Le nucléaire français prêt à relever la tête  ?

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Bruno Alomar.
Bruno Alomar. (Crédits : DR)
Pour que les entreprises françaises du nucléaire civil redeviennent les plus compétitives, la restructuration industrielle et managériale de la filière doit être encouragée et accompagnée par l'Etat. Par Bruno Alomar, économiste (*).

Six mois après que l'UE a autorisé la reprise de l'activité réacteurs d'Areva par EDF, la filière nucléaire civile française est convalescente et demeure traversée de craintes et d'incertitudes. Beaucoup d'erreurs ont été commises, et le travail de remise en ordre de la filière reste à achever.

Rétablir une gouvernance forte

Un tel travail est le prélude indispensable à la seconde étape de revivification de la filière électronucléaire française : la restructuration technique et industrielle. Le spectre d'une fermeture anticipée des réacteurs français écarté depuis la déclaration récente du ministre, le besoin est maintenant de rétablir une gouvernance forte, équilibrée et unifiée au sein d'un secteur par essence complexe. C'est à ce prix que les modèles de centrales actuels et futurs pourront être compétitifs sur les marchés français et international.

Des entreprises dépassés par l'ampleur du défi à relever

Bien sûr, tout ceci n'a pas été un chemin de roses. L'EPR a joué de malchance et s'est avéré être un tel bond en avant que les entreprises chargées de le construire ont pu se trouver dépassées par les défis qu'il représentait. Toutefois, l'EPR n'est pas seul dans ce cas, bien au contraire. L'avancée technologique représentée par ces réacteurs de génération III+, à la fois plus productifs et bien plus sûrs, était un défi industriel et technologique que même les Etats-Unis n'ont pas su gagner.

Attractivité du savoir-faire français

Au contraire, la France - et à son instar d'autres pays où l'Etat dispose d'un pouvoir fort sur les secteurs stratégiques comme la Russie et la Chine - est en passe de revenir sur le devant de la scène. Les EPR d'Olkiluoto et de Flamanville sont dans la phase critique avant l'achèvement de ceux de Taishan qui représenteront la première étape d'une nouvelle génération électronucléaire en Chine.

Le récent succès de Hinkley Point au Royaume-Uni, après des années d'abandon de la filière nucléaire britannique, et les demandes de nouvelles centrales qui se profilent - pour lesquelles le savoir-faire français est de plus en plus souvent demandé - en Pologne, en Turquie, en Amérique latine ou au Moyen-Orient, démontrent que l'attrait pour le nucléaire est loin de s'affadir.

Pour que les entreprises françaises redeviennent les plus compétitives, la restructuration industrielle et managériale de la filière doit être encouragée et accompagnée par l'Etat. Le défi pour la filière nucléaire française est désormais de démontrer sa capacité à terminer les projets en cours et prouver que les centrales intégrant la technologie EPR sont complètement opérationnelles et techniquement fiables.

Succès à l'export, emplois durables, sûreté

Le retour au premier plan de la filière nucléaire française n'est pas seulement une question industrielle. Car le nucléaire est, en complément d'autres solutions, une des meilleures technologies pour permettre de limiter les effets des changements climatiques. N'émettant pas de CO2 pour produire d'électricité, les centrales nucléaires permettent de disposer d'une forte puissance thermique et électrique, à coûts prévisibles.

Depuis les années 1960, la filière électronucléaire française est une vitrine du savoir-faire technologique de notre pays. Le CEA et les entreprises de la filière ont été à l'origine de nombreuses innovations technologiques, succès exports et emplois durables. Sans le savoir-faire français, le marché sera partagé entre Russie et Chine, deux pays qui, s'ils ont démontré leur valeur industrielle, n'affichent pas toujours les mêmes garanties que la France en termes de sûreté ou de gestion des déchets.

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(*) Bruno Alomar, économiste, enseigne les questions économiques européennes à Sciences Po.

