Les initiatives écologiques citoyennes pour préparer le monde d’après

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Philippe Mayol, directeur général de la fondation Terre Solidaire
Philippe Mayol, directeur général de la fondation Terre Solidaire (Crédits : FTS)
LE MONDE D'APRÈS / OPINION. Depuis quelques semaines, la France et le monde sont confrontés à une crise sans précédent due à la pandémie du Covid-19. Cette situation, totalement inédite, met en exergue les limites de notre modèle de développement. Un modèle qui s’apparente à un colosse aux pieds d’argile et qui s’étiole au fil des soubresauts économiques et chocs sociaux. De multiples analyses ou constats fleurissent, ici-et-là, sur les carences du système mais il apparaît nécessaire d’aller cette fois plus loin pour les combler. (*) Par Philippe Mayol, directeur général de la fondation Terre Solidaire.

Cette période a fait naître des nouvelles formes de solidarité et aussi renforcé certains modes de consommation. Face aux risques de contagion, aux restrictions de déplacement et aux services de livraison saturés, nombreux sont ceux qui se sont tournés vers des circuits courts, soit directement auprès des producteurs ou via des commerces de proximité. Des initiatives d'entraide entre voisins apparaissent également pour aller faire les courses à la place de ceux qui ne le peuvent pas. Un élan collectif qui doit impérativement être entretenu par des actions concrètes de terrain qui bouleverseront, à terme, notre mode de vie à grande échelle pour construire un avenir durable.

Lire aussi : Pour un nouveau monde durable et résilient, repensons la ville comme un refuge

Enfin une (réelle) prise de conscience de l'ensemble de la société ?

La situation actuelle a fait office d'électrochoc pour nombre de citoyens. Elle fait rejaillir l'importance de biens communs comme la santé ou l'alimentation et de valeurs essentielles, presque basiques, comme les liens interpersonnels et la solidarité. Cette crise se pose également comme un révélateur et un accélérateur des inégalités territoriales et sociales.

Mais qu'en sera-t-il "des jours d'après" ? La vie normale reprendra-t-elle son cours ? Ces solutions de dépannage ont-elles vocation à se transformer en véritables alternatives à nos modes de consommation et de vivre ensemble ?

Ou bien comme nous alertait récemment le philosophe et sociologue Bruno Latour : "Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, c'est gâcher une crise".

C'est une opportunité presque inespérée de prendre enfin le temps de combler les fossés qui se sont creusés non seulement entre les citoyens mais aussi entre nos sociétés et notre environnement naturel.

Lire aussi : Pour un nouveau modèle économique durable

Une transition écologique s'appuyant massivement sur les initiatives citoyennes qui existent déjà sur le terrain

Valoriser les initiatives locales citoyennes et écologiquement responsables, redonner du sens au terme « proximité », paraît plus fondamental que jamais, tout comme fournir les moyens nécessaires aux acteurs concernés pour amplifier leurs démarches. Forts de leurs expériences et de l'impact social qu'elles ont déjà sur leurs territoires, ces initiatives citoyennes sont autant de points d'appui sur lesquels se baser pour accélérer la rupture avec notre modèle actuel de développement.

La crise du Covid-19 a souligné, entre autre, la fragilité de nos circuits alimentaires et notre dépendance au système alimentaire actuel très mondialisé. Ainsi, parmi les leviers à activer, il y a celui du redéploiement d'une agriculture paysanne de proximité et biologique en capacité à la fois de nourrir durablement nos sociétés et de répondre aux défis sociaux, climatique et écologique.

Pour ce faire, rendre plus favorable l'installation de nouveaux agriculteurs et redonner la possibilité de vivre correctement de ce métier sont deux défis que doit relever la société. À l'heure où la question du remplacement de nombreux agriculteurs proches de l'âge la retraite se pose, la nécessité de transmettre peut être une formidable opportunité pour la transition agricole.

Lire aussi : "La relance devra tirer l'agriculture française vers le haut" (Arnaud Gauffier, WWF France)

L'enjeu est également que cette transition agricole puisse nourrir durablement et sainement tous les habitants de la planète. C'est ce à quoi contribue, à l'échelle européenne, le projet de recherche mené par l'IDDRI et le bureau d'études AScA (scénario TYFA - Ten Years For Agroecology). Ainsi, selon leurs conclusions, il est envisageable de nourrir durablement 530 millions d'Européens en 2050 grâce à la généralisation de l'agroécologie.

Il est aussi primordial que cette agriculture de proximité puisse s'adapter aux conséquences des changements climatiques en cours. Redécouvrir les vertus de variétés culturales plus résistantes mais oubliées par l'agri-industrie est un défi majeur que relève, notamment, l'ARDEAR en Auvergne et Rhône-Alpes en accompagnant les dynamiques autour de la promotion et valorisation des semences paysannes.

Cette capacité à changer nos habitudes et à engager une transition écologique et solidaire doit s'appuyer sur le collectif et non uniquement sur l'individuel.

Que nous soyons simple citoyen, décideur politique ou économique, ces initiatives doivent nous inspirer et être encouragées pour ensuite faire système.

