Le chômage affaiblit un gouvernement, l'inflation le tue !

Michel Santi

Photo d'illustration
DADO RUVIC

Michel Santi

Photo d'illustration
DADO RUVIC
Combien de graphiques n'avions pas montré - nous économistes et analystes, dont moi-même - démontrant que la santé de l'économie américaine pulvérisait celle de l'Europe ? Et combien d'indices officiels de l'inflation n'avons-nous pas « copié et collé » attestant, trimestre après trimestre, que les pressions sur les prix s'atténuaient lentement mais sûrement ? Pourquoi, enfin, les médias américains - qui se veulent sophistiqués et avant-gardistes - ont-ils négligé d'informer leurs propres citoyens que la situation aux États-Unis était nettement plus enviable que celle que nous subissons en Europe ? Ceux d'entre nous ayant connu les épisodes inflationnistes des années 1970 savaient pourtant bien qu'inflation rime avec troubles et chamboulements.
En réalité, les augmentations des salaires réels (en données corrigées de l'inflation) n'eurent quasiment aucun impact psychologique, car - aux États-Unis comme chez nous - la population n'en a rien à faire des indices officiels publiés par les administrations. S'il y a un enseignement sur le plan macro économique à tirer de l'élection présidentielle américaine de la semaine dernière, c'est que l'inflation est un phénomène ressenti sur une base cumulée, jour après jour, mois après mois, courses au magasin après courses. Aux politologues de se rendre compte que le citoyen n'a cure des indices de l'INSEE ou du bureau US des statistiques, car lui se construit son opinion de la cherté des prix au fil de ses emplettes, et ne se sent pas concerné par ce que les experts lui affirment. Un consommateur n'est donc pas un économiste.
Autre enseignement précieux: hors crise économique aiguë et dépression, l'inflation affecte tout le monde quand le chômage, pour sa part, ne touche qu'une petite partie de la population. Un exemple: en dépit de la méga crise de 2008, 90% des Américains avaient toujours leur job.
Nous devons donc collectivement reconnaître un fait qui semble nouveau et qui remettra en question certains dogmes, à savoir que les citoyens occidentaux préfèreraient une croissance plus faible si le prix à payer est la maîtrise de l'inflation.
En d'autres termes : la stabilité des prix passe avant l'emploi !
Un troisième enseignement à destination des futurs candidats aux prochaines élections, si l'on en croit les multiples analystes américains qui tentent de décortiquer le résultat de leurs dernières élections. L'inflation est de la faute du Président, du Gouvernement, tandis que la croissance et que le chômage sont des phénomènes qu'ils ne maîtrisent pas, dépendants de cycles et de tendances lourdes, intimement liés à la globalisation.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

L'économie américaine se portait formidablement bien: 3% de croissance sur les 9 derniers trimestres, et des influx massifs de liquidités internationales en direction du pays! Peu importe en réalité, car le mérite en reviendrait aux Musk, aux Bezos, aux grands et aux petits entrepreneurs, mais pas à l'exécutif.
Tandis que l'inflation, elle, fut entièrement imputable à Biden et à ses acolytes. À bon entendeur...
_____
(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il vient de publier un ouvrage critique sur la Banque centrale suisse : BNS : une banque centrale ne devrait pas faire ça. Son fil Twitter.
Michel Santi
OPINION. « Guerre en Iran : il faut savoir arrêter une guerre »
OPINION. « Comment l'Europe peut désarmer les réseaux sociaux »
OPINION. Économie russe : « Le silence de Nabiullina » (Michel Santi)
OPINON. « Autonomie technologique : oui, une troisième voie est possible » (Piyush Goyal et Anne Le Hénanff)