peut aujourd'hui encore soutenir le contraire ??? Qu'est ce qu'il vous faut pour ouvrir les yeux ??? Regardez l'évolution du monde ces dernières décennie bon sang ...

à écrit le 11/03/2019 à 18:00
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A chacun selon son mérite. C'est en tout cas ce qui devrait servir de mesure aux revenus des personnes. On entend souvent certains représentants de professions nécessitant de longues études mettre en avant cet argument, comme les médecins ou les av...

à écrit le 11/03/2019 à 16:59
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Nietzsche dans humain trop humain conseille ouvertement aux riches, qui normalement de part leur conditions favorables sont mieux élevés et éduqués que les autres, normalement donc mais on est au 19ème siècle, la situation s'étant de nos jours retour...

le 11/03/2019 à 17:44
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"une jalousie logique", le "pauvre" Friedrich se retourne ans sa tombe, lui qui méprisait cordialement les deux. Ce qui ne l'empêchait pas d'être assez riche pour acheter des terres en Amérique du Sud. Rien d'étonnant d'ailleurs car il ne considérai...

le 11/03/2019 à 18:18
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Ce n'est pas le type qui vivaient de subvention et qui prônait que la morale n'est que pour les faibles, les puissants en étant exemptés parce qu'ils sont forts ? Cette philosophie pour oligarques est celle des hommes que le hasard ou la soif de pouv...

le 12/03/2019 à 9:18
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@ multipseudos: ""une jalousie logique", le "pauvre" Friedrich se retourne ans sa tombe, lui qui méprisait cordialement les deux" Mais de quoi tu parles encore !? "Ce n'est pas le type qui vivaient de subvention et qui prônait que la moral...

à écrit le 11/03/2019 à 16:30
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Le vrai problème est peut être que les riches se reproduisent beaucoup moins que les pauvres. C'est d'ailleurs le principal obstacle au "revenu universel", dans la mesure où les enfants de ceux qui en bénéficieraient suivraient naturellement leur exe...

le 11/03/2019 à 17:37
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Oui mais les riches ont besoin des pauvres alors que les pauvres n'ont pas besoin des riches.

le 11/03/2019 à 18:14
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Réponse à Citoyen Blasé : Qui a besoin de pauvres au siècle de l'automatisation et des robots ?

à écrit le 11/03/2019 à 16:06
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Même entre eux : 87 ans, et toujours autant de panache. Gérard Mulliez, fondateur et dirigeant du géant de la grande distribution Auchan entre 1961 et 2006, n’a pas gardé sa langue dans sa poche lors d’un déjeuner à Marcq-en-Baroeul (Nord) ce je...

le 11/03/2019 à 18:05
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Saint Mulliez, priez pour nous …!

à écrit le 11/03/2019 à 15:56
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En tout cas,si dans la bouche de certains la lutte des classes a disparu ,le vote de classe lui perdure.Comme avec LREM composée de la bourgeoisie de droite et de gauche (en particulier l'aile droite du PS ) et des centristes ,en gros ,une bonne part...

le 11/03/2019 à 16:39
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Moins il y a de riches, plus il y a de pauvres.

le 11/03/2019 à 17:59
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Je dirais plutôt plus il y a de riches ,plus il y a de pauvres

à écrit le 11/03/2019 à 14:27
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Je comprends pas ce que ces deux là viennent faire dans vos colonnes. C'est le vide de la pensée, il n'y a rien, c'est creux, on croirait le café du commerce. " De ce point de vue, la richesse personnelle signale une contribution réelle à l'écono...

à écrit le 11/03/2019 à 13:19
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Mais quelle caricature ridicule... Personne (même pas Mélenchon) ne veut limiter les salaires à 2 fois celui de l'ouvrier de base. Ce qui est dénoncé ce sont les plus gros écarts du type de 1 à 50 ou de 1 à 100. Ce qui ne concerne que quelques mi...

à écrit le 11/03/2019 à 12:08
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Messieurs, La stigmatisation des riches aujourd’hui concerne la concentration extrême des richesses créées ainsi que l’hérédité et la reproduction familiale des richesses grâce à l’héritage et à la dotation en capitaux culturels et sociaux. L’ég...

à écrit le 11/03/2019 à 11:16
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les US sont censés être LE pays des riches. apparemment cela ne profite pas vraiment à tous : taux de pauvreté très élevé, très fortes inégalités de revenus/patrimoines, stagnation/baisse des salaires réels sur les dernières décennies, faiblesse de l...

à écrit le 11/03/2019 à 11:09
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Le débat mérite d'être abordé. Merci pour ça. Cependant, plusieurs points. Petite introduction sur des régimes politiques, bien loin du débat, l'egalitarisme en France n'a pas attendu Cuba pour être formulé. Soit. Ensuite vous argumentez sur ...

à écrit le 11/03/2019 à 11:05
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Facile d'être riche et à la portée de tout le monde. Il suffit de travailler et d'économiser : pas de vacances à l'étranger ni à Saint -Tropez, pas de fréquentation des casinos. pas d'abonnement tel, télé, foot etc Relire la fable de la Fontaine le...

à écrit le 11/03/2019 à 11:02
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En Chine, on dit quand les riches s' appauvrissent, les pauvres meurent. (et ils en savent quelque chose depuis Mao) En France, on préfére mourir pauvres que vivre avec des riches.

à écrit le 11/03/2019 à 10:20
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Tout cela est vrai modulo deux bémols : le premier est l'héritage qui peut être contesté au motif que l'héritier n'a rien prouvé ni apporté aucune valeur et le deuxième est qu'il faut s'assurer de la possibilité pour tous de vivre décemment ainsi que...

à écrit le 11/03/2019 à 10:07
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La réaction des riches par le biais de leur porte parole en titre, n'améliore pas leur image de marque dans le mépris!

le 11/03/2019 à 11:40
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Quand les riches quitteront le pays par dégout, le pays s'appauvrira et les moins aisés paieront plus d'impôts.

le 11/03/2019 à 17:55
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Le dégout vient ils des plus pauvres?

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