Uberpop : le « planisme » contre « l'économie du partage »

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(Crédits : DR)
La concurrence à laquelle sont confrontés les taxis n'a rien plus de sain. Mais ils ne jouent pas à armes égales, puisqu'ils ont dû investir pour payer leur licence. A l’État de les indemniser. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'ESSEC

La convention est de s'extasier devant l'économie communautaire, l'économie du partage, le sharing economics. Aux yeux des nouveaux gourous, elle est parée de vertus révolutionnaires, comme si une revanche citoyenne avait lieu dans un monde communautaire où chaque citoyen rend des services payant aux autres citoyens. L'aspect vertueux viendrait du fait qu'il n'y a pas ces entreprises honnies car sans âme et à la recherche du profit. Le système est vu comme un mélange d'entraide, de débrouillardise entre des gens sympathiques et heureux car n'étant pas ouvertement dans la quête du profit.

L'apothéose du libéralisme

En réalité ce système est l'apothéose du libéralisme, la régénération du capitalisme. En effet, chaque citoyen devient un auto-entrepreneur et tire avantage de ce qu'il voit autour de lui et de ce qu'il possède. Cette économie n'est en rien une révolution dans la morale et les mentalités, c'est avant tout une révolution technologique multidimensionnelle qui grâce aux Smartphones, aux applications (Applis) et aux réseaux 4G et WiFi permet de considérablement baisser voire supprimer les barrières à l'entrée sur un grand nombre de segments de l'économie. On atteint la quintessence du libéralisme lorsque le citoyen en un clic met un objet ou un service sur un marché virtuel touchant des centaines de milliers d'autres citoyens et la transaction qui se résout en quelques secondes. La connaissance instantanée des prix, devient une réalité pour des nombreux marchés autres que les bourses traditionnelles.

Pas de déclarations administratives de tous ordres, pas de taxes, pas d'impôts, le gouvernement découvre un peu tard qu'il est face à son pire cauchemar, l'absence absolue de contrôle sur des volumes importants d'activités entre citoyens et une perte colossale d'impôts et taxes.

Les États impuissants

Les États assistent impuissants et dépassés à l'émergence des Airbnb, et autre Blablacar et Uberpop. Le problème est toujours le même. L'État contrôle, fait peser des coûts administratifs élevés et taxe des business traditionnels alors que dans le même temps, les nouveaux entrants de l'économie du partage arrivent et offrent leurs services sans avoir à payer ces surcoûts administratifs et réglementaires et sans avoir d'impôts à payer. Cette situation crée un vrai problème de concurrence déloyale du point de vue des offreurs traditionnels, et un manque à gagner fiscal du point de vue du gouvernement.

 Ce libéralisme qui heurte un système mal réglementé

Uberpop est emblématique de ce vent frais et nouveau du libéralisme qui heurte, pour le plus grand plaisir des consommateurs, de plein fouet un système mal réglementé et qui fonctionne mal. En effet, il a longtemps été compliqué de trouver un taxi à Paris parce que leur nombre est absurdement bas du fait de la volonté de contrôle de l'État. Le Front populaire avait pris en premier cette décision absurde de drastiquement réduire le nombre de taxis à Paris le faisant passer à 16000 en 1937 alors qu'il était à 25000 en 1920. Depuis ce nombre n'a que très modérément augmenté, pour atteindre les 20 000 en 2010 alors que les besoins ont plus qu'explosé.

 Une perte de capital pour les taxis

Sans surprise, lorsque la technologie a permis de concurrencer les taxis, d'abord via des applications de location de VTC puis de location de trajets de voiture par des particuliers via Uberpop, l'offre a explosé. On connaît les effets bénéfiques classique de la concurrence. Les prix des courses vont considérablement baisser et toute une classe de la population qui ne prenait jamais le taxi va y avoir accès. En revanche, cette concurrence devrait balayer les offreurs inefficaces et faire perdre considérablement de valeur à leur capital, en l'occurrence leur licence de fonctionnement.

C'est là que le bât blesse. En effet, il est sain que des entreprises inefficaces, c'est-à-dire qui gaspillent du capital et du travail dans un usage moins efficace que d'autres entreprises disparaissent. C'est le principe de la concurrence et de l'économie de marché. Les choses se compliquent lorsque la cause de l'inefficacité de l'économie des taxis ne vient pas d'eux-mêmes mais du gouvernement. Il est difficile, lorsqu'on paye un droit d'exercer plus de 200 000 euros (à Paris, un peu moins dans les autres villes), de voir débouler des concurrents qui ne payent rien du tout. De plus, l'entrée de ces concurrents, va laisser les chauffeurs de taxis qui ont acheté des licences hautement endettés et sans aucune chance de repayer leurs dettes.

Racheter les licences actuelles?

