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Marchés : « Qui fait encore confiance à la Chine ? »

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Michel Santi

Publié le 15 octobre 2024 à 07:14

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Reuters

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OPINION. Une transformation profonde de l'économie chinoise, où le trading a supplanté les investissements à long terme, créant ainsi de nouvelles incertitudes pour les investisseurs étrangers. Par Michel Santi, économiste (*).

Le Financial Times (FT), sous la plume d'Eleanor Olcott, sa correspondante en Chine est actuellement aux sources de nombreuses polémiques pour avoir établi un graphique indiquant que le nombre de start-ups dans ce pays avait chuté de 51.302 en 2018 à... 1.202 en 2023 !

Au-delà de la discussion enflammée des experts qui contestent les sources du FT, il devient mois après mois indiscutable que la Chine se transforme en une place où c'est le « trading » qui prédomine, au détriment de l'investissement à long terme. L'évolution de la bourse nationale en est, du reste, la meilleure preuve qui - après avoir été quasi moribonde pendant des mois - a flambé en quelques jours, jouissant de sa meilleure performance en pas moins de 16 ans.

Une flambée boursière sans confiance internationale

Émission d'obligations souveraines spéciales à hauteur de 2.000 milliards de Yuans, soit 283 milliards de dollars US. Réduction drastique des taux hypothécaires, accompagnés de facilités de refinancement quasi offertes, afin de stopper l'hémorragie de son marché immobilier. Les mesures surprises de stimulus absolument massives adoptées tout récemment par les autorités chinoises ont certes créé un engouement généralisé au sein du pays. Les nationaux n'ayant pas encore de compte pour jouer en bourse se ruent pour en ouvrir un auprès de leur banque ou de leur courtier local.

Pour autant, elles n'inspirent aucunement confiance aux investisseurs non chinois déstabilisés par tant de volatilité, qui ne peuvent de surcroît pas se fier aux données économiques officielles. C'est sous ce prisme qu'il convient en effet de comprendre la contestation du chiffre ci-dessus mentionné par le FT, car les publications fournies par l'État chinois relatives à la santé économique du pays sont soit erronées, soit rendues publiques avec des mois de retard. Imagine-t-on de telles défaillances aux États-Unis ou dans l'Union européenne ? Comment une entreprise étrangère ou un capital-risqueur oseraient-il placer des deniers dans une économie dont il n'est même pas possible d'analyser la situation, faute d'éléments chiffrés et d'informations fiables ?

Cette problématique en suscite une autre, à vrai dire, nettement plus fondamentale. Ce manque de transparence est-il volontaire, dans le but de couper court à tout débat quant à l'état de santé de l'économie du pays? Le fait est que cette flambée boursière spectaculaire et que les sommes astronomiques injectées (ou à être injectées) dans l'économie n'impressionnent que les Chinois, car le reste du monde est bien conscient qu'elles sont la résultante du bon vouloir d'un seul homme.

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L'abandon du « rôle décisif » du marché

Le parallèle avec la politique zéro-Covid est inévitable. Les décisions économico-financières prises par surprise par Pékin ces dernières semaines sont du même ressort que celle ayant consisté à lever du jour au lendemain la brutale politique sanitaire chinoise, après 22 mois de grandes souffrances imposées à la population du pays. Abruptes. Et révélatrices - pour ceux qui en doutaient encore - de l'hyper centralisation du pouvoir, de la volonté d'un seul homme d'appuyer sur le bouton de l'argent magique, ou de la libération de sa population d'un enfermement inhumain.

Pour autant, ce stimulus gigantesque de près de 300 milliards, sans compter le coût pour la Trésorerie des subsides liées à l'immobilier, s'apparentent plus à des mesures quasi désespérées ayant surtout pour objectif de sauver la face. D'une Chine qui, contrairement à ses engagements au début de la décennie précédente lors de l'arrivée au pouvoir de Xi, redevient championne de la planification économique, et de la mise en place unilatérale et sans aucune consultation préalable de règlementations à l'effet désastreux vis-à-vis des investissements et des entreprises étrangers. N'écoutant que sa volonté de superpuissance, Xi a donc définitivement abdiqué toute politique encourageant la consommation domestique, au profit d'une politique industrielle expansionniste, dans le sens où la formidable machine chinoise à produire et à fabriquer nage aujourd'hui au milieu d'une surproduction dont elle ne sait que faire. Ce qui attise, en toute logique, les tensions avec l'Ouest.

Le « rôle décisif » (expression et intention chinoises du début des années 2010) à attribuer au marché est donc bel et bien aux oubliettes. Les capitaux étrangers n'arrivent plus qu'au compte-goutte, et encore. Les autorités chinoises et leurs porte-paroles blâment les tensions géopolitiques et les barrières douanières occidentales. Les rares investisseurs étrangers encore présents en Chine profitent de toute hausse des bourses afin de liquider leurs placements. Comment faire comprendre à Xi que la croissance de son pays est condamnée à fléchir sans réformes libérales ?


_____

(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il vient de publier un ouvrage critique sur la Banque centrale suisse : BNS : une banque centrale ne devrait pas faire ça. Son fil Twitter.

Michel Santi

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