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Soutiens :

Anciela

Fondation Amar Y Servir

ARDEAR Auvergne-Rhône-Alpes (Association Régionale pour le Développement de l'Emploi Agricole et Rural)

Atelier d'Architecture Autogérée (AAA) - R-Urban

Fondation Celsius

CERAS (Centre de Recherche et d'Actions Sociales)

Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme (FPH)

CIVAM 35 Installation Transmission (Centre d'Initiatives pour Valoriser l'Agriculture et le Milieu Rural)

Les Petits Composteurs

Fondation Le Tilleul

Notre Affaire à Tous

Fondation Pour Un Monde Nouveau

RENETA (Réseau National des Espaces-Tests Agricoles)

Systemic Alternatives

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Commentaires
a écrit le 09/05/2020 à 20:42 :
La pandémie du coronavirus a forcé l'humanité à observer un petit arrêt. Malgré la confusion et l'appréhension, c'est une occasion de se remettre en question, de remettre la valeur de l'homme au centre de la préoccupation, de sentir l'importance de la vie, du soi, de son entourage, de ses voisins, de sa famille ... Le sens de la solidarité est mieux apprécié, allant au-delà des aspects économiques de l'échange mais valorisant la vertu d'une société plus humanisante. C'est une pause permettant d'apprécier la valeur de la santé (physique, mentale,spirituelle) mais également l'humilité devant l'immensité de l'univers. Avec la puissance de l'innovation par le biais du télétravail, l'humanité montre sa capacité de se remettre en cause, de rebondir et de se projeter dans l'avenir. La force de l'espoir et de son intelligence lui fera vainqueur de la pandémie. Le moment est venu de sortir du terrain battu du paradigme actuel pour penser à un modèle plus efficace, plus humanisant et plus résilient aux crises.
a écrit le 05/05/2020 à 20:42 :
tout etre humain et contre la maladie et la mort, qu'il serait bon d'interdire
pour le reste, y a plein de bonnes intention, c'est sur
faut sauver la planete qui est passee de 1 milliard d'habitants en 1850 a 10 en 2050, mais sans stigmatiser les pays pauvres qui en sont responsables et polluent plus que les pays riches, hein?
agriculture locale? tres bien, vous avez vu combien coutent les produits bio ( y compris les moisis...), tout le monde ne peut pas se le payer ( oui je sais la solution c'est qu'il suffit d'augmenter les salaires, comme on dit quand on n'a pas fait d'economie)
favoriser l'installation d'ag'iculteurs? haha tres drole!
hey, un agriculteur ca travaille au moins 70 heures par semaine, ca n'a pas toujours de vacances ( quand y a des betes) ca doit se lever a 5 heures pour traire les vaches (dans le crottin de preference)......... c'est bien loin des 35 heures, voire du revenu minimum pour tous sans travailler, je ne suis pas sur que vous ayez bcp de volontaires!
d'autant qu'il faut acheter du materiel qui coute des centaines de milliers d'euros
le tout pour gagner pas grand chose, sauf les grandes exploitations cerealieres bourrees de suvbventions....
c'est la profession ou y a le plus de suicides, c'est ca?
des initiatives y en aura, comme y a atoujours eu, mais de la a generaliser, ca fait hurler de rire
a écrit le 05/05/2020 à 18:48 :
Le problème dans ce genre de sujet, c'est que l'on veut nous imposer une vision dogmatique avec des réformes a la clef au lieu de permettre a chacun de s'adapter a une situation donné et non programmé!
a écrit le 05/05/2020 à 14:32 :
produire plus vert ok mais pas au détriment de l'emploi
comme les verts l'on exige dans les année 80ou pres de 100000 emploi sont de leur responsabilité direct il faut aussi qu' il avale des couleuvres
et remette leur copie a jour car l'allemagne a des vert dans son gouvernement ou en eu
mais jamais il ont exige la fermeture d'entreprise comme en france
a écrit le 05/05/2020 à 10:38 :
La classe productrice a prit depuis belle lurette conscience que le monde était condamné par la cupidité de quelques uns mais les centaines de milliers d'années d'évolution de la race humain ont fait que la classe productrice obéi tacitement, machinalement, instinctivement à la classe dirigeante aussi peu éclairée soit elle.

Or cette classe dirigeante n'a jamais été aussi peu lucide, dévorée par sa pathologique et exponentielle cupidité elle nous guide vers la fin de l'humanité d'un pas ferme et décidé et nous autres avons déjà planifié la fin du monde dans nos cerveaux parce que nous ne savons pas faire autrement que d'obéir à une classe dirigeante qui autrefois faisait toujours progresser l'humanité.

La prise de conscience de la classe dirigeante elle est une totale inconnue, visiblement leurs deux neurones en mouvement ne sont pas en état de voir que leur mode de fonctionnement est d'une aberration totale persuadés que l'argent se mange ils en encaissent toujours plus dans leurs paradis fiscaux, ils savent certainement que cela sonne la fin à terme de leurs pratiques puisque quand il n'y aura plus de vie sur terre ils auront de plus en plus de mal de leurs bunkers à trouver des gens à exploiter, mais leur cupidité pathologique s'est répandu bien trop en eux pour être en mesure de faire ce qu'il faut surtout après avoir viré tous leurs conseillers intelligents et un tant soit peu lucides.

Ils sont pas méchants pourtant eux c'est juste qu'ils ne pensent plus qu'à eux, non pardon, ils ne pensent plus qu'aux étages sous terrain des banques suisses à remplir de lingots d'or.

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