La France championne du monde de la dépense sociale

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la France championne du monde de la dépense sociale

La France, championne du monde de la dépense sociale. Oui, c'est vrai. Il y a au moins trois façons d'établir ce résultat.

  • La première c'est de regarder le poids des transferts sociaux publics, dans le PIB. Par transferts sociaux on entend l'ensemble des prestations en espèce (santé, vieillesse-survie, famille, emploi, logement, pauvreté-exclusion sociale) que touchent les individus, ainsi que les prestations en nature (remboursement de soins, aide au logement etc.). La France est bien en tête en 2017. Elle figure dans le club des pays les plus socialisés au monde aux cotés des économies du Nord de l'Europe et de la Belgique, et elle surplombe assez nettement l'Allemagne.
  • La seconde façon de confirmer ce résultat, c'est de scruter les dépenses publiques par grandes fonctions. Cette approche ajoute les frais de fonctionnement et d'investissement adossés à la protection sociale. En revanche, elle minore les transferts liés à la santé ou à l'éducation qui sont conçus comme des fonctions séparées. Là encore, la France est bien en proue, même si elle est surpassée par la Finlande.
  • On peut enfin se référer à un indicateur plus englobant de protection sociale, qui inclut les systèmes publics mais aussi privés de protection, lorsqu'ils sont obligatoires et régis par l'État. Cet indicateur tient compte aussi des frais de fonctionnement adossés à la protection sociale. Alors que les deux précédents indicateurs se situent au voisinage de 25% du PIB, celui-ci approche 35% dans le cas français. Et là encore, pas de doute, la France est bien le pays du monde qui consacre le plus de ressources à la protection.

Des raisons d'ordre institutionnel

Admettons donc cette position. Les causes sont aisément identifiables. Cela tient d'abord à deux spécificités de notre système de retraite. Pas forcément à sa générosité. Mais plutôt au fait 1/ que l'âge de départ effectif de la retraite est plus précoce qu'ailleurs, ce qui allonge la durée de pris en charge ; 2/ Que ce système est très largement à dominante publique. Cela est dû ensuite, au poids des dépenses de santé, là aussi du fait d'une forte socialisation de la prise en charge. Cela est dû encore au niveau élevé du chômage structurel et à la durée d'indemnisation qui alourdit la facture sociale. Cela est dû enfin au poids plus élevé qu'ailleurs des politiques d'aide au logement. Les raisons sont donc d'abord d'ordre institutionnel. Le système français reste à dominante publique et d'inspiration bismarkienne. Les personnes sont protégées à hauteur de ce qu'elles ont cotisé. La protection ne se contente pas d'assurer un minimum de subsistance pour les plus démunis, et lorsqu'elle est plafonnée, les plafonds sont plus élevés qu'ailleurs.

La France pèse 7% de la dépense sociale mondiale (et pas 15%)

Face à cette évidence il faut tordre le cou cependant à deux idées fausses. La première concerne l'aide sociale, stricto sensu. Ce fameux « pognon dingue » stigmatisé par le président Macron. Si l'on entend par aide sociale, l'ensemble des dispositifs (aide au logement, minimas divers) dédiés aux plus démunis pour leur procurer un revenu décent, là non, la France n'est pas championne du monde. Son système est suffisamment redistributif pour éviter de mobiliser à l'extrême les dispositifs de lutte contre l'exclusion. La seconde idée fausse, c'est ce chiffre qui n'en finit pas de polluer le débat. La France représenterait à elle seule 15% des dépenses sociales du monde, quand son PIB représente plus que 3,2% du PIB monde. Issu d'un calcul de coin de table hâtif, il est repris imprudemment par de multiples commentateurs. A tort. Si l'on se base sur les trois indicateurs établis plus haut, et qui couvrent 2/3 de l'économie mondiale, la France c'est 7,3% des transferts sociaux publics sur le panel des pays pour lesquels on dispose d'une information. C'est 8,6% de la protection sociale publique et 7,3% de la protection sociale publique et privée. Si l'on prend une hypothèse très basse de poids des dépenses sociales pour le reste du monde, la France représente vraisemblablement 6 à 7% de la dépense sociale mondiale.

Dernier constat enfin. Les divers classements que nous avons mentionnés, montrent que la référence à la flexisécurité danoise, ne constitue pas en soi une référence susceptible de remettre en cause la position française et encore moins une menace de grand soir sur la protection sociale.

