Forte dépendance de la main d'oeuvre étrangère, circuits longs sujets aux aléas de la logistique, productions hyper-spécialisées terrassées par la disparition soudaine de certains débouchés... en France, le confinement a révélé de nombreuses failles du secteur agroalimentaire. C'est encore plus vrai au Royaume-Uni, estime Tim Lang, professeur de politique agroalimentaire à la City University of London, qui depuis des années n'a de cesse d'alerter sur la fragilité du système alimentaire britannique, et qui vient de publier un livre consacré à ce ce sujet: "Feeding Britain, Our Food Problems and How to Fix Them" ("Nourrir la Grande Bretagne, nos problèmes alimentaires et comment les résoudre", Penguin Books).
Certes, au Royaume-Uni comme en France, les rayons vides des supermarchés au tout début du confinement ont été essentiellement causés par des moments de panique des consommateurs. Il n'empêche qu'en compliquant la circulation des marchandises, la crise rend encore plus inquiétante la principale faiblesse du système alimentaire d'outre-Manche, source potentielle de pénuries. Il s'agit de la conviction du Royaume-Uni de pouvoir être nourri par d'autres pays: une espèce de péché d'arrogance fruit du passé colonial de l'ancien Empire britannique, déplore Tim Lang.