« Les 7 bouses américaines »
Karl Eychenne

Photo d'illustration
Brendan McDermid
Karl Eychenne

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Brendan McDermid
On ne présente plus les 7 magnifiques américaines, en hausse de près de 65 % depuis le début de l'année, après 107 % l'année dernière, et près de 600 % depuis 5 ans. Des performances hallucinantes suscitant bien des fantasmes, et allant même jusqu'à sublimer le reste du marché. Il faut dire que ces 7 valeurs représentent désormais 30 % de la capitalisation boursière du SP 500, contre 15 % il y a seulement 5 ans. Autrement dit, chaque nouvelle fulgurance des 7 magnifiques dope mécaniquement l'indice. Sans les 7 magnifiques, le SP 493 ne gagne que 20 % depuis le début de l'année, et 70 % sur les 5 dernières années. On s'en contenterait.
Mais le rêve américain a aussi sa part d'ombre. Il existe une autre histoire de l'Amérique, moins exubérante, plus prosaïque. La version négative des 7 magnifiques. Les 7 bouses.
Oui, il existe des valeurs américaines qui baissent. Et puisqu'il en faut 7, nous en retiendrons 7. 7 bouses qui enregistrent une baisse moyenne de - 55 % en 2024, contre donc +65 % pour les 7 magnifiques. En 2023 les 7 bouses enregistrent tout de même une performance de +8 %, mais tellement loin des +107 % des 7 magnifiques. Enfin, depuis 5 ans, les 7 bouses font autant qu'en 2024, soit - 55 %. Sur la même période, les 7 magnifiques font +600 %. Le contraste est saisissant.
Mais quelles sont ces valeurs qui font déchanter l'Amérique ? Surprise. On retrouve des noms tels que Intel qui connut son heure de gloire durant la bulle des valeurs technologiques des années 95 - 00 (+2000 %), avant de s'effondrer, puis retrouver progressivement des couleurs, et de nouveau perdre pieds en 2020. On retrouve aussi Moderna, un nom sur toutes les bouches durant la crise Covid grâce à son vaccin opportun, d'où une ascension fulgurante entre 2020 et début 2021 (+ 2500 %), avant de s'effondrer une fois que le virus perdit de sa virulence et son statut anxiogène.
Pour les autres, il s'agit tout de même de grands noms de l'industrie au rayonnement mondial. Dans le désordre, on citera Estée Lauder (soins de la peau, parfums...) en hausse de +350 % de 2017 jusqu'à fin 2021, avant de tout reperdre depuis. Celanese (produits chimiques), Enphase energy (énergie solaire), Dollar Tree (Chaine low cost), Walgreen (exploitant de pharmacies), toutes ces valeurs sont en baisse de près de - 55 % depuis le début de l'année.
Aujourd'hui, ces 7 bouses ne représentent que 0.3 % de la capitalisation boursière du SP 500, contre 30 % pour les 7 magnifiques. Autant dire qu'elles n'ont plus aucune influence sur la trajectoire de l'indice. Elles peuvent continuer leur descente aux enfers, sans tisonner les sens du marché.
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Curieusement, la baisse des 7 bouses aurait dû être bien plus violente si l'on en croit l'état des marges de leurs entreprises. En chute libre de près de - 80 % sur 5 ans, ces marges contribuent à elles seules à plomber d'autant les bénéfices. Or, durant la même période, les 7 bouses ne baissent que de - 55 %. Cela signifie donc que les prix de ces actifs ont moins baissé que les bénéfices de ces mêmes entreprises. Mécaniquement, cela produit une hausse du PER de ces actifs (rapport entre le prix et les bénéfices), autrement dit l'indicateur de valorisation le plus populaire de la finance de marché s'est renchéri ! Cela peut paraitre très surprenant si l'on se rappelle que la valorisation d'un actif témoigne notamment de l'appétit pour le risque d'un investisseur. Plus cet appétit est fort, et plus il accepte de payer très cher les bénéfices de l'entreprise. Évidemment, on ne retiendra pas cette explication dans le cas des 7 bouses. Plus vraisemblablement, l'investisseur estime la baisse des marges de leurs entreprise excessives, et anticipe une forme de normalisation les mois à venir.
Toutefois, cette résilience des 7 bouses à la correction des bénéfices interroge. Car dans le même temps, les 7 magnifiques se sont-elles montrées beaucoup plus frileuses relativement aux bénéfices réalisés par leurs entreprises. En d'autres termes, le PER des 7 bouses a bien plus monté que le PER des 7 magnifiques. L'investisseur a-t-il fait montre d'une bienveillance sympathique à l'égard des 7 bouses ? Et décider que les 7 magnifiques n'avaient pas besoin d'aide et se débrouillaient très bien toutes seules ? Non. Ce genre d'investisseur n'existe pas évidemment. Cela dit, on est pas loin de la vérité quand même. Car si le PER des 7 magnifiques a bien moins monté que celui des 7 bouses, c'est parce qu'il n'en avait pas besoin en quelque sorte. En effet, il se trouve que la hausse de 600 % des 7 magnifiques sur 5 ans est tout ou partie justifiée par la seule croissance des bénéfices réalisés par ces entreprises sur la même période : + 500%. En d'autres termes, les 7 magnifiques n'avaient pas besoin d'en rajouter une couche avec le PER.
Évidemment, les 7 magnifiques racontent une histoire plus séduisante, tournée vers un avenir nimbé d'IA. Alors que les 7 bouses sont probablement mal connotées, engoncées dans un passé anxiogène. L'avenir a toujours été plus vendeur que le passé.
Karl Eychenne
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