  >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 17/09/2018 à 20:38 :
Là où nous ne sommes pas très malins c'est que nous ne rapprochons pas les transferts des prélèvements. Or tout le monde est prélevé (par la CSG, les cotisations...). Si on ne comptait en dépenses que la différence entre les transferts et les prélèvements par ménage, ça irait beaucoup mieux et nos chiffres seraient plus raisonnables. Par exemple à quoi cela sert-il de verser des retraites publiques brutes pour les prélever ensuite ?
a écrit le 17/09/2018 à 18:21 :
Ce qui est vrai... c'est que les autres États adhérent a l'UE veuillent rejoindre le niveau de la France sans en mettre le prix! Et..., pousse la France a se saboter socialement! Bref, ce n'est que la "vision" de cet administration hors sol qu'est l'UE de Bruxelles!
a écrit le 17/09/2018 à 16:25 :
pour info, je viens de découvrir que la France est en tête du Quality of Nationality Index (élaboré par Henley & Partners) : https://www.nationalityindex.com
c'est passé inaperçu. seuls une poignée de médias anglo-saxons l'ont mentionné en avril dernier.
en 2017, la France était classée 2e derrière l'Allemagne : https://www.marketwatch.com/story/this-is-the-most-valuable-country-in-the-world-to-be-a-citizen-and-its-not-the-us-2017-09-18
a écrit le 17/09/2018 à 14:24 :
Pendant toute la campagne présidentielle, François Asselineau et l’UPR avaient annoncé quel serait le VRAI programme des dix autres candidats, qui refusaient tous les dix de proposer aux Français de faire sortir la France de l’UE par la mise en œuvre la plus rapide possible de l’article 50 du traité sur l’Union européenne (TUE). Les Français et des pseudo-spécialistes de l’analyse politique découvrent avec effroi les réformes anti-sociales qui ont lieu depuis le début du quinquennat (SNCF, casse droit du travail, rabotage de l’ISF, baisse de l’impôt sur les sociétés, hausse de la CSG, baisse de l’assurance chômage, stagnation du SMIC, etc.) alors qu’il suffisait de lire les GOPÉ 2016-2017 et 2017-2018.

Du fait de l’engagement de la France dans l’euro et dans l’Union européenne, toutes les grandes décisions de notre politique économique et sociale sont directement dictées par les « recommandations » de la Commission européenne, également intitulées « grandes orientations des politiques économiques (GOPÉ) », que l’institution technocratique bruxelloise publie chaque année à la mi-mai.
https://www.upr.fr/actualite/france/la-feuille-de-route-economique-et-sociale-d-emmanuel-macron-est-mise-a-jour-les-grandes-orientations-des-politiques-economiques-gope-2018-2019/
Il faut désigner et monter en mayonnaise la surface de nos services publics mais oublier les délocalisations industrielles à l' est à 400 euros et les divergences de compétitivité qu' a induit la zone euro et qui font que TOUS les pays HZE et de fait sans l' euro, s' en sortent, eux ..
a écrit le 17/09/2018 à 12:42 :
Il faut informer l'Afrique et autres pays pour que leur peuple viennent en France!
a écrit le 17/09/2018 à 12:07 :
Olivier avait déjà fait un article similaire sur Latribune.fr en septembre 2016. comme il le disait, quand on prend en compte la dépense des acteurs privés dans les pays moins socialisés, la différence entre la France et ses partenaires devient beaucoup moindre.
la différence vient quand même un peu de la générosité de notre système de retraite, semble t-il : le taux de pauvreté des retraités français est bien plus bas que le taux pour l'ensemble de la population hexagonale (OCDE), il est plus bas/bien plus bas que pour la plupart des autres pays développés (seuls Danemark et Pays-Bas ont un taux de pauvreté aussi bas) et les retraités français sont les seuls à avoir un niveau de vie équivalent au reste de la population (Conseil d'Orientation des Retraites).
comme le dit Olivier, la dépense pour le logement aussi est élevée (cf. Eurostat). d'ou un taux de construction de logements plus élevé que chez les partenaires européens, bien plus élevé que chez Suède/Danemark (Deloitte Property Index 2015 et 2017). et un coût du logement limité (cf. données Eurostat : ratio coût total du logement/revenu disponible après impôts et pourcentage de ménages supportant des dépenses de logement supérieures à 40% du revenu disponible).
on a vu aussi que le système de santé est plutôt excellent : la France est classée 1ère des études Eurostat sur les morts évitables. elle fait mieux que la Suisse qui dépense 8000 dollars par habitant contre 4900 en France (OCDE). sans parler des USA qui sont en bas de tableau sur les morts évitables (https://www.commonwealthfund.org/press-release/2011/new-study-us-ranks-last-among-high-income-nations-preventable-deaths-lagging) alors qu'ils dépensent 10000 dollars par habitant (OCDE).
et une étude de mars 2018 venant de Harvard et la London School of Economics est plutôt flatteuse aussi pour le système de santé français (la France - avec le Japon - a la plus faible part des dépenses de gestion/administration dans la dépense de santé totale ; confirme aussi la très bonne espérance de vie des Français) : https://www.commonwealthfund.org/publications/journal-article/2018/mar/health-care-spending-united-states-and-other-high-income
a écrit le 17/09/2018 à 9:40 :
et apres on a nos retraités qui couinent qu on augmentent pas assez leurs pensions …
Réponse de le 17/09/2018 à 10:09 :
Faites attention de ne pas trop faire chauffer votre neurone quand même hein...

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