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La détestation des riches, une « nouvelle » ancienne mode dangereuse

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 11 mars 2019 à 08:15

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OPINION. La critique des riches est redevenu un leitmotiv commode au nom des moins favorisés. Mais elle ne s'interroge jamais sur la question de l'origine de la richesse, qui est souvent le signe d'un dynamisme de l'économie qui profite à tous. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC.

Le mépris des riches est une composante stable de la rhétorique planiste et collectiviste qui place l'égalité comme une valeur suprême autant qu'une priorité impérieuse. Dans les anciens pays communistes de l'Europe de l'Est, les salaires de toutes les professions étaient décidés par l'Etat, de telle sorte qu'un chirurgien ou un professeur d'université ne gagnent pas plus que deux fois le salaire d'un travailleur à la chaine, acclamé comme « productif ». La police politique et la justice du régime veillaient à ce que personne ne vive au-dessus des seuils autorisés par le Parti. Les régimes communistes de Cuba et de Corée du Nord prônent toujours ce même égalitarisme.

"Gilets rouges"

Cet égalitarisme a retrouvé un regain de forme comme l'illustrent les propos de divers intellectuels occidentaux prônant une distribution beaucoup plus égalitaire des revenus. La France est donnée comme exemple de vertu car c'est le pays où la redistribution fiscale gomme le plus d'inégalités de salaire. Pourtant, la quasi totalité des politiciens de gauche ne cessent de réclamer une redistribution encore plus forte. Emmanuel Macron est présenté comme le « président des riches » pour avoir limité l'ISF au seul patrimoine immobilier. Si la révolte des gilets jaunes de la première vague a été provoquée par un ras-le bol fiscal, la seconde vague a muté en « gilets rouges » réclamant plus d'impôts pour les riches.

Dans ces positions, la question de l'origine de la richesse n'est pas traitée. La richesse est posée comme existante, puis anormale enfin agressive et injuste au regard des moins favorisés. L'absence de réflexion sur l'origine des différences de salaires empêche la réflexion libre sur son rôle dans le bien-être collectif et transforme le débat en échange émotionnel sur l'égoïsme et l'injustice plaçant les riches du côté obscure. Prenons le cas de deux frères jumeaux, ayant reçu la même éducation familiale et les mêmes conditions d'accès au monde du travail. Ce que chacun deviendra socialement va dépendre de leurs choix d'études et de carrière, ainsi que de divers éléments aléatoires. Supposons que l'un devienne un sportif de haut niveau et l'autre un cadre d'entreprise gagnant dix fois moins. Il est évident que cette situation d'écart de revenu, fut-il élevé, entre personnes riches et très riches ne nécessite pas d'intervention correctrice de l'Etat autre que des impôts relativement plus élevés pour le plus aisé. En revanche, niveler les gains semble injuste dans la mesure où les différences ici proviennent de choix personnels et de talents plus ou moins utilisés.

Couverture sociale minimale

Beaucoup de gens naissent dans des milieux et des contextes défavorables rendant plus difficile la mise en valeur de leurs talents et de leurs efforts, comparée à des personnes naissant dans des milieux et contextes plus favorables. Ensuite, au cours de la vie, divers types d'accidents économiques, familiaux, de santé, peuvent fortement perturber l'exploitation de ses talents par une personne. L'exploitation réussie de ses talents ne peut donc pas être la seule clef de répartition des richesses. C'est pourquoi dans tous les pays développés et particulièrement en France existent une couverture sociale minimale pour tous et divers dispositifs sociaux de couverture contre les risques majeurs. De même, les plus riches participent davantage que les moins riches au financement de ces dispositifs.

Un autre élément manquant du pseudo débat sur la dangerosité présumée de l'inégalité des revenus est l'impact sur le bien-être social de la recherche réussie de richesses par les individus. De ce point de vue, la richesse personnelle signale une contribution réelle à l'économie et contribue à sa dynamique de croissance. Nous n'évoquons pas ici le principe de « ruissellement », mais le fait que celui qui s'enrichit ne peut le faire qu'en contribuant au développement de l'économie. De la même façon que le profit est à la fois la manifestation de la bonne gestion d'une entreprise et sa récompense, une rémunération élevée est, de même, la manifestation d'une exploitation réussie de ses talents par un individu et sa récompense. L'un et l'autre, profit et rémunération, sont les sources des avancées économiques de la société et leur récompense. Dès lors, amenuiser les possibilités de rémunérations élevées met en danger la capacité même de la société à progresser économiquement et à assurer un rythme suffisant de création de richesses et d'emplois. La richesse de l'entrepreneur, qu'il soit à son compte ou à l'intérieur d'une organisation, se justifie pleinement car, la mise en place réussie de ses innovations de produit ou de process, permet de mieux répondre à une demande et fait bénéficier toute la société de produits et de services meilleurs.

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Stigmatisation puérile

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Le Débat National gagnerait à cesser d'être pollué par la stigmatisation puérile des riches, pour se poser la bonne question des moyens avec lesquels les moins favorisés puissent avoir plus de chances de réussite professionnelle. Une école gratuite, performante, au service des élèves, constitue le fondement de ce succès social. La possibilité de lancer son activité, que ce soit une petite activité de service ou une startup, avec une fiscalité allégée et des possibilités de financements plus efficaces représente l'autre fondement. Sur ces deux points, le chef de l'Etat va plutôt dans la bonne direction et doit rester ferme, car cela semble aller contre une bonne partie de sa majorité.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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