Une régulation absurde a crée une rareté du taxi, compromettant ainsi l'efficacité du service et son prix, et a poussé le prix de marché des licences à des niveaux astronomiques. Si le gouvernement décide de laisser l'économie du partage se déployer sur ce secteur il a le devoir moral de compenser la perte de valeur des propriétaires de licence puisque cette perte vient en grande partie de lui-même. La solution la plus simple serait qu'il s'engage à racheter toutes les licences actuelles au prix de marché, à ajuster donc dans une fourchette de 100 000 à 200 000 euros. Cette solution extrême lui coutera entre 5 et 10 milliards d'euros.

Par ce mécanisme de rachat des licences, le gouvernement mettra un terme définitif à l'injustice pour les taxis et soldera son arriéré de mauvaise régulation. Cela semble beaucoup mais on peut compter autrement. En termes de gaspillage, ça lui coûtera l'équivalent d'une Areva, de quatre systèmes écotaxe inutiles, de quelques mois de surconsommation de services médicaux, d'un trimestre de fraude aux prestations de sécurité sociale ou un mois de fraude aux cotisations sociales.

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Commentaires
a écrit le 29/06/2015 à 18:11 :
Il faut etre bete pour racheter au prix de marché (grosse bulle)
Il faut acheter au prix d'achat
=> Seules une petite partie sera rachetée a des prix prohibitifs, la majorité sera rachetée pas trop chere

Sans parler de la possibilité de ne rien racheter, a priori ni Uber ni les VTC n'empiete sur le droit délivré par ces licences (maraude, voie de bus, place taxi). Bref l'etat n'a rien a se reprocher, il a donné des licences qui sont toujours valables, le business a changé c'est aux entrepreneurs / taxis de porter les pertes.
Si j'achete un local dans un quartier qui se déprécie a cause de l'etat (par exemple, HLM, construction de voies rapides...) j'y suis de ma poche, je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas pareil pour les taxis.
Peut etre parceque je ne brule pas de voiture a la porte Maillot ?
a écrit le 29/06/2015 à 13:56 :
Il ne suffit pas seulemnt de racheter les licences des taxis.
L'état devra prendre en charge les cotisations sociales et les taxes payées par les conducteurs de taxi et les exonérer d'impôt pour que les deux parties soient sur un même pied d'égalité.
In fine cela consiste à finguer tout le système de protection sociale de la nation dans son ensemble.
Réponse de le 29/06/2015 à 20:58 :
UberPop annonce un recours contre l’arrêté lyonnais

Contactée par Rue89Lyon, la société UberPop annonce qu’elle va déposer un recours contre cet arrêté devant le tribunal administratif de Lyon. Thomas Meister, porte-parole de la société pour le secteur Europe de l’ouest, est confiant :

« Nous contestons formellement toutes les accusations. Nos chauffeurs sont des auto-entrepreneurs déclarés en toute légalité, comme en attestent les décisions de justice en notre faveur. D’ailleurs toutes nos transactions sont électroniques donc transparentes. Le tribunal correctionnel de Paris était censé faire un exemple, et il a tranché en notre faveur. »

Le tribunal correctionnel de Paris en juin et le tribunal de commerce de Lille, en avril, ont débouté des taxis plaignants.
Réponse de le 29/06/2015 à 21:03 :
Il suffit de se renseigner afin de ne plus colporter n'importe quoi, en espérant avoir éclairé vos lanternes. Cordialement.

Racheter les licences actuelles?

Une régulation absurde a crée une rareté du taxi, compromettant ainsi l'efficacité du service et son prix, et a poussé le prix de marché des licences à des niveaux astronomiques. Si le gouvernement décide de laisser l'économie du partage se déployer sur ce secteur il a le devoir moral de compenser la perte de valeur des propriétaires de licence puisque cette perte vient en grande partie de lui-même. La solution la plus simple serait qu'il s'engage à racheter toutes les licences actuelles au prix de marché, à ajuster donc dans une fourchette de 100 000 à 200 000 euros. Cette solution extrême lui coutera entre 5 et 10 milliards d'euros.

Par ce mécanisme de rachat des licences, le gouvernement mettra un terme définitif à l'injustice pour les taxis et soldera son arriéré de mauvaise régulation. Cela semble beaucoup mais on peut compter autrement. En termes de gaspillage, ça lui coûtera l'équivalent d'une Areva, de quatre systèmes écotaxe inutiles, de quelques mois de surconsommation de services médicaux, d'un trimestre de fraude aux prestations de sécurité sociale ou un mois de fraude aux cotisations sociales.
a écrit le 29/06/2015 à 11:48 :
<< En termes de gaspillage, ça lui coûtera l'équivalent d'une Areva, de quatre systèmes écotaxe inutiles, de quelques mois de surconsommation de services médicaux, d'un trimestre de fraude aux prestations de sécurité sociale ou un mois de fraude aux cotisations sociales >>
ou 1/5 de la fraude fiscale annuelle , bizarrement oubliée ...ou pas

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