La France championne du monde de la dépense sociale
Olivier Passet, Xerfi
Olivier Passet, Xerfi
La France, championne du monde de la dépense sociale. Oui, c'est vrai. Il y a au moins trois façons d'établir ce résultat.
Admettons donc cette position. Les causes sont aisément identifiables. Cela tient d'abord à deux spécificités de notre système de retraite. Pas forcément à sa générosité. Mais plutôt au fait 1/ que l'âge de départ effectif de la retraite est plus précoce qu'ailleurs, ce qui allonge la durée de pris en charge ; 2/ Que ce système est très largement à dominante publique. Cela est dû ensuite, au poids des dépenses de santé, là aussi du fait d'une forte socialisation de la prise en charge. Cela est dû encore au niveau élevé du chômage structurel et à la durée d'indemnisation qui alourdit la facture sociale. Cela est dû enfin au poids plus élevé qu'ailleurs des politiques d'aide au logement. Les raisons sont donc d'abord d'ordre institutionnel. Le système français reste à dominante publique et d'inspiration bismarkienne. Les personnes sont protégées à hauteur de ce qu'elles ont cotisé. La protection ne se contente pas d'assurer un minimum de subsistance pour les plus démunis, et lorsqu'elle est plafonnée, les plafonds sont plus élevés qu'ailleurs.
Face à cette évidence il faut tordre le cou cependant à deux idées fausses. La première concerne l'aide sociale, stricto sensu. Ce fameux « pognon dingue » stigmatisé par le président Macron. Si l'on entend par aide sociale, l'ensemble des dispositifs (aide au logement, minimas divers) dédiés aux plus démunis pour leur procurer un revenu décent, là non, la France n'est pas championne du monde. Son système est suffisamment redistributif pour éviter de mobiliser à l'extrême les dispositifs de lutte contre l'exclusion. La seconde idée fausse, c'est ce chiffre qui n'en finit pas de polluer le débat. La France représenterait à elle seule 15% des dépenses sociales du monde, quand son PIB représente plus que 3,2% du PIB monde. Issu d'un calcul de coin de table hâtif, il est repris imprudemment par de multiples commentateurs. A tort. Si l'on se base sur les trois indicateurs établis plus haut, et qui couvrent 2/3 de l'économie mondiale, la France c'est 7,3% des transferts sociaux publics sur le panel des pays pour lesquels on dispose d'une information. C'est 8,6% de la protection sociale publique et 7,3% de la protection sociale publique et privée. Si l'on prend une hypothèse très basse de poids des dépenses sociales pour le reste du monde, la France représente vraisemblablement 6 à 7% de la dépense sociale mondiale.
Dernier constat enfin. Les divers classements que nous avons mentionnés, montrent que la référence à la flexisécurité danoise, ne constitue pas en soi une référence susceptible de remettre en cause la position française et encore moins une menace de grand soir sur la protection sociale.
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Olivier Passet, Xerfi
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