Le nucléaire français prêt à relever la tête ?
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Six mois après que l'UE a autorisé la reprise de l'activité réacteurs d'Areva par EDF, la filière nucléaire civile française est convalescente et demeure traversée de craintes et d'incertitudes. Beaucoup d'erreurs ont été commises, et le travail de remise en ordre de la filière reste à achever.
Un tel travail est le prélude indispensable à la seconde étape de revivification de la filière électronucléaire française : la restructuration technique et industrielle. Le spectre d'une fermeture anticipée des réacteurs français écarté depuis la déclaration récente du ministre, le besoin est maintenant de rétablir une gouvernance forte, équilibrée et unifiée au sein d'un secteur par essence complexe. C'est à ce prix que les modèles de centrales actuels et futurs pourront être compétitifs sur les marchés français et international.
Bien sûr, tout ceci n'a pas été un chemin de roses. L'EPR a joué de malchance et s'est avéré être un tel bond en avant que les entreprises chargées de le construire ont pu se trouver dépassées par les défis qu'il représentait. Toutefois, l'EPR n'est pas seul dans ce cas, bien au contraire. L'avancée technologique représentée par ces réacteurs de génération III+, à la fois plus productifs et bien plus sûrs, était un défi industriel et technologique que même les Etats-Unis n'ont pas su gagner.
Au contraire, la France - et à son instar d'autres pays où l'Etat dispose d'un pouvoir fort sur les secteurs stratégiques comme la Russie et la Chine - est en passe de revenir sur le devant de la scène. Les EPR d'Olkiluoto et de Flamanville sont dans la phase critique avant l'achèvement de ceux de Taishan qui représenteront la première étape d'une nouvelle génération électronucléaire en Chine.
Le récent succès de Hinkley Point au Royaume-Uni, après des années d'abandon de la filière nucléaire britannique, et les demandes de nouvelles centrales qui se profilent - pour lesquelles le savoir-faire français est de plus en plus souvent demandé - en Pologne, en Turquie, en Amérique latine ou au Moyen-Orient, démontrent que l'attrait pour le nucléaire est loin de s'affadir.
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Pour que les entreprises françaises redeviennent les plus compétitives, la restructuration industrielle et managériale de la filière doit être encouragée et accompagnée par l'Etat. Le défi pour la filière nucléaire française est désormais de démontrer sa capacité à terminer les projets en cours et prouver que les centrales intégrant la technologie EPR sont complètement opérationnelles et techniquement fiables.
Le retour au premier plan de la filière nucléaire française n'est pas seulement une question industrielle. Car le nucléaire est, en complément d'autres solutions, une des meilleures technologies pour permettre de limiter les effets des changements climatiques. N'émettant pas de CO2 pour produire d'électricité, les centrales nucléaires permettent de disposer d'une forte puissance thermique et électrique, à coûts prévisibles.
Depuis les années 1960, la filière électronucléaire française est une vitrine du savoir-faire technologique de notre pays. Le CEA et les entreprises de la filière ont été à l'origine de nombreuses innovations technologiques, succès exports et emplois durables. Sans le savoir-faire français, le marché sera partagé entre Russie et Chine, deux pays qui, s'ils ont démontré leur valeur industrielle, n'affichent pas toujours les mêmes garanties que la France en termes de sûreté ou de gestion des déchets.
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(*) Bruno Alomar, économiste, enseigne les questions économiques européennes à Sciences Po.
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