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Lutte contre le chômage : le mirage de la "préférence nationale"

Photo de Xerfi Canal

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Publié le 29 mars 2017 à 10:00

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le mirage de la "préférence nationale" pour lutter contre le chômage.

Ecarter les étrangers pour privilégier les Français, est-ce vraiment une si bonne idée pour réduire le chômage ? C'est l'une des propositions du Front National, qui veut favoriser les nationaux, notamment en matière d'emploi. Très concrètement, c'est la 38ème des 144 propositions présentées par Marine Le Pen : « supprimer sur notre territoire la directive - détachement des travailleurs - qui y crée une concurrence déloyale inadmissible. Mettre en place une taxe additionnelle sur l'embauche de salariés étrangers afin d'assurer effectivement la priorité nationale à l'emploi des Français. »

« Un immigré de moins, c'est un chômeur de moins » : faux

A priori, c'est du simple bon sens. En effet, dans un pays où le nombre de chômeurs au sens large, c'est-à-dire y compris les personnes ayant une activité réduite et en recherche d'emploi, est scotché à quasiment 6 millions depuis deux ans, pourquoi faire venir des travailleurs étrangers quand tant d'habitants sont déjà sur le carreau. La logique se veut implacable : un immigré de moins, c'est un chômeur de moins. C'est implacable mais c'est une escroquerie.

La priorité nationale existe déjà

Trois arguments. Le premier : contrairement à une idée reçue, la priorité nationale à l'emploi existe déjà. A l'exception des 30 métiers sous tension répertoriés sur des listes régionales, tout employeur désireux d'engager un étranger (non européen), doit 1- vérifier et démontrer qu'aucun résident ne peut occuper l'emploi. 2- s'acquitter d'une taxe forfaitaire auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, l'OFII. Employer en France un étranger est donc déjà difficile.

Près de 200.000 emplois non pourvus, repoussoirs pour les nationaux

Deuxième argument, malgré presque 6 millions de chômeurs, il y a toujours beaucoup d'emplois non pourvus, pour être plus précis d'emplois pour lesquels le recrutement s'est soldé par un échec : 190.000 selon Pôle Emploi (300.000 selon le Medef) en 2015 et certainement autant en 2016. Alors pourquoi ? Eh bien car les entreprises ont toujours autant de mal à recruter : près d'un tiers d'entre elles et la grande majorité des recruteurs ayant des difficultés sont confrontés à des candidats au profil inadéquat (faute d'expérience, de diplôme ou de motivation), ou carrément à une pénurie de postulants.

En réalité, deux catégories de métiers se distinguent clairement. Des métiers sous tension parce que très recherchés par les employeurs, comme les ingénieurs et les cadres études R&D en informatique, par exemple. Et des métiers sous tension parce qu'ils font figure de repoussoir. C'est le cas de certaines professions du bâtiment et des travaux publics, des métiers de l'hôtellerie et de la restauration, des employés de maison et du personnel de ménage. Or, si ces postes ne trouvent pas preneurs c'est bien parce que les natifs ou les résidents n'en veulent pas. Et si les étrangers les acceptent, c'est parce que c'est le seul moyen pour eux d'échapper à leurs conditions d'origine.

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Moins de titres de séjours économiques que d'emplois non pourvus

Enfin, arrêtons de fantasmer sur le nombre d'immigrés qui viennent en France pour y travailler. Un peu moins de 20.000 titres de séjours sont délivrés chaque année en France à des ressortissants de pays tiers à l'Union européenne pour travailler, dont la moitié sont déjà dans le pays parce qu'étudiants. Ils demandent alors un changement de statut après leurs études. Quant au stock de titres de séjour pour motif économique, il s'élevait fin 2016 à 135.115, soit un chiffre inférieur aux emplois non pourvus.

Si l'objectif d'une taxe sur les travailleurs étrangers c'est bien de réduire le chômage, alors une chose est sûre, cette mesure va rater sa cible.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

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