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Commentaires
a écrit le 29/11/2017 à 18:02 :
Tant que des gens "autorisés", sur quelle base on se le demande (*) , pourront égrener un chapelet d'ineptie, on n'est pas sorti de l'auberge "nucléaire".
et que l'on ne vienne pas me dire qu'il s'agit d'une base scientifique ....
cf :
(pour démanteler)
http://www.letelegramme.fr/finistere/quimper/centrale-de-brennilis-le-coeur-du-reacteur-attendra-29-11-2017-11759869.php?google_editors_picks=true
(pour l'avenir)
https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/les-energies-renouvelables-couvriront-les-besoins-francais-en-2050-selon-stanford_107597
a écrit le 29/11/2017 à 13:28 :
Il est triste constater que l'industrie nucléaire Française continue de patauger dans ses chimères d'auto-vanité en face du réalisme agressive de la Chine et de la Russie dans cet domain.
a écrit le 29/11/2017 à 10:05 :
Je ne sais plus s'il faut rire ou pleurer en lisant un tas d'ineptie sur ce sujet
"Science" Po ça fait peur et ça va nous couter cher si ces recommandations sont suivies d'effet.
économiste = charlatan ? cette équation mérite réflexion
a écrit le 29/11/2017 à 9:07 :
Suite. Sinon, une énergie bon marché entrainera notre perte! Réagissez!
a écrit le 29/11/2017 à 8:47 :
Le nucléaire est notre sauveur, à condition de respecter deux conditions: appliquer la note n°6 du CAE et rétablir l'équité avec une allocation universelle. Qui est prêt à en débattre?
a écrit le 28/11/2017 à 14:29 :
merci pour cet article qui appelle au sang froid.
Certes, pour garantir des installations futures à l'étranger mieux que les concurrents de la filière française, je suis tout à fait d'accord. Mais aussi, tout simplement, pour garantir à long terme la sécurité de nos installations existantes, dans nos jardins....
a écrit le 28/11/2017 à 10:38 :
Voilà un beau plaidoyer pour l'EPR. Cependant il n'y a pas de " bonne nouvelle" concernant l'EPR. Sur un plan technique aucune centrale à ce jour n'a été raccordée au réseau, y compris les EPR chinois, et certains dirigeants d'Areva expriment de sérieux doutes en privé sur l'avenir de ces réacteurs trop complexes, et trop chers. Sur un plan économique ensuite, les coûts de production, surtout si l'on inclut le coût retraitement du combustible et si on provisionne un coût raisonnable de démantèlement en fin de vie, ne sont absolument plus compétitifs sur le marché. Le nucléaire civil centralisé a eu son moment. Il est passé. Arrêtons de faire vivre les veilles lunes au frais du contribuable, et passons à la suite, en rattrapant le temps perdu dans l'éolien, surtout offshore, le solaire, et éventuellement les mini centrales nucléaires.
a écrit le 28/11/2017 à 10:35 :
"L'EPR a joué de malchance" écrivez-vous : la chance ou la malchance n'ont rien à faire dans cette histoire, il s'agit de management défaillant d'un projet industriel de grande envergure. C'est cela qu'il faut analyser et corriger afin de pouvoir relancer cette industrie.
a écrit le 28/11/2017 à 10:29 :
Par l'évolution technologique et l'efficacité énergétique les modèles énergétiques deviennent de plus en plus décentralisés, le nucléaire, plus émissif que les renouvelables comme devrait le savoir l'auteur dont ce n'est pas malheureusement pas le secteur de spécialité, ne trouve donc plus sa place en plus du fait de ne pas pas pouvoir être compétitif avec des technologies renouvelables, recyclables, produites en séries de plus en plus grandes, dont les performances s'améliorent encore etc, stockage compris. Il n'y pas lieu d'ajouter encore des fonds dans une filière très subventionnée dès l'origine et à présent largement amortie et dont on peut anticiper des dérives dans les prix des démantèlements, du stockage, sans parler des risques. Tenter de maintenir un savoir-faire nucléaire et une petite activité à l'export pourquoi pas en calculant bien pour ne pas de nouveau se faire prendre au piège de cette génération 3 ou 3+ uranium dépassée. Mais c'est une erreur de penser qu'elle dispose d'un important avenir comme de nombreux opérateur le démontre en se désengageant. Il y a bien mieux à faire dans le stockage, l'efficacité énergétique et toutes les applications des renouvelables et de la décentralisation de l'énergie. Les Etats-Unis, le Japon, la Corée se heurtent aux mêmes problèmes que nous, la Russie cache ses comptes nucléaires et dément les accidents de catégorie 5 comme encore récemment, elle est obligée de vendre du nucléaire dans le cadre de contrats globaux et via une forte dépendance durable des pays concernés à sa technologie, sans parler de corruptions. La transparence n'est pas non plus la règle pour les chinois qui pratiquent aussi des contrats globaux, ce qui confirme que le nucléaire n'arrive pas à être compétitif. Il n'y a pas non plus lieu d'oublier la dissémination de centrales et radio-éléments et à terme leurs vieillissement et les problèmes que çà génère dans des situations de guerre, terrorisme etc de plus en plus présents. De même que l'épuisement de la ressources, les aspects géopolitiques de plus en plus tendus autour des sites de la ressource, les déchets qui en plus de ceux à haute activité sont considérables lors des démantèlements puisque l'on ne sait pas encore où mettre tous les bétons et matériaux contaminés des centrales en France. C'est d'une naïveté effarante et une vision très superficielle de ne regarder le nucléaire que sous le seul angle économique sans voir que cette technologie uranium est dépassée et que les concepts de l'énergie sont en plein changement. Laissons cette filière gérer sa fin et tenter de s'en sortir au mieux en évitant les accidents majeurs qui sont de moins en moins exclus et porteraient encore plus atteinte à ce secteur, et n'en rajoutons pas encore et encore une couche comme pour le diesel etc. N'oublions pas non plus que la rénovation énergétique a commencé en France en 1974 soit près de 44 ans et que 7 millions de logements sont encore des passoires thermiques. Le secteur nucléaire n'a rien fait pour favoriser l'efficacité énergétique mais a au contraire tenté d'écouler sa production comme dans le cas des producteurs d'énergies fossiles. C'est un autre aspect négatif de ce secteur et de cette énergie qui pousse à la gabegie alors que c'est au contraire un atout pour un pays d'être efficient dans tous les domaines dans un contexte de compétition mondiale et de ressources plus rares.

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