Levées de fonds : raison et modération pour bâtir des succès entrepreneuriaux
Romain Dehaussy

Photo d'illustration
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Les levées de fonds ne doivent pas être le miroir aux alouettes, où l'on essaye d'atteindre par principe (ou ego) les montants levés les plus exorbitants. Il faut, au contraire, faire preuve de raison pour bâtir une levée de fonds adéquate, adaptée aux besoins de l'entreprise et de ses actionnaires, et qui lui donne les moyens de se développer sainement, par étapes.
Chaque levée de fonds se construit autour d'un contexte unique en fonction du secteur et des caractéristiques de l'entreprise en recherche de financements. Cela requiert une connaissance précise du secteur de la société, afin de garantir que les montants levés soient adaptés à la situation de la société et de son écosystème (concurrents, qualité des « unit economics »...).
Une levée de fonds réussie est avant tout la rencontre entre deux organisations et entre les femmes et les hommes qui les composent. Le fonds d'investissement doit notamment avoir les moyens des ambitions de la société pour lui assurer un refinancement si nécessaire. Il est également souhaitable que le fonds (et le partner en charge de l'investissement) soient reconnus pour leur expertise dans le secteur d'activité de l'entreprise (ou tout du moins sur des enjeux identiques, par exemple, un développement aux USA si telle est la stratégie de la société).
La rencontre entre une entreprise et un fonds d'investissement compétent et adéquat est donc une étape indispensable du rapprochement, mais il ne s'agit pas du seul prérequis.
Malheureusement, certains entrepreneurs et certains de leurs stakeholders veulent faire monter excessivement les enchères pour atteindre les montants les plus élevés possibles. Une pratique qui s'avère bien souvent contre-productive à moyen terme. Tout comme la valorisation doit s'inscrire dans une réalité économique, le montant levé doit correspondre aux besoins réels de la société et pas aux fantasmes du plus gros montant possible.
Il n'est pas rare de voir des entreprises fragilisées par du « cash burn » excessif à la suite d'une levée de fonds trop massive qui ne génèrent pas la croissance escomptée.. Les investissements réalisés par la société ne sont donc pas générateurs de valeur dans les proportions attendues. Résultat : la levée de fonds ne produit pas assez d'impact positif ni de croissance suffisamment solide.
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Fort logiquement, l'autre conséquence d'une trop forte valorisation est que cela engendre des difficultés pour le ou les tours suivants de levée, et donc de la frustration et de la déception pour toutes les parties engagées. C'est pourquoi il est de l'intérêt de chacun de mener des levées de fonds avec des termes et conditions raisonnés, qui servent à soutenir une croissance solide de l'entreprise ou autrement dit, d'investir les sommes levées à bon escient.
Le premier devoir d'un banquier d'affaires dans le cadre de sa mission de conseil n'est pas de promettre la lune aux dirigeants, mais de leur exprimer la vérité sur leurs perspectives à court, moyen et long terme et de leur expliquer les conséquences du montant des sommes levées ainsi que de la valorisation visée. C'est par la sincérité de cet échange et la stratégie qui en ressort que se dessine une levée de fonds réussie qui permet de générer de la croissance et de renforcer l'entreprise intelligemment.
L'injection de capitaux est un atout exceptionnel pour la croissance et l'ambition d'une entreprise à condition de poser le bon diagnostic initial et de se fixer des objectifs qui correspondent à la réalité. Quelles sont les capacités de croissance de l'entreprise ? Les potentialités de son secteur d'activité ? Les horizons de sortie ?
La levée de fonds doit être pensée comme un processus de long terme d'une « equity story » qui s'écrit entre les différents acteurs. Cela permet d'anticiper les prochaines étapes, qu'il s'agisse de prochains tours de levées ou d'une cession. C'est cette approche stratégique qui garantit le succès d'une levée de fonds, et plus important, de la réussite de la société sur le long terme.
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(*) Romain Dehaussy est associé chez Cambon Partners depuis 2019, en charge de la practice levée de fonds. Diplomé de Neoma et du DECF, après une première expérience chez HSBC, il a travaillé en banque d'affaires chez Oaklins et Chausson Partners
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