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Lutte contre Daech: quel rôle pour le secteur privé?

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 09 décembre 2015 à 16:12 - Mis à jour le 09 décembre 2015 à 16:55

Le Quotidien Numérique

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La secteur privé pourrait jouer un rôle beaucoup plus grand dans la défense des Français contre le terrorisme. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec.

Après les terribles attentats qui ont ensanglanté la France, tous les responsables ont pris conscience de l'importance de la menace, et de la nécessité vitale pour la France de s'adapter. De prime abord, nous nous trouvons dans le domaine de responsabilité de l'Etat, au cœur de ses missions régaliennes et c'est à lui qu'incombe la mission de renforcer le système de défense national pour assurer la sécurité des citoyens.

A la réflexion, le secteur privé a également un rôle à jouer au regard de la sécurité des employés et des consommateurs.

Ne pas en profiter pour relâcher la discipline budgétaire

A la suite des attentats du 13 novembre, le Président de la République a tracé la ligne d'action du gouvernent, en déclarant que « la France est en guerre contre Daech ». Il a décidé un accroissement de la dépense publique pour maintenir les effectifs de la Défense et augmenter les effectifs des forces de police. Si l'objectif est le bon, les arrière-pensées ne sont pas absentes et profiter de cette circonstance tragique pour obtenir de Bruxelles un relâchement des règles budgétaires est au minimum inapproprié pour ne pas dire cynique.

Selon Stéphan Bourcieu , d'une part les mesures prévues par le Gouvernement seraient très en deçà de celles qui permettraient de lutter efficacement contre la menace terroriste, et d'autre part, ces dépenses ne devraient pas être financées par la dette. Il suggère au Gouvernement de lancer plutôt un appel aux citoyens pour qu'ils acceptent la réduction des dépenses publiques non-sécuritaires (éducation, redistribution, etc.) de façon à réallouer les moyens au secteur de la Défense et à la sécurité publique.

Un système de défense privée

Outre l'État, le secteur privé peut jouer un rôle significatif dans le processus d'adaptation à la menace terroriste. En effet, l'économie de marché constitue un mécanisme d'ajustement des ressources marchandes vers les endroits où elles sont nécessaires autrement plus puissant et plus efficace que l'État et la planification, du fait de son écrasante supériorité en matière de traitement de l'information sur les demandes et les offres économiques.

La guerre contre le terrorisme n'a rien à voir avec une guerre classique à mener par les armées conventionnelles. La menace est insidieuse, diffuse, l'adversaire n'est jamais identifié avec précision. Certes, le renseignement contribue efficacement à traquer les terroristes, mais pas à 100% et à un prix très élevé. Dans ces conditions, il peut être intéressant de déployer, à côté de l'effort public, un système de défense privée, pour réduire la capacité de nuisance des terroristes, le secteur privé ayant bien évidement un rôle auxiliaire.

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Renforcer la sécurité dans les magasins, aéroports...

Toutes les structures privées qui reçoivent du public, magasins, aéroports, grandes et moins grandes entreprises, salles de spectacles, tous les organisateurs d'événements privés doivent renforcer leur sécurité et engager au plus vite des dépenses à cette fin.
Du coté de la technologie, il y a les portiques de sécurité, les systèmes d'alarmes, les caméras de surveillance, les générateurs de fumée opaque. Ces systèmes, quasiment absents en France, sont en place depuis longtemps dans la plupart des pays plus « sécuritaires ».

Du coté des ressources humaines, la menace terroriste nécessite beaucoup de patrouilles et de gardes fixes et ce n'est pas la vocation des forces de police et encore moins celle de l'armée Française de patrouiller dans les centres commerciaux ou de garder les salles de spectacles privées.

Une méfiance à l'égard de la sécurité privée

En France les équipes de sécurité privée sont mal équipées, sous-dimensionnées par rapport aux enjeux, mal préparées. Une enquête ad-hoc du Ministère de l'Intérieur comptait 143 000 agents privés en 2011, comparé aux 242 000 policiers et gendarmes. Seuls 3% des effectif privés avaient le statut cadre. Les raisons sont multiples, la principale étant la méfiance du public vers tout ce qui est sécurité privée, et la protection du monopole des forces de sécurité publique nationale, y compris envers la police municipale.

L'interdiction du port d'armes pour des professionnels en charge de la protection de la vie des autres est emblématique de ce monopole. Il est bien normal que cette profession soit strictement réglementée mais il peut être intéressant de la développer dans le contexte actuel pour bénéficier rapidement de nouveaux effectifs et de compétences existantes.

Rediriger les dépenses là où elles sont utiles

La sécurité publique et la sécurité privée ont un coût. Si le coût du premier service est caché dans la masse des dépenses publiques, le second est transparent et pourrait être en partie assumé par ses bénéficiaires. Cela provoquerait automatiquement une augmentation du coût sécuritaire des activités marchandes attirant du public et du prix du service ou de la prestation de divertissement offerte. Une partie du surcoût sera vraisemblablement reportée sur le consommateur ou le spectateur, ce qui pourrait entraîner des fermetures.

Mais ainsi, les ressources de la société seraient redirigées là où elles sont actuellement nécessaires dans notre contexte de guerre contre la terreur.
Les pays comme Israël ou l'Afrique du Sud qui affrontent depuis longtemps un gros défi sécuritaire ont ainsi délégué au privé une partie de la prise en charge de leur propre sécurité. Israël a développé et fait déployé par les compagnies aériennes nationales un système de défense anti-missile sur leurs avions de ligne, après une première attaque de terroristes dotés de missiles sol-air.

En Afrique du Sud, les forces de sécurité privées dépassent celles de l'armée régulière et de la police réunies avec un effectif de 400 000 personnes. Aux Etats-Unis, la liberté constitutionnelle de détenir une arme rend de fait le citoyen susceptible de devenir un auxiliaire de la police. En Angleterre, les Jeux Olympiques de 2014 ont utilisé des milliers d'agents de sécurité privée.

Un marché mondial de 150 milliards de dollars

Au delà des pays, les entreprises multinationales ont depuis longtemps confié des missions de sécurité aux forces privées, notamment pour leurs activités dans les pays réputés dangereux. On évalue le marché mondial de la sécurité privée à 150 milliards de dollars en 2009 (Nicolaos Tzifakis, 2012, CES Study). Deux firmes, Securitas et G4S dominent ce marché, avec des effectifs de 900 000 personnes en cumulé.

Des pays émergeants comme la Chine ou le Kenya ont également développé une forte expertise en la matière, et «exportent » des services de protection pour les grandes multinationales.

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Le gouvernement français qui a pris la résolution de renforcer la sécurité de ces citoyens devrait s'inspirer de ces exemples et réfléchir à une collaboration et un développement du secteur des mesures de sécurités privées.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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