Les excédents massifs allemands profitent très peu à l’Europe

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
L'Allemagne concentre à elle seule la quasi-intégralité des excédents de la zone euro. Cela est vrai concernant la balance commerciale. Mais cela reste vrai lorsque l'on prend une approche élargie des flux internationaux avec la balance des transactions courantes. Il s'agit bien sûr d'un constat très agrégé, qui écrase la diversité des situations intra-européennes. Mais qui rend bien compte de la réalité européenne :
La Zone a donc une grande machine à générer des excédents d'épargne en son cœur. Qui a pour corollaire une concentration productive et un déficit de demande, qui pénalise la périphérie. De là le raccourci qui veut que l'Allemagne soit au cœur, pour ne pas dire la grande responsable de la divergence européenne... mais il s'agit bien d'un raccourci, car un excédent d'épargne se recycle. Et la façon dont il se recycle peut fort bien tempérer cette conclusion. L'Allemagne concentre certes le capital, aspire les ressources humaines les plus qualifiées des pays de la périphérie, et compromet de la sorte leurs chances d'un rebond productif. Néanmoins ses choix d'allocation de son excès d'épargne pourraient contrebalancer l'effet direct des échanges. Si l'Allemagne investissait massivement dans la périphérie de la zone. Si elle finançait massivement les émissions obligataires du sud, le piège de la divergence pourrait se transformer en jeu gagnant à long terme, renforçant les chances de viabilité de l'euro. Qu'en est-il. Vraiment ?
Face aux excédents colossaux allemands, quelle est d'abord la nature des flux de capitaux internationaux allemands. D'abord des achats massifs de titres, qui ont accompagné la hausse de l'excédent courant. Un socle d'investissement direct, l'Allemagne étant investisseur net. Mais qui oscille à relativement faible niveau. Enfin des flux de prêts bancaires, négatifs. De ces trois types de flux, on connaît la ventilation géographique des deux premiers.
Concernant les flux d'achat de titres, on sait que 88% ont pris le chemin de la zone euro et des institutions européennes (notamment du Fond européen de stabilité financière), depuis 2010. Mais la moitié de ce flux se concentre en fait sur les places du Luxembourg et des pays bas... difficile d'ouvrir alors cette boite noire et d'en connaître la destination finale... C'est une zone d'ombre, à l'intérieur de laquelle on peut supposer qu'il y a beaucoup de flux intra-groupes. Et de fonds d'investissement, plus ou moins toxiques. Pour le reste, il s'agit essentiellement d'obligations d'État, qui prennent le chemin des économies les mieux notées : les économies du Nord, la France et Italie aussi. Mais qui délaissent les pays du sud, l'Espagne, le Portugal et la Grèce, desquels, en dehors des mécanismes de soutien mis en place en 2010, l'Allemagne se désengage.
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55% des flux ont pris le chemin de la zone euro depuis 2010. Mais à l'intérieur de ce flux, près de 79% se concentre sur les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. Autrement dit vers des holdings et sur l'ouverture portuaire de l'Allemagne, les infrastructures de commerce, d'entreposage et de transport qui s'y raccrochent. 9% des flux sont allés vers l'Autriche et les pays Baltes, autrement dit vers les pays de l'Hinterland allemand au sein de la zone. 8,9 % sont allés vers la France et l'Italie, les deux autres grandes économies généralistes de la zone, très en Deçà de leur poids économique dans la zone. Et seuls 0,6% sont allés vers l'Espagne, le Portugal et la Grèce. Hors Europe, la Chine, le Brésil et l'Inde, concentre le tiers des investissements. Bien plus que les Etats-Unis (20%).
Bref, sans surprise, les Allemands financent d'abord leurs intérêts, au moindre risque. Et l'on cherche en vain une vertu rééquilibrant dans leur choix d'investissement.
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Olivier Passet, Xerfi
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